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23 août 2007

Génétique

 

Génétique et génésique

 

 

 

Emprunté directement, sans intermédiaire latin, comme beaucoup d’autres mots, au mot grec gennetikos ("propre à la génération"), génétique est attesté comme adjectif au sens de "qui a rapport aux fonctions de la génération" (1865, Littré) et comme nom au sens de "branche de la biologie qui étudie les phénomènes de l’hérédité" (1911, Larousse). Il n’est relevé dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1932-35. Il est vrai que le nom gène, emprunté à l’allemand Gene, mot fabriqué à partir du grec genos "naissance, famille, race" par un biologiste danois en 1909, n’est attesté en français qu’en 1935 (Alexis Carrel) : "élément du chromosome qui commande la transmission et la manifestation d’un ou plusieurs caractères héréditaires".

C’est la langue (hyper) moderne qui fait à génétique et à gène aussi les succès que l’on connaît.

 

Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) expédie la définition en une phrase : "qui a rapport aux fonctions de génération". C’est un "terme didactique". Les exemples cités "facultés génétiques, sens génétique" n’éclairent pas vraiment le sens, non plus que le synonyme génésique : "on dit aussi génésique" (attesté en 1825, dérivé de genèse). L’origine du mot (du grec, engendrement) indique que génétique, chez Littré, est entendu dans un sens qu’il n’a plus en français moderne : la science génétique n’a pas pour objet la sexualité ou la procréation, mais les gènes ou l’hérédité. Pour ne pas confondre les deux réalités, la synonymie établie par Littré entre génétique et génésique a été brisée. Au XXe siècle, génétique se rapporte, dans son sens propre, à l’hérédité et génésique à la sexualité : "qui tient, qui a rapport aux faits physiologiques de la génération ; l’instinct génésique, le sens génésique" (Dictionnaire de l’Académie française, 1932-35 – dans cette huitième édition, génétique n’est pas relevé) ; "qui ressortit à la reproduction sexuée et, par extension, à la sexualité ; synonymes génétique, génital, sexuel" (Trésor de la Langue française, 1972-94 : génétique n’est synonyme de génésique que dans la langue du XIXe siècle, la langue d’avant la découverte des lois de l’hérédité) ; "qui se rapporte à la génération, à la sexualité ; l’instinct génésique"  (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours).

 

C’est dans les dictionnaires actuels, le Trésor de la Langue française et la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, que la définition de l’adjectif et du nom génétique est conforme aux emplois de ces mots en biologie, avec des divergences, apparemment anodines, mais riches en signification, entre ces deux dictionnaires, en particulier pour ce qui est de l’emploi de ces mots dans des domaines étrangers à la biologie. Selon les auteurs du Trésor de la Langue française, l’adjectif génétique est emprunté au grec gennetikos. Les Académiciens (édition en cours) affirment que l’adjectif génétique est certes emprunté au grec gennetikos au sens de "qui engendre" et de "propre à la génération", mais par l’intermédiaire de l’allemand genetisch, langue dans laquelle a été formé le mot gène avec un sens biologique univoque.

Les Académiciens exposent exhaustivement le sens que l’adjectif et le nom génétique ont en biologie ; adjectif : "qui se rapporte à l’hérédité, aux gènes". Ils multiplient les exemples pour en éclairer le sens : "les caractères génétiques, le patrimoine génétique d’un individu, d’une espèce" ; "l’information génétique est portée par les gènes situés sur les chromosomes ; les molécules d’A.D.N. sont le support matériel de l’information génétique" ; "le matériel génétique d’un virus, d’une cellule" ; "code génétique, voir code" ; "la carte génétique est la représentation graphique de la position des gènes les uns par rapport aux autres" ; "les empreintes génétiques sont obtenues par électrophorèse et utilisées dans les recherches en paternité ou dans certaines identifications" ; "une maladie génétique est transmise par hérédité" ; "certaines myopathies sont des maladies génétiques" ; "une manipulation génétique ou, mieux, génie génétique, est un ensemble d’opérations qui permettent de modifier le patrimoine génétique d’un organisme". La génétique est la "science de l’hérédité ou la branche de la biologie qui a pour objet l’étude de la nature, de la transmission et de la variation des caractères héréditaires". Exemples : "les lois de la génétique ont été énoncées par le moine botaniste morave Gregor Mendel" ; "génétique humaine, des populations, médicale, moléculaire, laboratoire de génétique".

L’article génétique du Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours) est plus ample, plus complet, plus précis, que celui du Trésor de la Langue française. Il est vrai qu’une vingtaine d’années sépare la rédaction de ces deux dictionnaires et que, dans ce laps de temps, objectivement fort court, la génétique a multiplié dans des proportions inouïes les connaissances qui ont, de fait, élargi l’emploi des mots, adjectif et nom, génétique dans la langue.

Les divergences entre le Trésor de la Langue française et le Dictionnaire de l’Académie française portent sur les sens étendus ou figurés de génétique. Pour les Académiciens, qui relèvent le seul emploi, en littérature, de critique génétique, au sens de critique qui étudie la genèse des œuvres, l’adjectif, dans cet emploi, est étendu à des réalités étrangères à la biologie, aux gènes, à l’hérédité "par analogie" : ainsi, génétique, dans critique génétique, serait une métaphore. L’analyse des auteurs du Trésor de la Langue française est différente et, semble-t-il, plus convaincante. Ils distinguent deux emplois : l’un propre à la biologie, qui correspond à gène ; l’autre, dit didactique, qui correspond à genèse et qui est glosé ainsi : "qui concerne la genèse d’une réalité abstraite ou concrète", comme quand il qualifie les noms analyse, méthode, théorie - ainsi dans la phrase "l’étude pétrographique des roches sédimentaires tend également vers une classification génétique ; l’étude de la genèse des roches, de leur évolution, (...) demande le secours de la thermodynamique et de la géochimie" (Histoire générale des sciences, 1964). "L’épistémologie génétique est la théorie de la connaissance scientifique établie par Jean Piaget et fondée sur l’étude de la genèse et du développement de cette connaissance". La psychologie génétique est la "science du développement psychique, c’est-à-dire connaissances des transformations de l’enfant, des étapes qu'il traverse. La psychologie génétique est aussi l’histoire de la formation du psychisme de l’adulte" (1960).

Dans ces emplois, l’adjectif génésique aurait été propre et plus juste que génétique. La critique "qui étudie la genèse des œuvres" aurait dû être nommée critique génésique, et non pas critique génétique. Mais, dans ce cas, le prestige de la biologie nouvelle n’aurait pas nimbé ces épistémologie, critique, psychologie, qui auraient semblé bien ternes. Les sociologues, pour faire accroire qu’ils ne font pas dans la superstition, mais dans la science, au même titre que les physiciens, les chimistes, les biologistes, se griment du vocabulaire de ces sciences. C’est un leurre, mais les gogos font de cette vessie leur propre lanterne.

 

 

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