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03 septembre 2007

Voile

 

Voile, nom masculin 

 

 

 

En latin, velum a pour sens "voile, toile, tenture, rideau". Il s’emploie aussi au figuré. Le mot français voile qui en est issu est employé au XIIe siècle pour désigner, dans un contexte religieux, une "pièce d’étoffe qui couvre la tête des religieuses" ("un voile et une blanche gone comme recluse et comme nonne"). D’où en 1571 prendre le voile et en 1667 quitter le voile. Les lexicographes du XVIIe siècle relèvent le sens religieux de ce mot, aussi bien Nicot (Trésor de la Langue française, 1606 : "voile, c’est un habillement de tête à religieuse ou veuve") que les Académiciens (première édition, 1694) : "pièce de toile ou autre étoffe déliée dont les femmes se couvrent la tête et les épaules, particulièrement les religieuses et les veuves". Dans les exemples cités en 1694, la "pièce de toile" est liée à la religion : "cette fille s’est consacrée à Dieu et a pris le voile dans un tel monastère ; on lui a donné le voile ; bénir le voile ; la bénédiction du voile ; elle est encore novice et n’a que le voile blanc". Les autres emplois, à propos de choses, tiennent aussi à la religion : "on appelle voile de calice cette pièce de taffetas, de satin, d’ouvrage dont on couvre le calice à la messe" et "voile signifie quelquefois un grand rideau, comme en ces phrases : le voile du temple à la mort de Jésus-Christ se déchira en deux parts de haut en bas, on met dans les cathédrales un grand voile qui sépare l’autel du chœur".

C’est en 1721, dans les Lettres persanes, que Montesquieu applique le mot voile à l’islam ("vivre sous le voile"), afin de traduire les mots arabes ou persans qui désignent la "pièce d’étoffe avec laquelle les femmes musulmanes se masquent le visage", emploi auquel les Académiciens font référence (1762, quatrième édition) dans les exemples qui illustrent le sens de voile : "les femmes en Orient ne sortent point qu’elles ne soient couvertes d’un voile", sans préciser la religion que professent ces femmes et les pays dans lesquels cette règle est appliquée.

 

Le nom voile a pris aussi des sens figurés qui sont relevés par les Académiciens, dès la première édition (1694) de leur Dictionnaire : "voile signifie au figuré apparence, couleur spécieuse, prétexte" ("un scélérat qui se couvre du voile de la piété, de la dévotion ; il faut lui arracher le voile dont il se couvre, et faire connaître sa méchanceté"). Le deuxième sens figuré est "aveuglement" : "on dit qu’un homme a un voile devant les yeux, quand l’amour, la haine ou quelque autre passion l’empêche de voir les choses comme elles sont" ; et le troisième : "voile se dit figurément des fables, des figures, des allégories, et de tous autres discours inventés pour faire entendre autre chose que ce qu’ils signifient naturellement" ("Esope couvrait sa morale sous le voile de ses fables ; plusieurs vérités du christianisme ont été cachées sous le voile des cérémonies de la Loi de Moïse"). Ces emplois sont éloquents. Le voile ne sert pas seulement à cacher quelque chose de sacré ou de tabou ou, comme il faut dire aujourd’hui en français islamisé, de haram, mais c’est un prétexte spécieux destiné à tromper autrui, une marque d’aveuglement ou une fiction trompeuse. Voilà qui devrait inciter les puissants du jour et les commentateurs d’office à réfléchir (mis en sont-ils capables ?) sur le sens politique ou idéologique du voile islamique, dont les mâles, eux, ne se couvrent pas le visage.

 

A partir de 1798 (cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française), deux sens sont distingués : un usage social et un usage religieux. C’est une "pièce de toile ou d’étoffe destinée à cacher quelque chose" ("voile de mousseline, de gaze, de tulle, de dentelle") et la "couverture de tête que portent les religieuses". Les Académiciens, dans les sixième et huitième éditions de leur Dictionnaire, illustrent l’usage social du voile par l’exemple des veuves, mais aussi par celui des femmes en Orient ou en Turquie : "les femmes, en Turquie, ne sortaient pas qu’elles ne fussent couvertes d’un voile".

 

La modernité se voue à la transparence. Rien n’est caché, rien ne doit rester secret, tout doit être dévoilé. Or, jamais les emplois de voile, au sens de "pièce d’étoffe" qui recouvre ou masque ou dissimule, n’ont été aussi nombreux que dans la langue moderne. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) en relèvent neuf, dont sept se rapportent à des personnes, alors que, trois siècles plus tôt, Nicot et les Académiciens en relevaient un ou deux. Une femme peut porter un voile lors de cérémonies, mariage ou communion. Ce peut être l’ornement d’un chapeau : en ce cas, le synonyme en est voilette. Ce peut être la pièce d’un vêtement religieux, dans la religion islamique ("pièce d’étoffe légère mais opaque que portent en public les femmes musulmanes" et "pièce d’étoffe qui recouvre la chevelure des femmes musulmanes"), dans la religion catholique ("pièce d’étoffe que les religieuses et les novices portent sur la tête et dont elles se couvrent parfois le visage"), la pièce d’un vêtement professionnel ("coiffure de tissu sous laquelle, dans certaines professions, les femmes enferment leurs cheveux par mesure d’hygiène"), par extension un "tissu très léger fait de laine, de coton, de soie, de fibres synthétiques, utilisé dans la confection de vêtements ou dans la fabrication de rideaux" et enfin, souvent au pluriel et d’un usage littéraire, le "vêtement léger qui recouvre le corps de la femme" (la "danse des sept voiles").

Qu’ils soient modernes ou ringards, les lexicographes s’accordent à faire du voile une pièce du seul vêtement féminin. Le voile, nom msculin, est propre aux femmes. Seules les femmes doivent cacher une partie de ce qu’elles sont et se dissimuler. Il n’est pas exigé des hommes de porter un voile. Ce serait les humilier que de le faire, sauf si ce sont des truands ou des voyous en opération. Auquel cas, ils ne portent pas un voile, mais une cagoule ou un passe-montagne ou un masque.

 

 

 

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