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22 août 2007

Exposition

 

 

 

Emprunté au latin expositio, "exposé, explication" et "abandon (d’un enfant)", le nom exposition est attesté au début du XIIe siècle dans le sens du mot latin, à savoir "exposé, présentation, explication". Plus tard, au XVIe siècle, et surtout au XVIIe siècle, le nom s’enrichit de nouveaux sens, et cela en relation avec les divers sens du verbe exposer : en 1565 "action de présenter, d’étaler, de mettre à vue (en particulier des marchandises)" ; en 1636 "abandon (d’un enfant)" ; en 1676, "situation, orientation (d’un bâtiment)" ; en 1690, dans le Dictionnaire universel de Furetière, "situation de risque, position découverte ou dangereuse".

Ces divers sens sont définis dès la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694). C’est "l’action ou l’effet de l’action par laquelle une chose est exposée en vue", la chose en question pouvant être des biens, un tableau, des meubles, le Saint Sacrement, des reliques et aussi "des choses qu’on étale pour vendre" ("il a fait aujourd’hui exposition de ses plus belles étoffes"). Le deuxième sens est "situation" (exemples : "ce palais est dans une belle exposition ; l’exposition de cette maison n’est pas saine"). Le troisième sens est "narration, récit, déduction d’un fait" ("il a fait l’exposition du fait fort nettement") et "interprétation, explication" ("l’exposition du texte de l’Ecriture, l’exposition littérale, les différentes expositions, l’exposition des auteurs"). Le dernier sens exposé est le premier apparu dans l’histoire du mot : "exposition se dit aussi en parlant des enfants qui sont abandonnés par les mères qui s’en veulent défaire". Les exemples cités montrent que l’abandon d’enfant suscitait l’horreur morale dans la société ancienne et que, contrairement à ce qui était répété il y a une trentaine d’années comme vérité d’évangile, l’amour maternel et l’attachement qui liait des parents à leurs enfants ou même aux enfants ont existé bien avant que l’ancien monde ne fût transformé en paradis moderne : "l’exposition des enfants est contraire à l’humanité ; l’exposition des enfants est contraire aux lois". De tous les sens attestés aux XVIe et XVIIe siècles, seul celui que relève Furetière en 1690 ("situation de risque") n’est pas recensé par les Académiciens.

D’une édition à l’autre, les définitions ne varient guère. Dans la sixième édition (1832-35), la définition est illustrée de cet exemple : "on fit, dans cette salle, l’exposition de plusieurs tableaux", qui esquisse le sens moderne, tandis que le sens "narration, récit" est illustré d’exemples précis : "l’exposition d’une pièce de théâtre est la partie du drame où l’auteur expose les faits principaux qui ont précédé et préparé l’action". Les Académiciens complètent l’exemple par cet autre : "on dit aussi l’exposition du sujet dans un poème".

C’est Littré qui, le premier, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77), relève l’une des extensions modernes du sens d’exposition (ou "action d’exposer aux regards ; état de la chose exposée, mise en vue"), à savoir "exposition de peinture ou, simplement, exposition, mise sous les regards du public, de tableaux, en un lieu approprié". L’exposition (d’art, d’objets divers, de tableaux, etc.) a été inventée au XIXe siècle. C’est une réalité moderne. Littré précise que le mot "se dit, dans le même sens, des produits de l’art et de l’industrie", l’exposition universelle étant "celle dans laquelle sont reçus les produits de tous les pays" ("la première exposition universelle eut lieu à Londres, en 1851"). Le mot désigne aussi par métonymie le "lieu où se fait l’exposition" : ainsi on va à l’exposition.

Il suffit de comparer les exemples cités dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française à ceux de la sixième (1832-35) pour prendre conscience du succès du mot exposition dans le domaine de l’art. En 1832, c’était "on fit, dans cette salle, l’exposition de plusieurs tableaux" ; un siècle plus tard, c’est "exposition de peinture, d’automobiles, rétrospective, des produits de l’industrie française, des Arts décoratifs, coloniale" et l’inévitable "exposition universelle". La définition de la neuvième édition (en cours de publication) est plus éloquente encore : une exposition est la "présentation publique d’œuvres d’art, de produits commerciaux, etc.". Elle peut être temporaire, permanente, rétrospective, scientifique, commerciale, horticole, coloniale universelle. Ce qui fait l’objet de cette présentation publique, ce peut être de la peinture, mais aussi de la sculpture, des monnaies, des manuscrits, etc. Toute exposition a son catalogue, comme une maison de commerce.

Il n’est rien qui ne puisse pas être exposé : même la foire est exposition. Cet ultime sens, à savoir "opération commerciale consistant à mettre en vente une grande quantité d’articles d’une catégorie donnée, à un moment précis de la saison" ("l’exposition de blanc d’un grand magasin"), révèle le but de toute exposition : vendre. On vend de tout, des tableaux et du linge, et même soi-même ; on vend de la bonne réputation, les succès d’un régime politique, les produits d’une industrie, les activités d’une administration. La marchandise triomphe dans l’art et de l’art, comme l’atteste l’article exposition du Trésor de la Langue française (1972-94), dans lequel aucune distinction n’est faite entre la "présentation publique, pour une durée déterminée en un certain lieu, d’œuvres d’art" et la "présentation publique, pour une durée déterminée en un certain lieu, de produits agricoles, manufacturés" : l’agriculture et l’industrie sont guindées au niveau de l’art. Les Goncourt écrivent en 1889 dans leur Journal : "vendredi 12 juillet. Exposition centennale. Je ne sais si ça tient à ce jour, fait pour des expositions de machines et non pour des expositions de tableaux, mais la peinture, depuis David jusqu’à Delacroix, me paraît la peinture du même peintre, une peinture bilieuse".
Tout ce qui dépasse, tout ce qui est haut, tout ce qui est ambitieux, est émondé, nivelé, arasé. La culture, ce sont de vieilles croyances ou des savoir-faire transmis par les mères à leurs filles depuis la nuit des temps. L’art ne se distingue plus des machines agricoles ou des herbes médicinales. Là où tout (et le contraire de tout) "se vaut", l’herbe ne repousse plus.

 

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