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01 juillet 2007

Bourgeois

 

Bourgeois

(dans l’ancienne langue française)

 

 

 

Dérivé du nom bourg, au sens de "ville" ou de "cité" (le bourg est distinct des grands domaines féodaux), le nom et adjectif bourgeois est un de ces mots sur lesquels la religion moderne, sociale et solidaire, a fait main basse et qu’elle a chargés de sens péjoratifs ou insultants.

Très longtemps, le mot, attesté au tout début du XIIe siècle, au moment où se développent les premières cités, au sens "d’habitant" d’un bourg affranchi de la tutelle féodale, donc en partie "libre" et qui acquiert peu à peu une petite autonomie (il est administré par ses habitants), a eu un sens objectif ou neutre, qui est exposé dans tous les dictionnaires : dans le Dictionnaire de l’Académie française (1694, 1762, 1798, 1832-35) : "citoyen, habitant d’une ville" ("bourgeois de Paris, bon bourgeois", 1694 ; "un riche bourgeois, une riche bourgeoise, un bon bourgeois, un bourgeois aisé et accommodé", 1762, 1798 ; "bourgeois de Paris, un riche bourgeois, un bon bourgeois, il épousa une riche bourgeoise", 1832-35) et "on dit absolument le bourgeois pour dire tout le corps des habitants d’une ville" ("le bourgeois s’est soulevé, le bourgeois a pris les armes") ; dans le Dictionnaire critique de la Langue française (Féraud, 1788 : "bourgeois vient de bourg ; mais il ne se dit pas seulement des habitants des bourgs, mais de ceux des villes et des villages aussi" ; Féraud précise que, "dans les villages, on appelle bourgeois ceux qui ne sont pas paysans ou artisans") ; dans le Dictionnaire de la Langue française (Littré, 1863-77 : "citoyen, citoyenne d’une ville, jouissant des droits attachés à ce titre" ; "un bourgeois considéré, une riche bourgeoise").

C’est au XIXe siècle que ce sens commence à sortir de l’usage. Ainsi les Académiciens notent en 1832-35 que "bourgeois se disait autrefois, collectivement, de tout le corps des citoyens ou bourgeois d’une ville" : autrefois atteste que le sens de "citoyen" recule dans l’usage. D’ailleurs, ce sens collectif n’est plus relevé dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française et le sens de "citoyen" est précédé, dans cette même édition, de la mention anciennement : "anciennement, citoyen d’une ville", bien que les exemples cités soient identiques à ceux des éditions antérieures : "bourgeois de Paris, un riche bourgeois, un bon bourgeois ; il épousa une riche bourgeoise". Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), la désuétude est confirmée ; bourgeois est renvoyé dans l’histoire ancienne de la France. Contrairement à ce que les Académiciens ont établi de 1694 à 1832-35, le sens serait propre au Moyen Age : "féodalité, au Moyen Age, libre habitant d’une ville, jouissant de certains privilèges". Il est illustré de ces exemples : "les bourgeois de Calais", célèbres dans l’histoire de la Guerre de Cent Ans, et de Guizot : "il n’y a guère, messieurs, que deux sources d’où puissent découler, dans la sphère politique, la grandeur de l’ambition et la fermeté de la pensée. Il faut avoir ou le sentiment d’une grande importance, d’un grand pouvoir exercé sur la destinée des autres, et dans un vaste horizon ; ou bien il faut porter en soi un sentiment énergique d’une complète indépendance individuelle, la certitude de sa propre liberté, la conscience d’une destinée étrangère à toute autre volonté que celle de l’homme lui-même. (...). Ni l’une ni l’autre de ces conditions ne s’est rencontrée dans la situation des bourgeois du moyen âge. Ils n’étaient, vous venez de le voir, importants que pour eux-mêmes ; ils n’exerçaient, hors de leur ville et sur l’Etat en général, aucune grande influence" (Histoire générale de la civilisation en Europe, 1828). Guizot est un bourgeois au sens moderne du mot qui juge avec condescendance les bourgeois du passé, ce qui révèle qu’une fracture s’est produite, entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, dans la notion dont le mot bourgeois est porteur. L’affaiblissement du sens ancien de bourgeois est confirmé dans la suite de l’article du Trésor de la Langue française. Le sens ancien de "citoyen d’une ville" est relevé comme un idiotisme de la langue française parlée en Suisse ("helvétisme, personne qui possède le droit de cité communal") et comme un titre honorifique (exemples : "la ville de Vienne décernait à Beethoven le titre de bourgeois honoraire", Les Symphonies de Beethoven, 1921, et "les compagnons imprimeurs aimaient à se faire donner le titre de bourgeois de Paris, dont ils se distinguaient peu d’ailleurs en public par leur mise toujours soignée", Maîtres imprimeurs et ouvriers typographes, 1903). Dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire, les Académiciens bornent la validité du sens ancien de bourgeois au Moyen Age, ce que ne faisaient pas leurs prédécesseurs des siècles classiques : "habitant d’un bourg, d’une ville, qui était affranchi de certaines servitudes et jouissait de certains privilèges" (exemples : "un bourgeois de Paris, les Bourgeois de Calais, groupe sculpté par Rodin, bourgeois du roi, soustrait à la juridiction de son seigneur et relevant directement du roi, franc-bourgeois") et ils en limitent l’emploi à la seule Suisse ("spécialement, aujourd’hui, se dit en Suisse d’une personne bénéficiant du droit de cité dans une commune, et se distinguant d’une personne simplement résidante"). Employé dans ce sens ancien, bourgeois se traduit en anglais par burgher ou "habitant d'un bourg".

 

 

 

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