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25 juin 2007

Groupe (suite)

 

 

La nom groupe aux XIXe et XXe siècles

 

 

 

Le nouveau sens de groupe, qui se substitue peu à peu au premier sens pictural, est exposé dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35) : "il se dit également, dans le langage ordinaire, d’un certain nombre de personnes réunies et rapprochées". Les exemples sont : "des groupes se formèrent sur la place publique, disperser les groupes, un groupe de cinq personnes, un groupe de curieux, un groupe de danseurs". Il se dit aussi des choses, comme dans cet emploi descriptif ("réunion quelconque d’objets formant un tout distinct", "cette mer est semée de plusieurs groupes d’îles, un groupe d’arbres, un groupe de collines"), qui prépare l’extension de groupe aux sciences, sociales ou descriptives, du XXe siècle.

Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) confirme que groupe s’est étendu au XIXe siècle à des réalités sociales ("un certain nombre de personnes réunies" ; "un groupe de curieux, des groupes menaçants se formaient dans la rue ; la force armée les dissipa") et il en révèle un des fondements idéologiques : "terme de fouriérisme, réunion d’individus, attirés les uns vers les autres par une des quatre passions affectives". L’exemple cité est encore plus éloquent : "dans la phalange, les groupes sont les éléments des séries". Le sens descriptif de groupe ("réunion d’objets formant un tout distinct") s’étend aux sciences : la géologie ("groupe crétacé, roches du terrain crétacé, groupe oolithique, terrain jurassique"), la botanique ("agrégation, dite plus communément sore, des petites capsules qui constituent la fructification des fougères"), la lexicographie ("la lettre ou les lettres placées en tête des colonnes d’un dictionnaire, et servant d’initiales aux mots contenus dans chaque colonne") et au vocabulaire technique des chemins de fer : "réunion de plusieurs petits colis en une seule expédition".

Le social renforcé par la science : il n’en fallait pas plus pour assurer le succès définitif de groupe au XXe siècle, dans tous les domaines de la science et de la société. Les Académiciens restent un peu en retrait de cette vague de fond. Aux définitions de 1832-35, ils se contentent, dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), d’ajouter l’emploi de groupe "dans le langage de la politique" : c’est "l’ensemble plus ou moins considérable des députés, sénateurs, etc., d’une même opinion"  (exemples : "les groupes de gauche se réunirent, il préside un groupe important"). En revanche, dans le Trésor de la Langue française, c’est l’apothéose. Aux sens anciens, sont ajoutés des emplois nouveaux, comme l’atteste le longue liste de "syntagmes" (ou "groupes de mots") dans lesquels groupe est d’usage courant : groupe familial, humain, national, naturel, social, professionnel ; groupe d’étude, de travail ; groupe de tête, de queue ; groupe d’intérêt(s) ; membres d’un groupe ; appartenir à un groupe, faire partie d’un groupe ; médecine, psychothérapie de groupe ; répartir des élèves en groupes de niveau ; argots de groupe ; cabinet de groupe ; dynamique de groupe ; groupe de combat, groupe de choc, groupe franc ; groupe d’aviation, de bombardement, de chasse ; groupes alpins de réserve ; groupe aérien ; groupe de reconnaissance ; groupe d’artillerie à deux batteries ; groupe de divisions, de corps d’armée, d’armées ; groupe sanguin ; groupe parlementaire communiste, monarchiste, républicain, radical, socialiste ; groupe de pression (le groupe de pression pouvant être agricole, industriel, commercial) ; etc.

La sociologie croit bon d’en rajouter. Les groupes humains ou sociaux sont complétés par les groupes  d’appartenance : groupe primaire ("personnes se connaissant entre elles, connaissant toutes les autres personnellement"), groupe secondaire ("dans lequel les relations entre les membres sont indirectes (...) et passent par un intermédiaire : profession, (...) institution, (...) ville, (...) nation"). Le sport n’est pas en reste. Un groupe est un "peloton de coureurs", ou inversement.

