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17 septembre 2007

Préservatif


Préservatif



    Dérivé du verbe préserver, l’adjectif et nom préservatif a une longue histoire qui se termine, dans la seconde moitié du XXe siècle, par une importante réduction de ses emplois. L’adjectif est attesté en 1314 dans un texte du chirurgien Mondeville. L’emploi de substantif date de 1539 et le sens figuré (« ce qui préserve d’un mal moral ») de 1561. Ces trois sens sont relevés dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 (« adjectif, qui a la vertu, la faculté de préserver » ; « il est aussi substantif, et alors il signifie remède qui a la vertu de préserver » (« user de préservatif, c’est un souverain préservatif, un puissant préservatif contre toutes sortes de maux ») ; « il s’emploie figurément dans les choses morales » - « le jeûne, la tempérance est un grand préservatif contre toutes les tentations ») à 1932-35 (« adjectif, qui a la vertu, la faculté de préserver » ; « il s’emploie plus ordinairement comme nom masculin, et alors il signifie remède, moyen qui sert à préserver » (« c’est un souverain préservatif, un puissant préservatif contre plusieurs maladies, un excellent préservatif contre la contagion ») ; « il s’emploie au figuré : le travail est le meilleur préservatif contre l’ennui »).
    En quatre siècles, le sens et les emplois de préservatif, qu’il soit adjectif ou nom, qu’il ait un sens propre ou figuré, sont restés stables, au point qu’en 1932-35, les Académiciens se sont contentés de reproduire, presque mot à mot, la définition de 1694. Même les remarques sur l’usage sont restées identiques : en 1694, l’adjectif « ne se dit guère qu’en parlant de remèdes et de médecine » (« remède préservatif, médecine préservative » : on dirait aujourd’hui préventive) ; en 1932-35, « il se ne dit guère que des remèdes » (« remède préservatif »). Seuls quelques exemples nouveaux ont illustré dans les cinquième et sixième éditions l’emploi de préservatif comme nom : « excellent préservatif contre la peste, contre les venins, contre le mauvais air », mais ces exemples ont disparu dans la huitième édition (1932-35), sans doute parce qu’ils détonnaient sur le plan scientifique, dans la mesure où étaient mis sur le même plan la peste, les venins, le mauvais air.
    Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française, 1863-77, se contente de reprendre les trois sens du Dictionnaire de l’Académie française : « qui a la vertu de préserver », « un préservatif, ce qui préserve », et « figuré », ce sens figuré étant illustré de cet extrait de Bossuet : « il ne faut pas mépriser le péril des âmes, ni leur refuser les préservatifs nécessaires contre des livres qui corrompent en tant de manières la simplicité de la foi ».
   
    Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), ces trois sens sont jugés vieillis, que ce soit l’adjectif (« qui a la propriété de préserver d’une maladie, d’une nuisance physique, etc. ») ou le nom (« synonymes antidote, remède ») et que ce nom ait un sens propre (« moyen de préserver contre un danger physique, une maladie ») ou figuré (« moyen de préserver contre un mal moral »). Ce qui a exclu préservatif de l’usage, du moins dans ces trois sens, c’est l’emploi de ce nom par Flaubert (en 1860) au sens de « capote anglaise ». C’est aujourd’hui le seul sens usuel de préservatif. Par pudeur, pruderie ou prudence, les auteurs du Trésor en font un terme « de médecine », qu’ils définissent de la façon la plus froide qui soit : « étui de latex qui s’adapte sur la verge avant le rapport sexuel afin d’empêcher la fécondation ou éviter les maladies vénériennes ». Le synonyme en est capote (anglaise), jugé, on ne sait pourquoi, populaire. Pour prouver qu’ils sont modernes et que, modernes, ils ne sont pas bégueules, les auteurs de ce Trésor distinguent le préservatif masculin du préservatif féminin (la première attestation de ce mot est de 1970), dont ils empruntent la définition à un dictionnaire médical (« dispositif en caoutchouc, de diverses formes (...) dont le but est d’isoler l’orifice cervical de l’utérus de façon à empêcher la pénétration des spermatozoïdes lors du coït »), ajoutant même la remarque suivante : « les préservatifs féminins (...) ont une efficacité moindre que celle du préservatif masculin », qu’ils justifient par une référence au Petit Larousse médical de 1976.
    Ce que les bien pensants nomment révolution sexuelle (des années 1960), comme si, antérieurement, les hommes et les femmes avaient ignoré le sexe et le plaisir sexuel, a eu pour effet de rendre caducs les emplois reçus, médical ou moral, de préservatif, au profit du seul emploi sexuel. Comme toutes les révolutions, celle-ci n’a rien eu de révolutionnaire, sauf le totalitarisme (baiser ou ne pas être) auquel elle s’est résumée.


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