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02 octobre 2007

Ejaculation

 

 

 

 

 

Dérivé du verbe éjaculer, ce nom savant est attesté en français en 1552 dans le Quart Livre de Rabelais au sens de "action de lancer" et de "ce que l’on lance, projection". Les mots éjaculations éthérées désignent chez Rabelais, sans doute par plaisanterie, la pluie : "précipitation atmosphérique", disent les Académiciens dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire. En 1611, éjaculation est employé dans son sens physiologique.

Dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1762 à 1932-35, deux sens, non pas contraires ou opposés, mais référant à des réalités situées à l’opposé l’une de l’autre : l’âme et le corps, sont relevés dans le même article : "terme de physique (on dirait aujourd’hui de physiologie), émission de la semence avec une certaine force" et "prière fervente et qui part du sentiment" (1762 ; 1798 : "et qui part du cœur"). Dans la sixième édition (1832-35), la définition de ce terme de physiologie est "émission du sperme avec une certaine force" : "il se dit également, en histoire naturelle, de l’action par laquelle certains animaux font jaillir de leur corps une matière liquide", "il se dit quelquefois figurément, en langage mystique, d’une prière fervente, et qui part du cœur". Ce que notent les Académiciens, c’est que le sens mystique est rare : "il se dit quelquefois (…) d’une prière fervente". Dans la huitième édition, la mention quelquefois disparaît et le sens physiologique est exprimé de façon succincte : "terme de physiologie, action d’éjaculer" et "il se dit figurément, en langage mystique, d’une prière fervente, et qui part du cœur". Le verbe éjaculer (terme de physiologie et d’histoire naturelle), emprunté au latin ejaculari, lequel n’a pas nécessairement de sens physiologique (il signifie "lancer avec force, projeter"), n’est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de la sixième édition (1832-35).

Littré décrit quatre emplois : celui de l’histoire naturelle ("action par laquelle certains animaux lancent une matière liquide") ; celui de la physiologie ("émission du sperme") ; celui de l’ancienne physique ("émission de la lumière", "éjaculation des corpuscules lumineux") ; enfin celui "de la vie dévote" : "nom donné à certaines prières courtes et ferventes, qui se prononcent à quelque occasion passagère, comme si elles se jetaient vers le ciel". L’article qui y est consacré dans le Trésor de la Langue française (1972-94) est à la fois plus complet et plus précis. L’éjaculation y est décrite sans circonvolutions : "action d’émettre par jet vif et généralement répété, un liquide sécrété par l’organisme" et "résultat de cette action" et "employé absolument, émission du sperme par la verge en érection". Suivi des adjectifs précoce ou prématurée, le nom désigne l’éjaculation "qui a lieu immédiatement après le début de l’érection ou après quelque va-et-vient copulatoire". La distinction entre le sens propre (nommé domaine concret) et le sens figuré est reprise. Entendu dans ce dernier sens, le nom est souvent employé au pluriel et il "désigne des paroles" : "dans le domaine religieux", ce sont des "prières courtes, émises à intervalles réguliers, avec force et un débit rapide", comme chez Taine ("les prédicateurs se relayent, décrivant l’agonie du pécheur, sa mort, (...) avec des cris et des éjaculations, (...) pendant qu’autour d’eux les auditeurs crient hosanna !", 1867) ou "des propos courts généralement insultants ou vulgaires", comme chez Gobineau ("les qualifications les plus relevées étaient trouvées facilement (...) chien, fils de chien (...) bandit, voleur, assassin, pillard, (...). Au milieu de telles éjaculations, une réserve de gamins, (...) chantaient à pleine voix", 1876). Le nom désigne aussi "une création intellectuelle, un sentiment, etc." : c’est une "production ou une manifestation spontanée et qui a généralement une certaine force, ou qui se manifeste violemment", comme chez Du Bos ("j’ai dicté tout ceci pour me soulager ; mais maintenant je voudrais que le "journal" lui-même eût davantage le caractère d’un travail sui generis et moins celui d’une simple éjaculation", 1926).

Dans la neuvième édition (en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, les deux sens, mystique et physiologique, sont exposés, mais l’opposition latente entre ces deux sens est réduite en quelque sorte par la mention très vieilli qui précède le sens "prière courte et fervente, qui jaillit du cœur". Il est vrai aussi que la mystique et la dévotion sont deux "domaines" qui peu à peu s’effacent de la langue moderne, à mesure que la religion sur laquelle elles sont fondées et qui y donne sens disparaît en France.

 

 

 

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