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15 septembre 2007

Préséance

 

 

 

 

 

Formé du préfixe pré – et du nom séance, ce nom est attesté au XVIe siècle aux sens de "droit de prendre place, de siéger", de "place où l’on s’assied" et "d’ordre dans lequel on est assis".

Dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1932-35, il est relevé avec le même sens : "droit de prendre place au dessus de quelqu’un, ou de le précéder" et les mêmes exemples : "l’ancienneté règle la préséance entre les officiers d’un tribunal" (de 1694 à 1798) les "officiers d’un tribunal" devenant "les membres d'un tribunal" dans les éditions ultérieures ; "les juges supérieurs ont la préséance sur les subalternes" ou "les cours royales ont la préséance sur les tribunaux de première instance" (1832-35), qui devient un siècle plus tard : "les cours d’appel ont la préséance sur les tribunaux de première instance". Le mot ne devait pas être d’un emploi fréquent et ou il devait être prononcé fautivement, puisque les Académiciens précisent en 1798 et en 1832-35 que "l’on prononce l’S fortement, comme dans séance".

Féraud (Dictionnaire critique de la Langue française, 1788) et Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) reproduisent ces définitions : "droit de prendre place au-dessus de quelqu’un, ou de le précéder dans une assemblée, dans une cérémonie" (Féraud) ; "droit de précéder, de prendre place au-dessus" (Littré). Les écrivains du XVIIIe siècle se sont amusés de ces questions de droit ; Fontenelle : "la préséance de deux planètes ne fera jamais une si grande affaire que celle de deux ambassadeurs" ; Voltaire : "tous les détails des querelles excitées par la préséance sont les archives de la petitesse plutôt que celles de la grandeur".

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) donnent une définition quasiment encyclopédique de ce mot, comme si la chose qu’il désigne était devenue étrangère aux modernes. C’est le "droit issu d’un privilège, créé par l’usage ou institué par une règle, de prendre place au-dessus de quelqu’un, de le précéder dans une hiérarchie protocolaire". Les exemples cités par les Académiciens sont reproduits et complétés d’extraits d’écrivains modernes qui, comme Fontenelle et Voltaire, expriment leur défiance vis-à-vis de ces questions de siège, de place, de hiérarchie ; Stendhal : "les nonces ont encore la préséance sur tous les ambassadeurs ; mais cette vieille prérogative n’est plus qu’une simple politesse", Gracq : "la rumination minutieuse et tatillonne des préséances et des mérites passés avait fait jusque-là chez nous le fonds commun des méditations politiques" (1951).

Terme de droit, préséance s’étend, comme beaucoup de termes de droit, au social, ce qu’attestent les auteurs du Trésor de la Langue française : "par analogie, souvent au pluriel, prérogative(s) liée(s) à la condition sociale, à l’âge, au rang, etc." et surtout "par extension, supériorité reconnue à quelque chose, par institution ou par habitude, dans une hiérarchie de réalités ou de valeurs". L’un des premiers à transférer vers le social le sens juridique de préséance est le positiviste Comte : "il faut éviter soigneusement toute oiseuse discussion de vaine préséance entre ces deux éléments sociaux, l’ordre spirituel et l’ordre temporel". De la même manière, Ricoeur, le moins idéologisant des furieux de la philosophie, socialise la préséance : "l’aptitude de la conscience au projet nous contraint à renverser la préséance du réel sur le possible" (1949). Longtemps, préséance a signifié "droit de siéger". Ainsi, selon nos philosophes, le réel aurait un droit de siéger sur le possible et le droit de siéger entre l’ordre spirituel et l’ordre temporel serait vain ! Comme ces pensées-là sont belles !

 

Commentaires

"C'était la promotion de promesse d'avance du mariage de M. le duc de Chartres, dont le chevalier de Lorraine avait répondu au roi, comme on le voit au commencement de ces Mémoires, qui en eut la préséance sur les ducs. Il fallait donc avoir aussi de la complaisance pour Monsieur, sans lui montrer pourquoi, et distinguer le marquis d'Effiat, le compersonnier du chevalier de Lorraine, dans ce marché de la personne de M. de Chartres." (Mémoires de Saint-Simon, X, 7).

Écrit par : Guillaume Cingal | 15 septembre 2007

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