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25 août 2007

Créole

 

 

 

Dans les dictionnaires, l’étymologie de criollo, mot espagnol auquel a été emprunté criole, modifié au XVIIIe siècle en créole, et celle du portugais crioulo (emprunté par les Espagnols), et surtout le référent de ces mots : qui désignent-ils ? des autochtones indiens, déportés noirs ou européens ?, sont sources d’hésitations, de divergences ou de contestations : l’idéologie n’est pas loin. Selon Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77), "l’origine criollo est douteuse : si on le fait venir de l’espagnol criar, élever, nourrir, la formation est tout à fait irrégulière ; d’autres prétendent que c’est un mot caraïbe ; l’Académie espagnole dit que c’est un mot inventé par les conquérants des Indes occidentales et transmis par eux". Origine douteuse, mot caraïbe (ou autochtone), mot inventé, voilà trois hypothèses situées à l’opposé l’une de l’autre et inconciliables. Dans le Supplément (1877), Littré cite Garcilaso de la Vega, Histoire des Incas, traduit en français en 1704, qui tranche les difficultés exposées dans le Dictionnaire : "les enfants des Espagnols qui sont nés aux Indes sont appelés criollo ou criolla ; les nègres donnaient ce nom aux enfants qui leur étaient nés aux Indes, pour les distinguer de ceux qui étaient nés dans la Guinée, leur patrie.... Les Espagnols ont emprunté d’eux ce nom". Les lexicographes modernes font leur cette hypothèse, aussi bien les Académiciens (neuvième édition, en cours de publication : "créole, emprunté, par l’intermédiaire de l’espagnol, du portugais crioulo, métis, Noir né au Brésil, serviteur né dans la maison") que les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) : "emprunté à l’espagnol criollo, attesté depuis 1590, lui-même emprunté au portugais crioulo, noir né dans les colonies, dont le sens originel, plus archaïque, semble être serviteur élevé dans la maison de son maître".

Les attestations en français, sous la forme crollo, puis criole, enfin créole, qu’elles soient ou non enregistrées dans les dictionnaires, infirment l’hypothèse étymologique moderne. En 1598, crollo est employé dans l’Histoire naturelle et morale des Indes (traduite de l’espagnol) au sens de "Espagnol de pure race blanche né aux colonies" ; en 1670, dans une lettre d’un gouverneur des Antilles à Colbert, créole désigne une "personne de pure race blanche née aux colonies". Furetière (Dictionnaire universel, 1690) relève criole avec le sens suivant : "c’est le nom que les Espagnols donnent à leurs enfants qui sont nés aux Indes". Il ne précise pas si ces enfants sont blancs, métis ou mulâtres, se contentant d’ajouter que "les Espagnols qui viennent d’Espagne sont des ennemis des crioles et empêchent qu’ils ne parviennent dans les charges". Ces charges étant rémunératrices, les concurrents locaux en sont écartés.

C’est à partir de 1762 (quatrième édition) que créole est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française, et dans un sens contraire à celui de l’hypothèse étymologique adoptée par les lexicographes actuels : "nom qu’on donne à un Européen d’origine qui est né en Amérique" (1762, 1798, 1832-35). Féraud (Dictionnaire critique de la Langue française, 1788) reproduit la définition de l’Académie en 1762 et il précise : "on a dit aussi autrefois criole, mais aujourd’hui on ne dit plus que créole". Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) abonde dans le sens des Académiciens : "homme blanc, femme blanche originaire des colonies". Dans la huitième édition (1932-35), les Académiciens renchérissent sur l’origine blanche des créoles : "homme ou femme de race blanche, né dans les colonies intertropicales" ; mais, dans la neuvième édition (en cours de publication), ils gomment le sens racial donné dans l’édition précédente (1932-35) à créole : "originellement, personne de famille européenne, née dans une des anciennes colonies des régions tropicales de l’Amérique et de l’Océan indien, et plus particulièrement aux Antilles". Les exemples sont "une jeune Créole, une belle Créole" et "adjectivement, l’impératrice Joséphine était créole, un planteur créole, une famille créole".

