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03 juin 2007

Camp

 

 

Camp et camps palestiniens

 

 

 

Le nom camp est attesté en français au XVe siècle dans son sens moderne, à savoir "terrain sur lequel une armée s’établit ou se retranche pour sa défense". Sont attestés successivement "lit de camp", "camp volant" (ou camp provisoire), "lever le camp", "aide de camp". Dans les dictionnaires anciens, c’est ce seul sens qui est exposé : "le lieu où une armée en corps se poste avec ordre" (camp retranché, ouvert, fortifié - Dictionnaire de l’Académie française, 1694), "le lieu où une armée se loge en ordre" (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798), "l’espace de terrain où une armée dresse des tentes ou construit des baraques, pour s’y loger en ordre, ou pour s’y retrancher" (Dictionnaire de l’Académie française, 1832-35), "espace de terrain où une armée dresse ses tentes" (Littré, Dictionnaire de la Langue française, 1863-77).

Au XIXe siècle, camp s’emploie dans le sens figuré de "groupe de personnes du même bord qui s’oppose à un autre groupe" (1813). Littré relève ce sens : "au figuré, parti, faction" qu’il illustre de ces exemples "se partager en deux camps", "il avait été dans notre camp", "nous nous sommes jetés dans le camp d’Aristote" ; les Académiciens aussi dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35) : "figurément, il se dit aussi d’un parti politique, religieux ou autre" (exemples : "ce pays est partagé en deux camps, dans le camp de nos adversaires, passer dans le camp ennemi").

Au XXe siècle, le nom camp désigne des réalités sociales évidemment. Le tourisme entraîne le développement des camps : "terrains où s’installe un groupe de campeurs" (camp scout, de vacances, de base, nudiste). Avec les guerres incessantes, les camps se multiplient et de nouveaux types de camp apparaissent, "camp d’aviation" en 1921 et en 1927 "camp de concentration", qui sont relevés dans le Trésor de la Langue française (1972-94) : "camp d’aviation, terrain équipé où est installée une formation d’aviation militaire" et "terrain clos équipé d’installations de type militaire où sont placés d’autorité certains types de personnes" (camps de prisonniers (distincts des prisons), disciplinaires, de travail, de réfugiés, d’internement, de représailles) ou "terrains étroitement surveillés où sont détenues en temps de guerre ou de troubles internes des personnes considérées comme suspectes"  (camps de déportation, de concentration).

 

Dans l’actualité sinistre du Proche-Orient, il est question, à intervalles réguliers dans les media, de camps palestiniens. On imagine des camps conformes à l’essence du camp, avec fils de fer barbelés, miradors, baraques de planche et de tôle. Or, ces prétendus camps sont des villes avec rues goudronnées, immeubles, maisons, commerce, égouts, adduction d’eau, électricité. On en sort et on y entre librement. Les images démentent l’imagination. Certes, ces villes sont un peu décaties, mal entretenues, mais moins délabrées que les bidonvilles d’Asie, d’Afrique, d’Amérique ou même de France. Ces villes ne sont pas des camps. Pourquoi sont-elles nommées ainsi ? L’idéologie exige que les habitants de ces villes soient des victimes. Il faut les plaindre, il faut pleurer, se lamenter, gémir sur leur sort, même si certains d’entre eux sont richissimes. Ils sont les saints du nouveau dolorisme.

Pourtant, les mots ne mentent pas toujours. Ce que montrent les images et ce dont témoignent les observateurs, ce sont des hommes en armes et même surarmés, des armes partout, légères ou lourdes. Ces camps sont vraiment des camps, à condition d’entendre ce mot dans son sens historique et militaire : un lieu où une armée s’est établie. A cette condition, les mots et les images coïncident ; les secondes confirment les premiers.

 

 

 

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