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03 juillet 2007

Réactionnaire

 

 

 

 

 

Dérivé du nom réaction, entendu, non pas dans son sens scientifique ancien (cf. l’article réaction du 27 février 2007), mais dans son sens politique (apparu en 1790), l’adjectif et nom réactionnaire est attesté pour la première fois en 1794 au sens de "partisan de la politique de réaction", c’est-à-dire de l’arrêt de la Révolution. En 1831, Chateaubriand emploie l’adjectif, au sens de "qui tend à revenir en arrière", pour désigner par anachronisme "le mouvement réactionnaire du paganisme sous Julien".

Il est relevé par Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) comme un néologisme. Comme adjectif, il qualifie, dans son sens propre, ce "qui coopère à la réaction contre l’action de la révolution" ("pouvoir réactionnaire") et, comme nom, il désigne ceux qui s’opposent à la Révolution. L’exemple qui illustre cet emploi est : "substantivement, les réactionnaires de l’an III (1794-95 dans le comput actuel) désolèrent le midi de la France". Ces réactionnaires ont tenté de neutraliser les partisans de la Terreur ou terroristes. En fait, ils étaient au mieux des démocrates, au pis des contre-révolutionnaires. Quoi qu’il en soit, ils n’étaient pas, au regard de nos valeurs démocratiques, des monstres.

L’adjectif et nom réactionnaire est aussi relevé par les Académiciens, à la même époque que Littré, dans la septième édition (1878) du Dictionnaire de l’Académie française : "terme du langage politique, qui sert à opérer une réaction, qui travaille à une réaction" ("des lois, des mesures réactionnaires, un parti réactionnaire") et "il s’emploie aussi substantivement : c’est un réactionnaire" (1932-35).

Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), la définition de réactionnaire, adjectif ou nom, terme de la politique, est précédée de la mention péjoratif, laquelle suppose que les réalités qualifiées de réactionnaires ou les personnes nommées réactionnaires font l’objet de jugements a priori, d’ordre moral ou moralisateur, qui dévaluent les réalités ainsi qualifiées ou les personnes ainsi désignées : elles ne font pas partie de l’Empire du Bien ; elles sont même le Mal en personne ou le Diable. Autrement dit, ce qui donne à réactionnaire ce sens déprécié, c’est la seule idéologie, quelle que soit la réalité évoquée : est réactionnaire ce qui est opposé au changement ou ce qui cherche à restaurer le passé, comme si ce qui est passé pouvait être autre que passé ou révolu ou fini. Les synonymes en sont conservateur et l’adjectif, jugé vieux, réacteur ; les contraires sont novateur, progressiste, révolutionnaire. Ainsi dans la langue, l’idéologie trace un champ (ou un camp) manichéen : d’un côté, les idées, lois, mesures, opinions, livres, journaux, gouvernements, partis réactionnaires ; de l’autre, le Bien.

Même Bainville, qui connaît bien la langue française et emploie rarement un mot pour un autre, fait de réactionnaire un usage anachronique, puisqu’il s’en sert pour qualifier une situation politique antérieure à l’invention de ce mot : "Turgot ne pouvait combattre les abus sans blesser des intérêts et rencontrer des résistances, celle du Parlement, en premier lieu, qui, à peine réintégré avec promesse de ne pas retomber dans son ancienne opposition, manifestait de nouveau son bizarre esprit, à la fois réactionnaire et frondeur" (1924). En revanche, l’emploi que Sainte-Beuve en 1862, fait du nom réactionnaire n’est pas anachronique ("la Révolution a produit de brillants et vigoureux réactionnaires, des restaurateurs ou des prédicateurs du passé, Bonald, de Maistre, Chateaubriand"), et il est conforme au sens idéologique, qui n’est pas neutre, de ce nom.

Le nom réactionnaire, un peu long, a produit par apocope le très péjoratif réac, entendu dans le sens de ce qui n’est pas moderne ou de celui qui regimbe contre la domination absolue, dans les idées ou dans les mœurs, du nouvel ordre social, si anticonformiste qu’il est devenu la seule conformité tolérée : "la fidélité, en face de la liberté sexuelle, ça sonne anachronique. Et même un peu "réac", comme le militarisme ou l’impérialisme" (Elle, 1970) et "il y a de vilains réacs qui sont de prodigieux comédiens" (Signoret, La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était, 1975-78). En l’espace de quelques décennies, réactionnaire s’est étendu au social pour désigner ce qui n’est pas conforme au iota près à l’injonction moderne, c’est-à-dire ce qui s’écarte de la nouvelle religion, sociale, solidaire, occultiste et qui ne se soumet pas à ses dogmes. Le réactionnaire est révolutionnaire : il rompt avec l’ordre nouveau.

 

 

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