Littré est le premier à rapprocher la définition de créole du sens qu’auraient eu, en espagnol et en portugais, les étymons criollo et crioulo : "nègre créole, nègre né aux colonies, par opposition au nègre qui provient de la traite". C’est la leçon qu’adoptent les auteurs du Trésor de la langue française (1972-94). Le sens de "personne de race blanche, d’ascendance européenne, originaire des plus anciennes colonies d’outre-mer" est complété par le sens étendu : "nègre, noir créole, né dans les colonies (et non en Afrique)", dans lequel Hugo l’emploie : "les noirs créoles de Saint-Domingue professaient (...) le plus profond mépris pour les nègres congos" (1826). Les Académiciens (neuvième édition, en cours, de leur Dictionnaire) suivent cette leçon : "par extension, toute personne née dans ces régions, quelle que soit son ascendance" (exemple : "un Noir créole, né dans ces colonies et non en Afrique"). En un siècle, la question, qui semblait tarauder nos lointains ancêtres, de l’origine, raciale ou ethnique, des créoles est passée au second plan, comme l’expriment les Académiciens : "toute personne née aux Antilles, quelle que son ascendance", c’est-à-dire, si l’on traduit en français clair, le nom ascendance, quelle que soit la couleur de sa peau. Pour les Occidentaux modernes, l’identité se réduit à un lieu de naissance : le reste (parents, ancêtres, lignée, etc.) est sans importance ; c’est un épiphénomène. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible si tous les hommes en jugeaient ainsi. Or, les seuls qui acceptent cette réduction, la jugent bonne, l’imposent à eux-mêmes et aux autres, mais à l’insu de ceux-ci, sont les Occidentaux. Pour les autres hommes, c’est tout le contraire : le lieu de naissance est un épiphénomène ; seuls comptent la lignée, les ancêtres, l’ethnie, les parents, la culture, la race, les différences, la couleur de la peau et autres particularités physiques. Un jour ou l’autre, des visions du monde aussi opposées et même contraires déboucheront sur une conflagration : "si tous les gars du monde voulaient se donner le main "risque de se muer en "si tous les gars du monde voulaient s’arracher les mains, les yeux, les oreilles, les tripes".

 

L’adjectif et nom créole ne se rapporte pas seulement à des personnes. En 1688, il est attesté comme adjectif qualifiant le nom langue. La langue créole est le "portugais corrompu parlé au Sénégal" et en 1826, Hugo l’emploie comme épithète de patois : "patois créole, français corrompu parlé dans les colonies". Cet emploi n’est enregistré dans les dictionnaires qu’à compter de 1932-35 (huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française), encore que ce soit dans le seul exemple "accent créole". C’est dans la langue moderne de la seconde moitié du XXe siècle et dans les sciences humaines que se produit l’assomption de créole : le mot, qu’il soit adjectif ou nom, et la chose (langue, manière, culture, etc.) ou les personnes désignées par ce mot. C’est ce qu’exposent avec justesse et beaucoup de ferveur militante les auteurs du Trésor de la Langue française : "spécialement, en ethnographie et en linguistique, manière propre aux créoles", comme dans ces emplois, d’adjectif ou de nom : "accent, dialecte, chanson créole, le(s) (parlers) créole(s), le créole haïtien, anglais, portugais". Ils ajoutent cette remarque encyclopédique : "la notion de créole a évolué avec les connaissances linguistiques ; d’abord péjoratif, le mot désigne aujourd’hui un système linguistique autonome, d’origine mixte, issu du contact d’une langue européenne avec des langues indigènes ou importées (Antilles), devenu langue maternelle et langue principale d’une communauté (par opposition à pidgin et à sabir)". Les Académiciens (neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire) se contentent d’enregistrer les faits de langue. Ils sont moins fervents. "Créole, nom et adjectif : qui est relatif aux populations de ces anciennes colonies". Exemples : "cuisine, accent, parlers créoles", ces derniers étant "les langues mixtes formées à partir des langues européennes, en usage à l’origine chez les esclaves noirs des territoires colonisés, devenues ensuite langue maternelle des indigènes". L’explication manque de rigueur, puisque la mixité n’est pas expliquée. Le mot est aussi substantif : "le créole français, anglais, espagnol, portugais, le créole de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Louisiane, de l’île de la Réunion".

