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24 août 2007

Révisionniste

 

 

 

 

 

Ce mot, qu’il soit nom ou adjectif, est moderne. Il a été fabriqué par Victor Hugo en 1851, le 17 juin exactement, dans un discours qu’il a prononcé à l’Assemblée nationale, dont il était un élu, afin de désigner ceux des députés qui étaient partisans d’une révision de la constitution de la IIe République. Dans le Supplément (1877) à son Dictionnaire de la Langue française (1863-72), Littré relève l’emploi, attesté en 1872, de révisionniste comme adjectif dans assemblée révisionniste. En revanche, les Académiciens ne le relèvent pas, même dans les éditions de leur Dictionnaire publiées après 1851 (la septième : 1878 ; la huitième : 1932-35).

Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), les sens sont répartis suivant que le mot est adjectif ou nom. Adjectif, il a pour sens, en parlant d’une personne, "favorable à la révision d’une constitution ou d’un procès", et, en parlant de choses, "relatif à une révision d’une constitution ou d’un procès". Il a été couramment employé au moment de l’affaire Dreyfus, en particulier quand les partisans de ce capitaine de l’armée française ont demandé que soit révisé son procès. Quand il est un nom, révisionniste désigne le partisan d’une révision de la constitution ou d’un procès, comme chez Proust : "toute la Chambre étant à un certain moment devenue révisionniste, c’était forcément parmi d’anciens révisionnistes (...) qu’on avait été obligé de recruter le parti de l’ordre social, de la tolérance religieuse, de la préparation militaire" (1922 : les révisionnistes en question étant les partisans de Dreyfus).

Au XXe siècle, les crises, ruptures, bifurcations, réinterprétations, révisions, etc. se multipliant dans la vulgate idéologique du marxisme, surtout à partir du moment où les marxistes se sont emparés par la violence du pouvoir dans de nombreux pays, le nom révisionniste a désigné les partisans de doctrines nouvelles ou adaptées, nommées révisionnisme (ce mot est attesté dans la logorrhée socialiste en 1903), comme si le marxisme devait tenir lieu, où que ce soit, de constitution, et qu’un dévot en 1981 définit (c'est de la NLF pur jus) comme la " pratique politique qui, sous couvert d’adapter la théorie marxiste à la conjoncture, en dénature le caractère révolutionnaire ". Révisionniste ayant un sens défavorable pour les marxistes purs et durs ou vrais de vrais, les ultras l’ont raccourci en un méprisant réviso : "ce mot constitue, de la part des gauchistes, une injure à l’adresse des communistes, regardés comme infidèles à l’intransigeance révolutionnaire", écrivent très sérieusement les auteurs du Trésor de la Langue française, sans distance, sans ironie, sans avoir envie de pouffer de rire non plus.

 

 

 

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