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12 juillet 2007

Motivation

 

 

 

 

 

En voilà un mot moderne à la fois parce qu’il est un concentré de nouvelle religion scientiste, sociale et humanitaire et parce qu’il est récent. Attesté seulement dans la seconde moitié du XIXe siècle, il est ignoré de Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) et des Académiciens (éditions publiées de leur Dictionnaire, de 1694 à 1932-35). Dans la neuvième édition (en cours), il a deux sens : un sens juridique ("le fait de justifier par un motif ; motivation d’un acte administratif") et un sens social et scientiste ("ce qui meut, ensemble de motifs ; motivation consciente, inconsciente du comportement"). Il est dérivé du verbe motiver, enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française, à compter de la troisième édition (1740), dans un sens juridique : "alléguer, rapporter les motifs d’un avis, d’un arrêt, d’une déclaration". Le sens moderne de ce verbe, "servir de motif à", n’apparaît que dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35) : "motiver signifie aussi quelquefois servir de motif à ; voilà ce qui a motivé cette mesure" et "motiver les entrées et les sorties dans une pièce de théâtre, faire que les entrées et les sorties des personnages paraissent naturelles et raisonnables".

Le verbe to motivate (Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English, 1974) est relevé avec le sens de "be the motive of ; give a motive or incentive to ; act as an incentive" et ces sens du nom motivation sont attestés en anglais depuis 1873. Il semble que le français, par facilité, paresse ou commodité, les ait empruntés à l’anglais – ce qui explique, anglophilie et soumission à l’ordre nouveau aidant, le succès étonnant et rapide de motivation, motiver, motivé(e)(s) dans la langue moderne – surtout celle des imbéciles.

L’article motivation de la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française est court (trois lignes) ; celui du Trésor de la Langue française (1972-94) s’étend sur une page grand format faite de deux colonnes. Etrangement, alors que les Académiciens relèvent le sens juridique ou administratif ("motivation d’un acte administratif"), les auteurs du Trésor de la Langue française l’ignorent et ne notent que les emplois dans les sciences humaines, philosophie, psychologie, linguistique, économie, psychopédagogie et pédagogie, lesquelles sont à la nouvelle religion sociale et scientiste ce que la théologie était à l’ancienne religion chrétienne, à savoir ce qui la justifie en théorie.

En philosophie, la motivation consiste à "alléguer les considérations qui servent de justification à un acte, a posteriori", comme dans cet exemple de Birou : "toute action libre et volontaire se base sur une motivation plus ou moins consciente ; ce sont les raisons que l’on se donne pour agir" (1966). En psychologie, c’est "l’ensemble des facteurs dynamiques qui orientent l’action d’un individu vers un but donné, etc.". Ainsi, dans cette science humaine et sociale, la motivation, qui a un "champ", peut être consciente, économique, électorale, individuelle, professionnelle. Cet extrait du Traité de sociologie (1967) illustre parfaitement le scientisme de la nouvelle religion sociale : "entre les capacités d’un individu et son rendement réel s’interposent ses motivations (...). Qu’est-ce qui définit l’intérêt d’un travail ? Qu’est-ce qui fait que le contenu même du travail soit une motivation à travailler ou au contraire un obstacle qu’il faut vaincre ? C’est bien entendu un certain rapport entre la tâche et les aptitudes et intérêts de celui qui l’accomplit". En économie, dans les études de marché, la motivation est "l’ensemble des facteurs qui déterminent le comportement d’un agent économique (qu’il soit acheteur ou vendeur) face à un produit ou un service donné". Ces facteurs sont le plus souvent "l’intérêt" et "les besoins". Est-il besoin d’études pour démontrer ce que tout le monde sait depuis qu’il existe un marché ? En tout cas, prolifèrent "les études de motivation", qui "percent le mystère de l’acte de l’achat et orientent l’effort de publicité" (1958) : tout ce charabia pour enfoncer des portes ouvertes ! En linguistique, c’est le "lien plus ou moins étroit entre un signe et la réalité qu’il désigne". Les auteurs du Trésor de la Langue française sont linguistes ; ils sont intarissables sur la linguistique. La motivation existe aussi entre le signifiant (les sons) et le signifié (le sens). Elle touche le lexique et elle se présente sous divers degrés ; elle est phonétique, directe ou indirecte, morphologique, sémantique. En pédagogie, c’est "l’ensemble des facteurs dynamiques qui suscitent chez un élève ou un groupe d’élèves le désir d’apprendre". La motivation, qu’elle soit à l’expression écrite ou primaire ou tout autre, fait un tabac dans les IUFM et autres instituts de pédagogie. On comprend aisément pourquoi. La pédagogie nouvelle (ou new pedagogy : en anglais, ça en jette) fait de la "centration sur l’enfant" le nec plus ultra de l’acte d’apprendre : peu importe ce qu’il y a à apprendre, l’essentiel est l’apprenant, chez qui il faut susciter "le désir d’apprendre". Pauvre désir, il faut vraiment qu’il soit réduit à rien pour se cacher dans les écoles !

Voici un extrait qui illustre l’obscurantisme de la nouvelle religion sociale et scientiste : "la motivation primaire est évidemment liée au besoin ; l’une et l’autre sont le produit de changements dans l’équilibre biologique entre l’organisme et son milieu, exigeant la recherche d’un autre équilibre. Il n’y a pas identité entre besoin et motivation : le premier est un certain état de l’organisme ou d’une partie de celui-ci (...) ; la seconde est un état du système nerveux résultant du premier, de façon directe ou par l’intermédiaire de stimulus, externes ou internes, et susceptibles de pousser l’organisme à une activité. Il n’y a pas de relation simple, linéaire, entre le besoin et la motivation". Sans commentaire, sinon celui-ci : ce charabia est écrit dans le mensuel Le Français dans le Monde (1974), l'organe scientiste de la diffusion du français dans le monde. Ce français-là, il serait bon de le garder en France, confiné dans quelques asiles spécialisés, plutôt que de le diffuser dans le monde : il tue toute "motivation" d’apprendre le français.

 

 

 

 

Commentaires

- Un mot superméga
UNIVERSEL ( Univers)
le grand unificateur &
UNIVERSELLEMENT
UNIVERSALISME
UNIVERSALITE etc... mot fourre-tout , tout en partant de UNI
- rêve de tout politicard
( parti Universel UMP PS par ex tous les caviars ensemble autour du bon banquet )
- impôt UNIVERSEL ( TVA CSG temporaire .. )

- culture universelle
-religion universelle ou organisation ( maçonnerie franche )

Écrit par : le comte vert | 12 juillet 2007

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