Le succès de créole est si vif que les linguistes ont jugé bon de fabriquer l’adjectif et nom créolophone, au sens de "qui parle habituellement (en tant que langue maternelle ou principale) un créole", et même de redresser, en le rendant vertueux, le verbe se créoliser, jugé vieilli dans le sens qu’il avait au XIXe siècle, à savoir "s’adapter aux mœurs et à la manière d’être des créoles" ou (péjoratif) "s’abandonner à la nonchalance qui caractérise les créoles" (Littré, 1863-77) ou "prendre certains caractères d’un créole" ("français créolisé, abâtardi", "la langue des grands écrivains de l’Angleterre s'est créolisée, provincialisée, barbarisée, sans avoir rien gagné en énergie au milieu de la nature vierge"). Chez les Modernes, le verbe a le noble sens, quand il se rapporte aux langues vernaculaires, de "prendre le statut de langue principale d’une communauté".

Dans l’ancienne langue, créole énonçait un fait, peut-être regrettable et sans doute haïssable, mais rien d’autre ; dans la langue moderne, il est une oriflamme idéologique. Flaubert aurait écrit s’en défier.

 

 

 

 

Commentaires

-
tiens je viens de penser il y a 15 minutes , au Self , à Panthéon
( après avoir lu l 'article d' Arouet ,à propos du journal " Le Monde" , sur LIBERTYVOX )

- Je me disais :
- le blog NLF a eu un temps d'arrêt , bien caractéristique du mois d'Août franchouillard

- les articles viennent de réapparaitre

- Panthéon a t il aussi été atteint d'Augustisme ?

- est -il mort comme DE VILLIERS ou BAYROU
qui ont quasiment disparu de la scène médiatique ?

Écrit par : amédée | 28 août 2007

- très bon rappel de la définition historique EXACTE de créole

- qui en est venu à désigner SON CONTRAIRE

- de façon Inévitable d'ailleurs

- les facteurs démographiques étant primordiaux

Écrit par : amédée | 28 août 2007

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s 'ils ne font pas le style ( faut----il avoir avoir un style --------) ils ne le défont peut-être pas !

--- ---- ----- peut-être sont-----ils adaptés ---- à l'écriture------ sur des commentaires ---de blogs --- ou-- blogues ---

---- Kant à avoir une """ pensée""" !

---- c'est une---- fleur---- que --- j'aime --- bien !!

Écrit par : amédée | 29 août 2007

- parthénon est vraiment revenu de " vacances en mode prolongé " .

- à la recherche de rires , dans son désoeuvrement ?

- Le rire est effectivement bénéfique et salutaire !

Écrit par : amédée | 30 août 2007

- Bouvard et Pécuchet !
- les grosses têtes .

- tiens d'ailleurs je me suis acheté il y a 2 semaines " Madame Bovary " ( 1Euro 90 Pocket )

- j'en suis à la page 121

- vraiment un bon style littéraire

- content de combler ce retard culturel

- je vais peut-être rejoindre le niveau de Parthénon?

Écrit par : amédée | 30 août 2007

- Bouvard et Pécuchet !
- les grosses têtes .

- tiens d'ailleurs je me suis acheté il y a 2 semaines " Madame Bovary " ( 1Euro 90 Pocket )

- j'en suis à la page 121

- vraiment un bon style littéraire

- content de combler ce retard culturel

- je vais peut-être rejoindre le niveau de Parthénon?

Écrit par : amédée | 30 août 2007

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