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26 août 2007

Clandestin

 

 

 

 

Emprunté à l’adjectif du latin classique clandestinus, a, um, que M. Gaffiot traduit (Dictionnaire latin français, 1934) par "qui se fait en cachette" et "qui agit en secret", clandestin est attesté en français au XIVe siècle au sens de "tenu secret". Dans tous les dictionnaires, du Trésor de la Langue française de Nicot (1606) à la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, il est enregistré comme un adjectif ayant le sens de "caché" (Nicot), "qui se fait en cachette et contre les lois" (Académie, 1694, 1762, 1798), les Académiciens ajoutant en 1832-35 et en 1932-35 "ou la morale". Les exemples cités dans ces éditions sont "mariage clandestin, assemblées clandestines", complétés dans les sixième et huitième éditions par "démarches clandestines, relations clandestines, écrit clandestin". Dans les éditions publiées entre 1694 et 1798, les Académiciens notent que l’usage de cet adjectif est restreint et qu’il ne s’emploie guère en dehors des deux "phrases" (en fait deux syntagmes) : "mariage clandestin, assemblées clandestines". Dans le Dictionnaire critique de la Langue française (1788), Féraud distingue le propre du figuré. Au propre ("ce qui se fait en cachette et contre les lois"), l’usage de ce mot "est borné aux phrases assemblée clandestine, mariage clandestin" ; "au figuré, il a plus d’étendue" : ainsi, on dit "démarches, intrigues clandestines, etc." Pourtant, dans "démarches ou intrigues clandestines", le sens n’est pas figuré, mais propre : c’est "qui se fait en cachette". Les emplois de clandestin recensés par Littré (in Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) sont à peine plus larges que ceux des Académiciens : clandestin qualifie écrit, réunion, mariage, hymen et, par extension, employé avec le sens de "caché", il qualifie lieu ou magasin.

Le seul emploi de nom relevé dans les éditions anciennes du Dictionnaire de l’Académie française est clandestine ou "herbe cachée" : "on la nomme ainsi, parce que ses feuilles sont en partie cachées dans la terre" (1762) et "on l’appelle encore l’herbe à la matrice, parce qu’elle est bonne pour certaines maladies de femme".

 

Dans la langue moderne, clandestin s’extrait du mariage et des assemblées dans lesquels il était confiné : il sort en quelque sorte de la clandestinité. Ses emplois s’étendent sans cesse à de nouvelles réalités, comme celles que citent les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94), assemblées, démarches, relations, journaux, presses, libelles, éditions, activités, mariages, possessions, amours, lectures, rendez-vous, marchés, travail, bar, poste de radio, passagers, travailleurs.

Dans les années 1970, le nom clandestin était d’un usage rare. L’adjectif peut être substantivé au masculin et désigner une qualité ou une propriété de choses : "le goût du clandestin, avoir horreur du clandestin, la manie du clandestin et du bobard confidentiel" et, quand il désigne des personnes, c’est un "résistant pendant la période 1939-1944". De Gaulle l’emploie dans ce sens dans ses Mémoires de guerre.

Si l’on compare au Trésor de la Langue française l’édition en cours de publication du Dictionnaire de l’Académie française (une vingtaine d’années les sépare), on constate que ce qui a changé, ce n’est pas le sens de clandestin, mais l’emploi du nom désignant des personnes. Ce n’est plus un résistant, mais une personne qui a une activité secrète, en marge de la légalité ; et même quand il est entendu dans ce sens, les exemples cités sont restreints par rapport à l’usage réel de ce nom que chacun peut constater. Les Académiciens citent les passagers clandestines et les travailleurs clandestins, avec clandestins adjectif, mais ils ne citent pas les emplois courants du nom clandestins désignant des étrangers, des immigrés, des travailleurs qui enfreignent la loi ou qui vivent en marge de la légalité. Depuis une vingtaine d'années, le phénomène est devenu si massif qu'il n'a pu être enregistré dans les dictionnaires, même les plus récents.

Les bien-pensants, qui, en toute occasion, prennent le parti des clandestins, quels qu’ils soient, fous furieux, barbus, colons cupides, délinquants, etc., sous le prétexte que ces hommes sont supérieurs aux sous-chiens (comme on dit dans les quartiers où l’on ne fait pas de quartier), préfèrent les nommer sans papiers. L'euphémisme est beau. Ce qu'il cache, c’est l’illégalité et l’infraction aux lois. Etre dépourvu de papiers, c’est presque une qualité : ça désigne même des personnes, ça devient une essence. La lacune, le défaut, le manque de peu de chose ou de presque rien, tout cela masque la violation de lois démocratiquement débattues et votées par les délégués du peuple souverain. En réalité, des papiers, les prétendus sans papiers en ont à foison, mais de leur pays. Ce qui leur manque, ce sont des papiers portant le cachet d’une bureaucratie écervelée qui prodigue au monde entier des papiers, lesquels, à force d’être copiés, reproduits, distribués, vendus, falsifiés, ne signifient plus rien.

 

 

 

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