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16 septembre 2007

Illettrisme

Illettré (e, s, es) et illettrisme

 

 

 

Le nom illettrisme, qui est d’un usage fréquent dans la langue des media, de l’opinion ou des sciences sociales, n’est enregistré ni dans le Trésor de la Langue française (1972-94), ni dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française. En revanche, illettré, dérivé de lettré et attesté en 1560 chez Pasquier ("ils conféraient le plus de temps à gens illettrés") au sens d’ignorant, conformément au sens de l’adjectif latin illiteratus, est relevé à compter de la sixième édition (1832-35) et dans le sens latin de cet adjectif (c’est l’antonyme de lettré) : "qui n’a point de connaissances en littérature, ignorant", sens que reprend Littré dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-77) : "adjectif, qui n’est pas lettré, qui n’a point de connaissances en littérature" (exemples : "c’est un homme illettré" ; "il est tout à fait illettré" ; "les gens illettrés haïssent moins violemment, mais les lettrés savent mieux aimer"  (Saint-Pierre). Littré note aussi que cet adjectif est employé dans le sens de "qui ne sait ni lire ni écrire", comme un équivalent d’analphabète.

Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), l’ordre dans lequel Littré expose les deux sens est renversé. Le premier sens est "qui ne connaît pas ses lettres, qui ne sait ni lire ni écrire" (un conscrit illettré). Les Académiciens précisent que, "dans cette acception, illettré s’emploie comme nom" : c’est l’emploi moderne. Dans le second sens, c’est le contraire de lettré : "il signifie aussi qui n’a point de connaissances en littérature". Ce sens est jugé vieilli par les auteurs du Trésor de la langue française (1972-94), indice de la baisse du prestige de la culture littéraire, laquelle, naguère, recouvrait toute la culture : "personne qui n’a pas de lettres, de culture littéraire ; antonymes cultivé, lettré". Quant au sens moderne, c’est "personne qui n’a reçu aucune formation intellectuelle, et en particulier, qui sait à peine lire ou écrire" : un illettré n’est pas tout à fait analphabète, bien que ce nom ait été employé comme synonyme d’analphabète, comme chez Larbaud : "C. venait de terminer une période de service militaire à Montluçon et avait été stupéfait de l’ignorance des recrues, beaucoup originaires du Midi qui touche à l'Auvergne : il y avait un pourcentage énorme d’illettrés, ne sachant même pas signer" (1934).

Le mot a été fabriqué par le Père Wresinski, fondateur d’ATD (aide à toute détresse) quart monde, le quart monde étant le tiers monde de l’Occident, prétendument riche. Ce saint d’origine polonaise a constaté que beaucoup d’exclus vivaient en marge de la société, pauvres et méprisés, parce que, bien qu’ils aient appris à lire, ils ne comprenaient pas les formulaires administratifs, lesquels, s’ils avaient été remplis, auraient pu leur éviter de sombrer dans la misère. L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLI) a été établie en l’an deux mil. Cette dénomination bien dans l’air du temps, avec les mots fétiches de lutte, agence, illettrisme, a pour effet de dissiper les voiles : ce n’est rien d’autre qu’un fromage pour dévoreurs de crédits publics. On y enquête tout azimut sur l’illettrisme. L’illettrisme prospère, mais il est mieux connu des lettrés Bac + 8. Les illettrés financent la lutte des lettrés. Ainsi, les lettrés s’accommodent du paradoxe qui consiste à désigner un manque, une lacune, une absence, ce qu’est l’illettrisme, par un mot formé avec le suffixe isme qui signifie "doctrine". La doctrine n’est pas celle des illettrés, qui n’en ont aucune, sinon le système D, mais celle des lettrés en sociologie qui sont intarissables sur ceux qui ont oublié les rudiments. Le cocasse est que le nom illettrisme est au lettrisme ce que les illettrés sont aux lettrés, le lettrisme étant une "école littéraire d’avant-garde, fondée par Isodore Isou en 1946, qui préconisait la proscription du mot au profit du son" (Trésor de la langue française). L’illettrisme réalise les buts du lettrisme qui est de réduire le langage à des borborygmes. Jamais une école littéraire d’avant-garde n’aura préparé avec autant de lucidité le futur de l’humanité en France.

 

A la différence des lexicographes du Trésor de la Langue française, les Académiciens, dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire, ne mentionnent pas le premier sens d’illettré comme vieilli : "qui manque de culture, spécialement de culture littéraire" ("un public illettré ou, substantivement, un public d’illettrés"), et ils continuent à définir illettré comme un synonyme d’analphabète ("qui ne connaît pas ses lettres, qui ne sait ni lire ni écrire ; un conscrit illettré ; une population illettrée"). Pourtant, ils notent en quoi ces deux mots se distinguent : un analphabète ne sait ni lire, ni écrire, parce qu’il n’a pas appris à le faire ; un illettré a appris à lire et à écrire, mais "il est incapable de lire un texte simple en le comprenant" ("un collégien illettré"). Il a fallu près de deux siècles pour que les auteurs de dictionnaires exposent un phénomène inouï, à savoir l’incapacité de milliers d’élèves à comprendre ce qu’ils lisent ou ânonnent, en dépit de l’allongement, presque à l’infini, de la durée de l’obligation scolaire. Du point de vue de la relation de la langue au réel, le nom illettrisme est juste. L’illettrisme massif (qui touche, suivant les statistiques, de 10 à 40% de la population de la France) est l’acte d’accusation le plus implacable qui ait jamais été dressé contre le " système éducatif " français. On comprend que le phénomène soit systématiquement sous-évalué ou nié par les hiérarques et tous ceux qui ont mis en place ce système : disons, pour ne pas stigmatiser un groupe politique singulier (pour parler clairement, les socialos et les gauchistes), depuis 1973 ou 1974. Si Hugo revenait parmi nous et qu’il apprît ces faits, il perdrait ses illusions sur l’amendement du genre humain par l’école (ouvrez une école, vous fermerez une prison) et, pour libérer l’école, il rouvrirait les asiles d’aliénés et y enfermerait les concepteurs du "système éducatif français , le meilleur qui soit au monde, bien sûr, dans la fabrication à la chaîne d’illettrés. Il est peut-être contestable que le système éducatif français soit une "fabrique des crétins", mais il est sûr que sa raison d'être est de fabriquer des illettrés, et dans les deux sens, ancien et moderne, du mot.

 

 

 

 

Commentaires

des mots nouveaux ou anciens

http://decadence-europa.over-blog.com/article-7116377.html

revenant d'une période de déplacement professionnel de 62 jours continus de travail ( avec 4 jours de repos)

je n 'ai pas toujours accès aux commentaires
tout en suivant le blog ( et son repos d'août )

panthéon bande encore ..

Écrit par : amédée | 16 septembre 2007

journées du " PATRIMOINE "

Surprenant ce PATRI moine qui peut venir du PERE / ou de la MERE

ce MATRIMOINE

MATRIMONIAL
Le mariage " relève " de la femme !

Écrit par : amédée | 16 septembre 2007

Patrimoine : voir note du 21 août 2006.
Merci de vos remarques

Écrit par : Arouet Le Jeune | 17 septembre 2007

La génération du baby boom ne se sera jamais montrée très empressée de transmette à ses successeurs le moindre savoir complexe : Ce qui est vrai des profs à l'école l'est aussi des chroniqueurs dans les feuilles de choux, des animateurs à l'écran, des éditeurs et des producteurs, et des parents à la maison. Chacun s'ingéniant, à son niveau, à son allure, et à sa guise, à devenir de plus en plus illetré, en effet...

Écrit par : solko | 18 septembre 2007

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