Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02 septembre 2007

Polémique

 

 

 

 

Emprunté à un adjectif grec qui a pour sens "relatif à la guerre" (en parlant de choses) ou "disposé à la guerre" (en parlant de personnes) et, par extension, "batailleur, querelleur", l’adjectif polémique est attesté dans la seconde moitié du XVIe siècle, alors que se déchaînent les passions religieuses : en 1578 chanson polémique, au sens de "guerrière" et en 1584, au sens de "relatif à la dispute par écrit". Le premier à l’employer comme un nom, au sens de "controverse par écrit", est Agrippa d’Aubigné, poète qui, plus que tout autre, a jeté de l'huile sur le feu des passions religieuses (préface des Tragiques, 1619). Il est enregistré à partir de la deuxième édition (1718) du Dictionnaire de l’Académie française, uniquement comme adjectif, du moins jusqu’à la sixième édition (1832-35). Il signifie "qui appartient à la dispute" et "il se dit des disputes par écrit, soit en matière de religion, soit en d’autres matières", comme dans "ouvrage polémique, traité polémique, style polémique" (1762, 1798). De même, Féraud (Dictionnaire critique de la Langue française, 1788) ne relève que l’emploi d’adjectif : "qui appartient à la dispute, à une guerre, à un combat littéraire". Il juge aussi, se fondant sur l’origine grecque de ce mot, que "guerre polémique est un pléonasme, une répétition d’idées" et que l’on doit dire ouvrages polémiques et guerres littéraires.

Dans la sixième édition (1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française, l’emploi de polémique comme nom est relevé : "il est aussi substantif féminin et signifie dispute, querelle de plume" (exemples : "il excelle dans la polémique, la polémique littéraire"). Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) et les Académiciens (huitième édition) reprennent les définitions de 1832-35 : "1, adjectif, qui appartient à la dispute par écrit" et "2, substantif féminin, la polémique, dispute par écrit".

Voltaire, qui a été un écrivain polémique (talentueux certes) et qui n’appréciait guère les ouvrages polémiques, non pas les siens, mais ceux des autres ou ceux qui le prenait pour cible, définit ainsi, avec beaucoup de mauvaise foi sans doute, les livres polémiques : ce sont "ceux dans lesquels on dit des injures à son prochain pour gagner de l’argent". La polémique est belle, sauf quand on en est la cible.

 

Dans la langue moderne, de profonds changements affectent l’emploi de polémique, comme l’atteste l’article qui y est consacré dans le Trésor de la Langue française (1792-94). Les auteurs de ce Trésor exposent d’abord l’emploi comme nom, contrairement aux lexicographes antérieurs, ensuite l’emploi adjectif. Alors que, dans les dictionnaires antérieurs, polémique, nom ou adjectif, était borné à la seule littérature, dans la langue moderne, il s’est étendu à toutes sortes de réalités, dont la plupart sont étrangères à la littérature. C’est "une discussion ou un débat ou une controverse qui traduit de façon violente ou passionnée, et le plus souvent par écrit, des opinions contraires sur toutes espèces de sujets : politique, scientifique, littéraire, religieux, etc.". C’est même "un genre dont relèvent ces discussions". Les exemples sont "engager, poursuivre une polémique avec quelqu’un, aimer la polémique, faire de la polémique". Albert Camus (Actuelles I, 1948) a compris que la polémique était sortie du domaine borné et policé des lettres et que son extension à toute société était la marque de l’expression d’une haine sans limite qui déteint sur le monde : "il n’y a pas de vie sans dialogue, écrit-il. Et sur la plus grande partie du monde, le dialogue est remplacé aujourd’hui par la polémique". Il poursuit ainsi : "le XXe siècle est le siècle de la polémique et de l’insulte (...) Des milliers de voix jour et nuit, poursuivant chacune de son côté un tumultueux monologue, déversent sur les peuples un torrent de paroles mystificatrices, attaques, défenses, exaltations". La modernité n’est pas seulement l’ère de l’obscurantisme épais et des crimes de masse et sans nom, de sorte qu’il a fallu fabriquer des mots nouveaux, génocide, purification, nettoyage ethnique, ou d'employer dans un sens nouveau de vieux termes de religion, holocauste, shoah, pour les nommer ; elle a cru aussi qu’elle devait réaliser son essence ou son être par la polémique généralisée et l’insulte obligatoire.

 

 

Commentaires

Démonstration par IRM fonctionnelle
du non fonctionnement de la méthode de " lecture globale "


http://www.lire.fr/critique.asp/idC=51596/idR=213/idG=8

Écrit par : spinneur | 02 septembre 2007

Les commentaires sont fermés.