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30 août 2007

Théodicée

 

 

 

 

 

Ce mot est composé de deux mots grecs, le premier signifiant "Dieu" et le second "manière d’agir, justice, règle, droit". C’est Leibniz qui l’a fabriqué en 1710. Il y donne le sens de "justification" ou de "bonté de Dieu", dans Essais de théodicée concernant la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, où il justifie la providence, malmenée par le penseur protestant Bayle. Le mot est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française, à partir de la sixième édition (1832-35). Par extension, à partir de 1819, le mot désigne la partie de la théologie qui traite de l’existence et des attributs de Dieu. De fait, il prend le sens de théologie naturelle ou "science de Dieu établie par les seules lumières de la raison, sans recours à la Révélation".

Ces deux sens sont exposés par Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) : "justice de Dieu" et "partie de la philosophie qui traite de l’existence et des attributs de Dieu, de ses rapports avec l’homme". Littré s’efforce d’expliquer en quoi consiste la "justice de Dieu", malgré le mal qui mine le monde, citant Fontenelle : "partie de la théologie naturelle qui traite de la justice de Dieu, et qui a pour but de justifier sa providence, en réfutant les objections tirées de l’existence du mal ; on connaît assez les difficultés que M. Bayle avait proposées sur l’origine du mal, soit physique, soit moral". Voltaire, qui est cité, était, on le sait, un adversaire de Leibniz et de ses disciples, qui sont caricaturés dans le personnage de Pangloss, dont la maxime favorite est "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles".

Littré a beau être positiviste et sans doute incroyant, il a conscience que le second sens de théodicée n’est qu’une extension aventurée, œuvre sans doute de philosophes qui n’ont pas lu Leibniz ou qui l’ont lu en diagonale. Pour lui, ce sens résulte d’un "abus" : "abusivement, dans le langage de l’école éclectique moderne", écrit-il. On ne sait qui est inclus dans cette "école éclectique moderne", mais on comprend, aux deux adjectifs éclectique et moderne, que Littré ne s’en faisait pas une haute idée.

Dans la huitième édition de leur Dictionnaire, les Académiciens, qui ne sont pas de grands philosophes, se contentent d’avaliser le sens de l’école éclectique moderne : "terme didactique, partie de la philosophie qui traite de l’existence, des attributs et en particulier de la justice de Dieu", se référant à Leibniz cavalièrement et sans relever le sens premier du mot : "il se dit encore d’un traité composé sur cette partie de la théologie", citant en exemple le titre du traité, La Théodicée de Leibnitz, mais de façon erronée, le véritable titre étant : Essais de théodicée concernant la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal, qui définit de façon claire le sens du mot théodicée : "la bonté de Dieu" par rapport à la "liberté de l’homme" et à "l’origine du mal". Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), cette confusion est effacée. Deux sens sont distingués : "chez Leibnitz, justification de la bonté de Dieu en dépit du mal qui existe dans le monde" et "partie de la métaphysique qui traite, d’après les seules lumières de l’expérience et de la raison, de l’existence et de la nature de Dieu", les synonymes étant théologie naturelle et théologie rationnelle. Les auteurs de ce Trésor ajoutent que, par métonymie, théodicée prend le sens de "traité, manuel de théodicée".

L'oeuvre de Leibniz, souvent admirable, méritait un modeste hommage, se ramenât-il à rétablir le sens d’un mot qu’il a fabriqué.

 

 

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