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20 juin 2007

Bravoure

 

Bravoure, braverie, bravade et autre bravitude  

 

 

 

En italien, bravura est attesté au sens de "bravade" et "arrogance" au XVe siècle ; puis au sens de "courage" et "audace" en 1541 ; ensuite au sens de "action de bravoure" (1543) ; enfin comme terme de musique dans aria di bravoura.

Il est passé en français en 1648 au sens de "vaillance" et de "courage"  (Scarron, Virgile travesti). C’est ainsi qu’il est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1694, 1762, 1798 : "valeur éclatante" (exemples : "je sais qu’il a de la bravoure, il a fait paraître sa bravoure en mille occasions"). Par métonymie, il désigne aussi les actions qui témoignent d’une valeur éclatante ("il raconte ses bravoures à tout moment, il fatigue tout le monde du récit de ses bravoures", 1694, 1762, 1798). Féraud, dans son Dictionnaire critique de la Langue française (1788), se contente de répéter la définition des Académiciens : "valeur éclatante" et "suivant l’Académie, on le dit quelquefois, au pluriel, des actions de la valeur", ajoutant que "cela ne peut être bon que dans le style critique ou comique", comme si, dans le récit des bravoures, s’exprimait l’arrogance bravache.

C’est dans la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1798) que le sens de bravoure, terme de musique, est défini : "il se dit au sens de ce qui est d’une exécution difficile, air de bravoure". En 1832-35, est-ce le souvenir des guerres napoléoniennes ?, la "valeur éclatante" qui définissait jusque-là la bravoure devient du "courage guerrier", de la "vaillance", ainsi que dans le Dictionnaire de la Langue française (1863-77) de Littré : "courage à la guerre". Le bravache n’est pas loin du brave, surtout si ce dernier est volubile et hâbleur. Tartarin avance derrière Matamore. Au pluriel, précise Littré, bravoures est employé "ironiquement" au sens "d’actions de valeur" - en fait, de pures fanfaronnades. Le "courage à la guerre" est mal porté, en nos temps de pacifisme. Ces emplois ironiques sont relevés dans le Trésor de la Langue française (1972-94). "Par métonymie et par plaisanterie, en parlant d’une personne : le colonel Delmare, vieille bravoure en demi-solde" (1832). De la musique, bravoure s’étend à la littérature : "morceau de bravoure". C’est le "caractère d’une œuvre, d’un style particulièrement brillant". En littérature, comme en musique, le mot est souvent ironique : "air destiné seulement à mettre en valeur l’interprète" et "passage écrit ou parlé particulièrement brillant destiné à attirer l’attention ou à susciter l’enthousiasme".

 

Le Père jésuite Bouhours, dans ses Doutes sur la Langue française, pense que disculper et bravoure ont peut-être été introduits en français par Mazarin. Dans un ouvrage publié à Bruxelles en 1701, il est précisé que bravoure, "venu avec Mazarin", parut d’abord bizarre, et causa un grand désordre dans la république des lettres. On pourrait en dire de même de la bravitude, venue de Chine avec Mme Royal et dont le sens est hypothétique ou aléatoire, pour ne pas dire obscur.

Il a existé, dans la langue française, un nom braverie, dérivé du verbe braver, et non de l’adjectif brave. Ce nom est attesté en 1541 au sens de "bravade, défi" (exemples : "c’est une action plus de crainte que de braverie", Montaigne ; "refréner la braverie insolente de la jeunesse", Amyot) ; puis "ostentation" ; enfin "parure" ("ses habits, pompes et braveries"). Nicot (Trésor de la Langue française, 1606) le définit ainsi : "le même que bravade, et aussi pomposité d’habits". Dans le Dictionnaire de l’Académie française, il a le sens de "magnificence d’habits" (1694, 1762, 1798, 1832-35). "Les femmes aiment la braverie", disent les Académiciens, qui ajoutent : "il est bas" (1694) ; "il est du style familier" (1762), "il est du style familier, et il vieillit" (1798, 1832-35). Féraud (Dictionnaire critique de la Langue française, 1788) conseille aux étrangers de "ne pas confondre braverie avec bravoure et bravade" : "le premier se dit de la magnificence en habits, mais il est bas. Le second signifie une valeur éclatante. Le troisième, action par laquelle on brave, on traite quelqu’un avec mépris et avec hauteur". Il ajoute que "autrefois, on disait braverie pour bravoure, et Scudéry reproche à Corneille que, dans le Cid, il n’est pas, jusqu’aux femmes, qui ne se piquent de braverie". Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) y donne le sens de "toilette, beaux habits" et illustre ce sens par les extraits : "je tiens que la braverie, que l’ajustement est la chose qui réjouit le plus les filles" (Molière), "une infinité de présents, des pensions, des réparations de chemins, quinze ou vingt grandes tables, un jeu continuel, des bals éternels, des comédies trois fois la semaine, une grande braverie, voilà les États" (Mme de Sévigné), ajoutant "il vieillit". Littré précise que "l’on a dit aussi braveté dans le XVIe siècle".

Ce nom a tant vieilli qu’il n’est plus relevé dans les éditions modernes du Dictionnaire de l’Académie française (huitième et neuvième, en cours). Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) le mentionnent comme vieux au sens de "beauté des habits" et "d’élégance vestimentaire", mais ils jugent qu’au sens de "bravoure ostentatoire", il n’est pas sorti de l’usage, comme l’atteste cette citation de Toulet : "toute cette braverie n’était que surface".

La bravitude de Mme Royal est-elle de la braverie ou "élégance vestimentaire" ou de la braverie ou "bravoure ostentatoire" ? Va savoir, Charles.

 

 

 

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