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10 septembre 2007

Gymnase

 

 

 

 

Emprunté au latin classique gymnasium, au sens de "lieu public chez les Grecs destiné aux exercices du corps", lui-même emprunté au grec, le mot gymnase est attesté au XIIIe siècle comme terme spécifique de la civilisation grecque de l’Antiquité et, à la toute fin du XVIe siècle, pour désigner un établissement d’enseignement ou collège, mais en Allemagne et en Suisse seulement. Il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la troisième édition (1740) et jusqu’à la sixième édition, 1832-35, il est relevé comme un terme spécifique de l’ancienne civilisation grecque : "lieu où les Grecs s’exerçaient à lutter, à jeter le disque, et à d’autres jeux propres à dénouer le corps, et à le fortifier" (1762, exemple : "il allait tous les jours au gymnase"). Dans la France de jadis, les lieux où les jeunes gens s’adonnaient aux exercices physiques étaient la salle d’armes et le tripot ou jeu de paume.

Dans la sixième édition de leur Dictionnaire (1832-35), les Académiciens complètent la définition de gymnase d’un court exposé encyclopédique : "les portiques extérieurs des gymnases étaient particulièrement destinés aux conférences philosophiques et aux exercices littéraires", mais ils ne cherchent pas à démêler l’incongruité apparente du mélange d’exercices du corps et de conférences philosophiques ou d’exercices littéraires. Ils notent aussi que gymnase n’est plus propre à la civilisation de la Grèce antique et que, en France, ont été construits des lieux où les jeunes gens s’adonnent aux exercices physiques : "il se dit également, chez les modernes, de certains établissements où l’on forme la jeunesse aux exercices du corps". Les salles d’armes et les tripots ou jeux de paume (qui peu à peu ferment ou se transforment en salles de jeu) passent de mode. Ils ne sont plus les seuls lieux où la jeunesse se forme aux exercices du corps. Les exemples cités sont "le gymnase d’un collège"  (c’est effectivement un gymnase) et "les gymnases d’Allemagne" : ce ne sont pas des gymnases, mais des lycées. L’erreur des Académiciens tient sans doute à la nouveauté du lieu nommé gymnase et à leur ignorance de ce qui se faisait en Allemagne. Ils la corrigent dans la huitième édition (1932-35) : "gymnase se dit également aujourd’hui de certains établissements où l’on forme la jeunesse aux exercices du corps" ("il y a plusieurs gymnases dans cette ville") ; "il se dit aussi, dans un collège, une école, d’une grande salle aménagée pour les exercices du corps"  ("les gymnases militaires") et "on donne, dans certains pays étrangers, le nom de gymnase (en réalité, le nom latin gymnasium) à des établissements d’enseignement secondaire".

Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) ne confond pas gymnase et gymnasium et ne commet pas l’erreur des Académiciens : "lieu où les Grecs s’exerçaient à lutter, à jeter le disque, et autres jeux de force" ; "par analogie, établissement où l’on forme la jeunesse aux exercices du corps" ; "gymnase ou gymnasium, nom que l’on donne en Allemagne aux collèges ou écoles latines". Littré relève même l’emploi de gymnase comme nom propre : Gymnase dramatique, où n’étaient jouées que des comédies et qui a créé un genre, dit "genre du Gymnase". Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), deux emplois sont distingués : l’un, propre à l’antiquité ; l’autre, moderne. Chez les modernes, le gymnase est un "bâtiment comprenant une vaste salle pourvue des installations et des appareils permettant la pratique des exercices du corps" et "dans certains pays, notamment en Allemagne et en Suisse", c’est une "école d’enseignement secondaire". Chez les Grecs, c’était un "édifice public comprenant bâtiments et portiques où l’on se rencontrait pour parler et pour pratiquer les exercices du corps". Alors, la philosophie et la gymnastique n’étaient pas incompatibles. Ou, pour dire les choses plus précisément, c’est dans (ou près des) les gymnases que Socrate rencontrait les jeunes gens qu’il initiait à la maïeutique. L’horreur que Sartre et autres "philosophes" vouent aux exercices du corps et aux sports atteste qu’ils sont à des années-lumière de leurs prétendus modèles grecs, qui, eux, ne versaient ni dans l’idéologie sociale, ni dans la théologie laïque de bas étage.

 

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