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04 juillet 2007

Rénovation

 

 

 

 

Emprunté au latin renovatio, dérivé du verbe renovare, le nom rénovation est attesté au XIVe siècle dans un manuscrit de Vie des Saints. Le sens est "action de renouveler, de proroger". Au XVe siècle, toujours dans un contexte religieux, relatif aux Juifs, il a le sens de "rétablissement" et de "reconstruction". Calvin l’emploie dans le sens religieux qu’il a alors en français : "il régénère l’homme en nouvelle créature ; par sa parole il émeut et incite l’homme à désirer et chercher cette rénovation".

C’est ainsi que Furetière le définit dans son Dictionnaire universel (1690) : "rétablissement d’une chose en l’état où elle était autrefois". La définition n’est pas très claire, mais elle est illustrée d’exemples éloquents : "la rénovation du monde se fit après le Déluge" et "la rénovation des lois et de la discipline se doit faire de temps en temps". Le mot est sans aucun doute rare et d’un emploi limité à quelques contextes – religieux pour la plupart -, ce qui explique, entre autres causes, que les auteurs de dictionnaires ne s’accordent pas sur la bonne définition. Pour Furetière, la rénovation est une sorte de restauration ; ses collègues académiciens (Dictionnaire de l’Académie française, première édition, 1694) exposent un sens différent : c’est le "changement d’une chose vieille en une nouvelle". Les exemples qui illustrent ce sens se rapportent tous à la religion et, plus particulièrement, à la métaphysique religieuse. Ce sont "la rénovation du genre humain par la grâce" et "la rénovation du monde après le jour du Jugement".

Les Encyclopédistes (1751-69) ne consacrent pas d’entrée à ce mot ; les Académiciens, dans la quatrième édition (1762) de leur Dictionnaire, y donnent le sens nouveau de "renouvellement", qu’ils illustrent de "la rénovation des vœux" (en parlant de moniales et de moines) et "la rénovation de l’homme intérieur par la grâce" (la grâce fabriquait des hommes nouveaux : aujourd'hui, c'est le communisme qui prétend le faire - on sait avec quel succès). Les Académiciens, conscients que ce nom est d’un emploi rare et limité, précisent qu’il "n’a guère d’usage qu’en ces sortes de phrases" (rénovation des vœux, de l’homme par la grâce, du monde après le Déluge). Féraud (Dictionnaire critique de la Langue française, 1788), qui juge que rénovation a pour synonyme renouvellement, conteste le bien-fondé de l’article que les Académiciens consacrent à rénovation : "renouvellement, rénovation des vœux. C’est l’usage de ce mot. L’Académie ajoute la rénovation de l’homme intérieur par la grâce : mais il me parait vieux dans cette phrase, et je crois que dans l’usage actuel on dit renouvellement". Dans la cinquième édition (1798), les Académiciens ne tiennent pas compte des remarques de Féraud ; ils se contentent de reproduire l’article de 1762 : "renouvellement. la rénovation des vœux, la rénovation de l’homme intérieur par la grâce", tout en y ajoutant cet exemple "la rénovation d’un terrier, d’un titre" (au sens de "remise à jour d’un terrier, d’un titre"), qui fait référence à la publication par "le savant feudiste Edme de Fréminville (...), trente ans avant la révolution française, (…) d’un gros livre sur les droits féodaux et sur la rénovation des terriers" (Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution, 1856). Dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35), il n’est pas consacré d’article à rénovation, cette absence confirmant sans doute que ce nom, dont il n’a pas été aisé d’établir le sens exact, est sorti de l’usage, du moins quand il est entendu dans un sens religieux.

 

La nouvelle religion sociale, solidaire et progressiste qui s’établit au XIXe siècle s’empare de rénovation et y donne un sens nouveau, en relation avec ses propres dogmes. Dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), Littré expose ce nouveau sens triomphal : c’est la "transformation en mieux par la nouveauté, par l’innovation" et il cite, pour illustrer ce sens, deux extraits : le premier, parfaitement conforme à la religion nouvelle, celui du "célèbre" Destutt de Tracy, qui a fabriqué le mot idéologie : "on nous présente la doctrine de Kant comme une rénovation complète de l’esprit humain" (rien de moins !) ; le second, qui n’a aucun rapport avec ce sens nouveau et qui n’est rien d’autre que le sens mystique de l’ancienne religion (Littré a donc fait un contresens sur l’extrait qu’il cite), "l’Éternel révéla à son Fils bien aimé ses desseins sur l’Amérique : il préparait au genre humain, dans cette partie du monde, une rénovation d’existence" (Chateaubriand, Les Natchez). Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les Académiciens renouent avec les habitudes prises dans les cinq premières éditions (1694-1798) : ils consacrent une entrée à rénovation, dans laquelle ils font une petite place au sens moderne ("régénération physique et morale") à côté du sens ancien "renouvellement, régénération physique ou morale". Les exemples sont mystiques : "la rénovation des vœux d’un religieux", "la rénovation de l’homme intérieur par la grâce" ; ou scientifiques et sociaux : "la rénovation d’un organisme affaibli par une maladie", "la rénovation des lois de la discipline". C’est cette édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) que le verbe rénover est relevé pour la première fois, non dans le sens religieux parallèle à celui de rénovation, mais dans le sens moderne de "renouveler, remettre en vigueur", comme dans les phrases rénover une doctrine, un enseignement.

 

La langue moderne fait un triomphe au sens social. Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), le sens religieux est encore noté, comme un vestige d’une ancienne langue en voie de disparition. C’est "l’action de réaffirmer". La rénovation est "l’affirmation par les enfants des promesses de baptême prononcées jadis pour eux par leurs parrains" et aussi le "fait de prononcer de nouveau solennellement ses vœux dans les Instituts religieux où les vœux ne sont émis que pour un temps". Même le très ancien sens de rénovation de l’homme par la grâce est relevé. Mais, ce qui domine dans le Trésor, c’est le sens social et le sens scientifique – en bref, ce qui fait la modernité. La rénovation porte les stigmates du progrès. Elle est une transformation et une amélioration ; elle porte sur l’art, la peinture, le roman ; elle est artistique, technique, militaire ; elle touche les idées, les méthodes, la doctrine ; elle est intellectuelle, mentale, morale ; elle a pour cibles les mœurs, un pays, une société – et même, depuis un mois, le parti socialiste. De fait, rénovation s’étend à toute réalité et, ce faisant, le mot prend le sens de "remise en état ou à neuf" : "rénovation des bâtiments", "rénovation routière, urbaine, forestière".

Le sens social n’empêche pas que se développe un sens scientifique. Rénovation, chez Comte, signifie régénération : "la première loi de végétalité, base nécessaire de toutes les études vitales, sans excepter le cas humain, consiste dans la rénovation matérielle à laquelle est constamment assujetti tout être vivant" (1852, Catéchisme positiviste). C’est un retour au bercail. Rénovation a été banni du catéchisme catholique pour entrer dans le catéchisme scientiste : seule la nature du catéchisme a changé. Il n’y a rien gagné au change ; il a seulement perdu son âme.

 

 

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