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28 août 2007

Solécisme

 

 

 

 

Emprunté au latin soloecismus, lui-même emprunté au grec (au sens de "faute contre les règles du langage"), du nom d’une colonie d’Athéniens établis à Soles en Cilicie (en Asie mineure), qui parlaient un mauvais patois, le nom solécisme est attesté dès le XIIIe siècle comme un terme de grammaire. Il est enregistré dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française et défini comme une "faute contre les règles de la grammaire" (1694), puis comme une "faute grossière contre la syntaxe" (1762, 1798), comme "faute contre la syntaxe" (1832-35 : l’adjectif grossière a disparu de la définition), enfin comme "une faute contre les règles de la syntaxe" (1932-35). Les autres lexicographes reprennent la définition de 1762 et de 1798 (Féraud, Dictionnaire critique de la Langue française, 1788 : "faute grossière contre la syntaxe") ou celle de 1832-35 (Littré, Dictionnaire de la Langue française, 1863-77 : "faute contre la syntaxe").

A partir de la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35), est relevé l’emploi figuré de solécisme, lequel est pourtant attesté trois siècles auparavant chez Rabelais et surtout deux siècles environ plus tôt dans un vers célèbre des Femmes savantes de Molière : "Le moindre solécisme en parlant vous irrite ; Mais vous en faites, vous, d’étranges en conduite". "Solécisme, écrivent les Académiciens, se dit quelquefois, figurément et par plaisanterie, d’une faute quelconque"  ("un solécisme en conduite, il fait dans cette science d’étranges solécismes", emploi que Littré reproduit : "figurément et familièrement, faute quelconque", l’illustrant du vers de Molière et de cet extrait : "il est parlé, dans les anciens auteurs, de solécismes en fait de gestes".

Dans tous ces dictionnaires, les exemples cités illustrent l’emploi du nom ; Féraud : "la contrainte de la mesure et de la rime a occasionné beaucoup de solécismes dans les vers" ; Académie, 1762, 1798, 1832-35, 1932-35 : "faire un solécisme, il y a un solécisme dans cette phrase" ; Littré, citant Vaugelas ("sur ce qui est observé que l’usage favorise souvent des solécismes, M. Chapelain dit qu’alors ces solécismes sont des élégances"), Boileau ("Mon esprit n’admet point un pompeux barbarisme, Ni d’un vers ampoulé l’orgueilleux solécisme"), d’Olivet ("combien de lettres supprimées par la prononciation, mais dont la suppression dans l’écriture serait un solécisme !"), d’Alembert ("tant pis pour qui ne fait pas de solécisme en parlant ; on pourrait dire que ces personnes-là lisent toujours et ne parlent jamais"), Delille ("Quelquefois à la langue, en dépit du purisme, Ose faire présent d’un heureux solécisme, Scandale du grammairien") ; mais aucun de ces lexicographes ne cite d’exemple de ces fautes contre les règles de la syntaxe qui sont nommées solécismes. Un solécisme effectif aurait été plus éloquent qu’une définition vague et générale. Il faut consulter le Dictionnaire Quillet de la Langue française en trois volumes (1948) pour lire enfin un exemple de solécisme : "faute contre les règles de la syntaxe d’une langue. Exemple : c’est nous qui vont" (pour qui allons). Le mérite des auteurs de ce dictionnaire est aussi de relever ce qu’ils nomment l’antonyme de solécisme : "barbarisme, faute contre le vocabulaire".

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) se piquent de linguistique. Pourtant, ils ne citent pas d’exemple de solécisme, se contentant de citer des emplois du nom : "solécisme grossier", "il a malheureusement fait deux solécismes" (Hugo, 1839), "ce lettré qui avait accompagné de son éloquence châtiée et mélancolique tant de cadavres obscurs, n’eut sur sa tombe que la harangue pleine de solécismes d’un maire bègue et libre penseur" (Arnoux, 1923) et, par métonymie, "le mot fautif lui-même", comme chez Maistre : "ce mot nous, dans l’Église catholique, est un solécisme, s’il ne se rapporte pas à tous" (1819).

Pour tous les lexicographes, les règles de la syntaxe sont absolues : y déroger, c’est faire une faute, qu’elle soit ou non grossière. Les auteurs du Trésor de la Langue française relativisent tout cela. C’est "une faute contre la syntaxe au regard de la grammaire ou de l’usage jugé correct à une époque donnée", mais ce n’est pas une faute au regard de la linguistique, ni hors de toute époque donnée. Autrement dit, s’il y a faute, elle incombe à la grammaire, à l’époque ou à ceux qui décident si un usage est correct ou non. L’absolu est chassé de l’horizon de la langue, comme il est chassé de tout lieu, domaine, discipline, art, science. La science moderne est celle de la relativité, mais son arrogance la rend incapable de comprendre qu’elle aussi est relative.

L’insolence consisterait donc aujourd’hui à la soumettre aux traitements qu’elle inflige aux autres : il n’y a pas à se gêner ou à prendre des gants. Qu’elle soit relativisée en toutes choses.

 

 

 

 

Commentaires

-que voilà un mot trop compliqué pour moi !

--- vais-je le retenir ??

--- pourrais-je le reglisser dans une conservation? ou une conversation ?

Écrit par : amédée | 29 août 2007

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