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24 juin 2007

Groupe

 

 

Le nom groupe jusqu’au début du XIXe siècle

 

 

 

Emprunté à l’italien gruppo, terme de peinture et de sculpture, attesté en italien à la fin du XVe siècle dans le seul sens pictural que ce mot a longtemps eu en français, groupe est employé en français en 1668 (dans le Journal des Savants) comme un terme des Beaux-Arts, au sens de "réunion de plusieurs figures formant, dans une œuvre d’art, un ensemble".

C’est dans ce seul sens que groupe est relevé de la première à la cinquième édition (1694-1798) du Dictionnaire de l’Académie française : "assemblage de plusieurs corps les uns auprès des autres" (1694 : "un groupe de deux ou trois figures"). Les Académiciens précisent que ce mot "ne se dit qu’en matière de peinture et de sculpture" : "terme de sculpture et de peinture, qui signifie l’assemblage de plusieurs objets tellement rapprochés ou unis, que l’œil les embrasse à la fois" (1762 et 1798 : "un groupe d’enfants, ces figures font un beau groupe, un groupe d’animaux, un groupe de fruits"). Dans ces deux dernières éditions, est relevé groupe de cristaux employé dans en science ("se dit d’un assemblage de colonnes de cristaux réunis sur une même base").

A partir de la sixième édition (1832-35), ce premier sens, défini dans les mêmes termes, est complété par de nouveaux sens, sans cesse plus nombreux, de sorte que dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, le sens ancien de groupe n’est plus mentionné que comme un emploi spécial ou spécifique, limité aux seuls Beaux-Arts : "œuvre peinte ou sculptée où sont réunies plusieurs figures formant un ensemble", comme dans les exemples "groupe de marbre, de bronze, le groupe de Laocoon, La Danse est un groupe de Carpeaux".

A compter de la seconde moitié du XVIIIe siècle, groupe est accaparé par les sectateurs de la nouvelle religion sociale, solidaire et occultiste, en voie de constitution et qui remplace peu à peu au XIXe siècle l’ancienne religion chrétienne. C’est le cas aussi d’autres mots, tels site, paysage, simulacre, modèle (cf. les articles qui y sont consacrés). Le pillage de ces termes d’art n’est pas dû au hasard. Les sectateurs de la nouvelle foi veulent faire accroire que ce qu’ils professent est meilleur et surtout plus beau que l’ancienne croyance. Les mots qu’ils empruntent à l’art servent d'enjoliveurs ou de cache-misère.

La nouveau sens de groupe est "ensemble d’êtres ou de choses ayant des caractères communs dont on se sert pour les classer". Point avec le verbe classer la problématique des sciences sociales en gestation : grouper, regrouper, classer, étiqueter, c’est là toute l’activité du nouveau savant (cf. la grande classification de Linné) ou du sociologue. Ce sera aussi l’activité principale des Etats totalitaires. L’étiquette, une fois les groupes établis, peut être une étoile jaune. C’est encore, attesté en 1755, le sens "ensemble de personnes ou de choses réunies" et surtout en 1790, chez Marat, dans un pamphlet dénonçant Necker, "ensemble de personnes liées par un point commun (opinions, goûts, activités, etc.)".

Féraud, dans son Dictionnaire critique de la Langue française (1788), note le succès de groupe et de grouper entendus dans un sens social. Il définit "ces termes des arts du dessin" en répétant la définition du Dictionnaire de l’Académie française (1762) : "assemblage de plusieurs objets tellement rapprochés que l’œil les embrasse à la fois" (exemples : "groupe d’enfants, d’animaux, de fruits" dans un tableau). De la même manière, grouper signifie "mettre en groupe", comme l’illustrent les exemples "ce peintre sait bien grouper ses figures" et "ces figures groupent bien". Or, au moment où Féraud rédige son dictionnaire, ces termes commencent à sortir du domaine des arts pour désigner des réalités sociales anciennes qui étaient nommées jusque-là communauté, paroisse ou assemblée (des fidèles - ce qu’est l’église). Les mots groupe et grouper, note Féraud, "sont en faveur chez les néologues" (les inventeurs d'une autre nouvelle langue), comme dans l’exemple qu’il cite : "la société nécessairement dissoute n’offrirait que la masse énorme d’un corps sans mouvement. Ce serait moins un corps organisé, qu’un groupe d’automates". Pour Féraud, cet emploi de groupe est de l’amphigouri. S’il reconnaît qu’il n’en comprend pas la raison, c’est qu’il ne perçoit pas la vague de fond de la nouvelle religion qui légitime l'emploi social de ces mots de peintre. Ou cet autre exemple : "en élaguant ainsi une foule de branches dispendieuses, je parviens à diminuer le groupe effrayant des impôts". Féraud ramène ces façons de parler à un effet de mode détestable : "groupe des impôts et diminuer le groupe, quel langage ! Et ce que c’est que de vouloir employer les mots à la mode !". En réalité, ce qu’il estime être la mode devient au XIXe siècle le monde : le social y épuise le monde ou ce que l’on peut en dire.

 

 

 

 

Commentaires

bonjour,
à la lecture de votre texte, j'ai repensé à un article de cette semaine que j'avais intitulé nov'langue.

christophe

Écrit par : christophe | 24 juin 2007

Bonjour,
Je joins ce commentaire -qui n'en est d'ailleurs pas un- sur la première note, juste pour vous féliciter, en passant : votre blog est brillant et salutaire, claquant, chatoyant (comme la pensée d'Homère selon Citati) et recommandable. D'ailleurs, il figure dans la colonne "blog et sites amis" de mon propre (et très modeste) blog. Léon

Écrit par : Léon | 24 juin 2007

-1
Signifiant ( grand terme des escrocs freudo-lacaniens ) qui aura marqué les 60ties , 70ties
et me semble en perdition

- 2 CONtribuable ( CONtribution, CONtribuer ) et autres CON CUM AVEC...

Écrit par : le comte vert | 24 juin 2007

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