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04 septembre 2007

Prolifération

 

 

 

 

Dérivé du verbe proliférer, prolifération est attesté pour la première fois en 1842 comme terme de botanique, puis en 1869 comme terme de biologie. Littré, qui est le premier lexicographe à l’enregistrer (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77), précise "terme de physiologie", tout en le définissant de façon vague : "production par une sorte d’engendrement". Les deux exemples qu’il cite se rapportent l’un à la biologie ("la prolifération des cellules épithéliales"), l’autre à la botanique ("la prolifération tuberculeuse"). Il est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35). La définition est plus claire que celle de Littré, le phénomène désigné par le mot étant mieux connu : "terme de physiologie, multiplication par division des cellules". Il est illustré d’un des deux exemples cités par Littré ("la prolifération tuberculeuse"), dont on est en droit de se demander ce qu’il désigne précisément dans la réalité : la prolifération des pommes de terre ou des topinambours ?

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) y donnent une définition plus précise, qui tient compte des connaissances nouvelles en matière de science. Le terme n’est plus spécifique de la physiologie, mais de la biologie : "multiplication, normale ou pathologique, d’éléments biologiques, d’une cellule, d’une bactérie, d’un tissu, d’un organisme ; la masse tissulaire qui en résulte". Les divers adjectifs qui qualifient prolifération, à savoir bactérienne, cellulaire, microbienne, osseuse, montrent que le phénomène affecte tout élément vivant et qu’il est général, de même que cet extrait du biologiste Jean Rostand : "dans tout organisme adulte, et même vieillissant, il subsiste une quantité d’éléments immortels, et qu’il suffirait d’isoler pour les amener à manifester leur pouvoir de prolifération indéfinie" (La Vie et ses problèmes, 1939). Les connaissances médicales progressant, surtout en matière de cancer, le terme prolifération est employé au milieu du XXe siècle par les écrivains pour désigner la progression de la maladie : Martin du Gard ("Mauvaise radio. La prolifération du tissu fibreux s’est considérablement accélérée depuis le dernier examen. Surtout poumon droit", Les Thibault, 1940) et Bernanos ("les hideuses proliférations du cancer", Mauvais rêve, 1948). Alors, le nom métastase, plus précis, n’est pas sorti du domaine de la médecine.

Dans ce dictionnaire, le sens technique de prolifération en biologie est nettement distingué de celui qu’il conserve en botanique : "apparition d’une production surnuméraire sur un organe prolifère ; multiplication cellulaire rapide, qui ne s’accompagne d’aucune différenciation", ce qui semble être le sens de la "prolifération tuberculeuse".

 

Comme d’autres termes de science, prolifération s’étend au XXe siècle, "par analogie", disent les lexicographes, à des réalités qui ne sont pas celles de la science. Valéry (1926) l’emploie, au sens de "multiplication rapide et anarchique", en parlant "d'objets de pensée") et Cendrars (1949), en parlant "d’êtres vivants" ("vie, totems, bêtes, serpents, végétaux, etc."). De là, le nom s’étend à des réalités sociales : les prix littéraires que Mauriac rend "responsables de la prolifération cancéreuse dont souffre la librairie" (Nouveaux Bloc Notes, 1961) ; les "armes atomiques" (1971), dont la prolifération massive est si lourde de périls qu’est fabriqué le quasi antonyme non-prolifération ; les entreprises ("le prolifération de ses entreprises indochinoises avait engagé tout entier le groupe Ferral dans la pénétration commerciale du bassin du Yang-Tsé", Malraux, La Condition humaine, 1933) ; les petites organisations ("il convient d’éviter la prolifération de multiples petites organisations qui risqueraient de se gêner mutuellement, de susciter des rivalités et de créer la confusion", De Gaulle, Mémoires de guerre, 1956) ; les commerces, les pavillons, les résidences de tourisme, etc. ; et les poils au menton : "Hubert Baudoin aurait bientôt achevé sa toilette et (…) allait paraître au grand jour, le menton pur de toute prolifération superflue", Duhamel, Suzanne, 1941.

 

 

 

 

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