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27 août 2007

Fanatisme

 

 

 

 

 

Formé à partir de fanatique, le nom fanatisme est attesté en 1688, chez Bossuet, dans un sens proche de celui de fanatique ("disposition d’esprit des fanatiques qui se croient inspirés de la divinité"), et qui est aujourd’hui jugé vieux (Trésor de la Langue française, 1972-94 : "comportement, état d’esprit de celui qui se croit inspiré par la divinité", exemple : "fanatisme d’illuminé") ou vieilli (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication : "disposition d’esprit, comportement d’une personne qui se croit inspirée par la divinité"). Entendu dans ce sens, le fanatisme est une illusion, dommageable certes pour l’illuminé qu’elle fait vivre, mais sans conséquence meurtrière pour ses voisins. Enregistré pour la première fois dans la deuxième édition (1718) du Dictionnaire de l’Académie française, il est défini dans le sens qu’y donne Bossuet : "erreur du fanatique". C’est une erreur, ce n’est pas un crime. Les Académiciens ajoutent (1762, quatrième édition) : "on appelle aussi fanatisme un entêtement outré et bizarre". Non seulement c’est erreur, mais c’est aussi une persistance dans l’erreur.

C’est au XVIIIe siècle que fanatisme s’enrichit d’un nouveau sens. En 1729, il est attesté au sens de "excès en faveur d’une foi religieuse ou d'une croyance" et "passion excessive que l’on porte à une personne ou à quelque chose". Dans la cinquième édition (1798) de leur Dictionnaire, les Académiciens enregistrent ce nouveau sens : "zèle outré en matière de religion" et, comme ils ont constaté les effets du fanatisme durant les événements dits révolutionnaires, ils ajoutent : "ou un attachement opiniâtre et violent à un parti, à une opinion, etc.". Il est vrai aussi que Voltaire a multiplié les critiques contre toutes les formes de fanatisme et que son œuvre est une encyclopédie du fanatisme : "on entend aujourd’hui par fanatisme une folie religieuse, sombre et cruelle ; c’est une maladie qui se gagne comme la petite vérole" ; "le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère" ; "le plus grand exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces la nuit de la Saint-Barthélemy leurs concitoyens qui n’allaient point à la messe" (anachronisme, puisqu’en 1572, le nom fanatisme n’existait pas encore dans la langue). Comme tous les progressistes, Voltaire imagine un avenir radieux, façonné par la philosophie, dans lequel les racines du fanatisme seraient extirpées (lettre du 30 juillet 1768) : "heureusement le fanatisme est sur son déclin d’un bout de l’Europe à l’autre". Un peu plus de vingt ans plus tard, le déclin est devenu l’apogée. On n’ose pas non plus objecter à Voltaire le fanatisme imbécile du sinistre XXe siècle.

D’une édition à l’autre du Dictionnaire de l’Académie, le sens premier ("illusion") est relégué au second plan au profit du sens moderne. En 1832-35, les Académiciens écrivent : "fanatisme se dit plus ordinairement d’un zèle outré, et souvent cruel, pour une religion, ou d’un attachement opiniâtre et violent à un parti, à une opinion, etc." Les exemples cités se rapportent aux deux grands types de fanatisme, religieux et politique ou idéologique : "être animé du plus ardent fanatisme ; les excès du fanatisme religieux, du fanatisme ; le fanatisme de la liberté ; ce n’est plus en eux une passion, c’est un vrai fanatisme".

Les auteurs du Trésor de la Langue française opposent au sens ancien ("état d’esprit de l’illuminé, illusion") le sens moderne "souvent péjoratif", précisent-ils. C’est, par extension, le "comportement, l’état d’esprit d’une personne ou d’un groupe de personnes qui manifestent pour une doctrine ou pour une cause un attachement passionné et un zèle outré conduisant à l’intolérance et souvent à la violence" ("fanatisme politique, religieux, pour quelque chose, contre quelque chose ; brutal, farouche, féroce ; catholique, chrétien, militaire, national, patriotique, républicain ; fanatisme de secte ; les fureurs du fanatisme ; combattre, exciter le fanatisme"). Les extraits d’écrivains cités sont affligeants. En 1937, au moment où se déchaînent en Allemagne et en URSS les deux fanatismes les plus sanguinaires de l’histoire, Duhamel est persuadé que l’humanité est délivrée du fanatisme ("si nous sommes enfin délivrés de toutes les superpositions misérables et de tous les fanatismes répugnants, c’est quand même à la fermeté d’un sage rationalisme que nous le devons"), attribuant cette délivrance aux mérites du rationalisme, lequel a produit autant de hordes fanatiques que la religion. Un essayiste, nommé Gaultier, décrit en 1902 (dans Bovarysme) le fanatisme : "en politique, en morale, en sociologie, en religion, en philosophie, le conservateur de la doctrine ancienne et le révolutionnaire le plus acharné à détruire les vérités présentes se confondent dans l’identité d’une même foi. Leur fanatisme est de même ordre ; car ils croient l’un et l’autre qu’il existe une vérité objective, propre, à l’exclusion de toute autre conception, à assurer le bonheur humain", admirable leçon que les Académiciens, dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire, n’ont pas retenue, puisqu’ils distinguent le sens religieux de fanatisme de son sens politique ou idéologique : "zèle outré et intolérant pour une religion, une croyance" et "attachement exclusif et intraitable à une doctrine, à un parti, à une opinion".

Ce qu’il y a d’admirable chez les auteurs de dictionnaires, c’est leur aveuglement. Ils ont pour tropisme de ne pas voir la réalité ou, s’ils l’ont vue, de ne pas la nommer. Quand le fanatisme touche la religion, il est qualifié de catholique ou de chrétien, jamais de musulman ou d’islamique, alors que, de toutes les religions qui sévissent sur la terre, la plus fanatique, dans sa doctrine et dans les faits ou dans les actes qu’elle inspire, est incontestablement l’islam. Pourtant, les exemples avérés et effrayants de fanatisme islamique n’ont pas manqué au XXe siècle : mais les auteurs de dictionnaires ne les ont pas constatés. Ou bien ils ont la vue courte, ou bien ils s’interdisent de dire du mal de ce qui les effraie ou les menace. Dans les années 1930, le chancelier allemand était nommé Monsieur Hitler. Il fallait exorciser le mal. Il en va de même aujourd’hui : on ne sait jamais, au cas où.

 

 

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