 

Du social, le nom groupe s’étend aux sciences et aux techniques. Un groupe est "un ensemble de choses concrètes ayant une fonction déterminée et réunies en un même lieu" : convertisseur, générateur, motopropulseur, le groupe peut aussi être imprimant, turboalternateur, moto-treuil, électrogène, scolaires, d’habitation, résidentiel, de mots (ou syntagme), complément, sujet, verbal, nominal, prépositionnel, de notes. En mathématiques, c’est un "ensemble G muni d’une loi de composition interne satisfaisant aux trois conditions suivantes : cette loi est associative ; elle admet un élément neutre ; rout élément de G est symétrisable". Le groupe est abélien, additif, bipolaire, commutatif, multiplicatif, continu, discontinu ; il existe un groupe de permutations, une structure de groupe, une théorie des groupes. Le groupe peut être aussi biologique, botanique, chimique, zoologique, de vertébrés, des langues sémitiques, indo-européennes ; les vitamines sont du groupe A ou du groupe B. L’économie est aussi de la partie. Un groupe est un "ensemble d’entreprises ayant des liens, des intérêts communs" ("groupe financier, industriel"), comme dans cet exemple : "les prix d’un grand nombre de produits industriels sont soumis à la fois à des interventions multiples de l’État et aux pratiques des groupes et ententes" (1964).

 

Surnage au milieu de ces groupes un emploi social, mais en relation avec les arts et les lettres. C’est un "ensemble d’artistes, d’écrivains, d’intellectuels partageant (hélas !) les mêmes idées sur l’art, sur la littérature" : "groupe surréaliste, des XX, symboliste".

 

La succès de groupe est si vif que les sociologues se sont crus obligés de fabriquer le dérivé groupal, -ale, -aux, et qui a pour sens "qui concerne ou qui caractérise le groupe primaire". Comme c’est écrit dans le Traité de sociologie (1968, millésime inoubliable), "les phénomènes psychiques sont "totaux" parce qu’ils impliquent à la fois la mentalité collective, la mentalité interpersonnelle ou groupale et la mentalité individuelle". Les sociologues ont mérité d’être nommés groupistes et leur prétendue science groupisme ou groupologie ou, mieux, groupalisme.

 

L’article qui est consacré à groupe dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française est presque aussi long que celui du Trésor de la Langue française. Les sens relevés sont innombrables : "ensemble de personnes réunies par une communauté de caractères, d’intérêts, d’objectifs, associées pour une activité déterminée ou un but commun" (groupe ethnique, familial, social, appartenir à un groupe littéraire, artistique, etc. etc.) ; "ensemble d’éléments analogues ou complémentaires, qui forme un tout et qui remplit une fonction déterminée" (groupe de lettres, de mots, sujet, verbal, scolaire, bancaire, financier, industriel, de sociétés, de presse, etc.) ; "catégorie d’une classification dans laquelle on fait entrer des êtres ou des choses ayant une ou plusieurs caractéristiques communes" (groupe des langues slaves, les verbes du premier groupe, le groupe des carnivores, groupe sanguin, etc.) ; en algèbre, "ensemble défini par une loi associative admettant un élément neutre et telle qu’à chaque élément correspond un élément symétrique" (groupe commutatif, additif, théorie des groupes, etc.). Dans d’autres articles, les Académiciens se montrent réservés vis-à-vis de la modernité groupiste, sociale, solidariste et solidaire. Il semble que les groupes et l’amour des groupes leur aient anesthésié toute lucidité.

Quant au sage, face à ces groupes déferlants, il sent le besoin de crier : "bande à part, c’est ma règle, et j’y tiens".

 

Commentaires

1 refondation ( & Fondation ) furieusement à la mode chez ceux qui ne veulent rien changer

2 " à l 'insu de mon plein gré "
Bécassine a présenté un programme ' auquel elle ne croyait pas " ???!!!
à l 'insu de son plein gré ?
Psychiatrie ? SChizophrénie ? etc ..

3 AMBIVALENCE ??? ( furieusement psy-freudien-soixante-huitard )

Écrit par : le comte vert | 25 juin 2007

Intéréssant l 'enichissement multi-ethnique

l'Arménien DEVEDJIAN traite la COMPARINI
de SALO..... ( à tort ou à raison ????? )

mot supplémentaire réintégrant le discours de nos politichiens

Écrit par : le comte vert | 29 juin 2007

Intéréssant l 'enrichissement multi-ethnique

l'Arménien DEVEDJIAN traite la COMPARINI
de SALO..... ( à tort ou à raison ????? )

mot supplémentaire réintégrant le discours de nos politichiens

Écrit par : le comte vert | 29 juin 2007

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