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06 octobre 2007

Archipel

 

 

Emprunté à l’italien arcipelago, lui-même emprunté au grec byzantin arkhipelagos, "mer principale", altération de Aigaion pelagos, "mer Égée"  (par croisement de aigaion avec l’élément archi), Archipel est attesté comme nom propre au XIVe siècle sous les formes Archepelague, Archepielago, Arcipielago, Archipielago, pour désigner la mer Egée. C’est au tout début du XVIe siècle que, par antonomase, ce nom propre est employé comme un nom commun au sens "d’étendue de mer parsemée de groupes d’îles" (comme la mer Egée). Nicot (Thresor de la langue française, 1606) ne relève que le nom propre : "Archipel ou Archipelago, Mare aegaeum". Il est relevé dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762) sous la forme archipel, bien que "quelques-uns disent Archipelage ou Archipelague". Les Académiciens le définissent comme un nom commun ("étendue de mer, entrecoupée de plusieurs îles ; l’archipel du Mexique") et comme nom propre : "on appelle particulièrement Archipel ce que les Anciens appelaient la Mer Égée". Féraud (Dictionaire critique de la langue française, 1788) reproche aux Académiciens de ne pas blâmer "ceux qui disent Archipélage ou Archipélague". Pour Féraud, c’est un "latinisme" à proscrire. Les définitions qu’il en donne sont les mêmes que celles des Académiciens : "étendue de mer, entrecoupée de plusieurs îles" et "Archipel tout court, c’est celui du Levant, que les Anciens nommaient la Mer Egée".

Dans toutes les éditions ultérieures (1798, 1832-35, 1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, comme chez Littré (1863-77) et dans le Trésor de la Langue française (1972-94), les deux emplois de nom commun et de nom propre sont relevés et définis : "Mer Égée des Anciens, parsemée d’un grand nombre d’îles, mer de l’Archipel, les îles de l’Archipel" ; "par extension, ensemble d’îles disposées en groupe"  ("archipel dangereux, récif d’un archipel, former un archipel"). Quant aux Académiciens, dans la neuvième édition en cours de publication de leur Dictionnaire, ils ne citent que l’emploi de nom commun : "ensemble d’îles formant une unité géographique ; l’archipel des Philippines, des Açores" et ne mentionnent plus la Mer Egée.

Hugo, qui était atteint de métaphorite aiguë et qui voyait des analogies partout, en tout et avec tout et le contraire de tout, a employé archipel dans un nouveau sens, tout poétique, pour désigner un "groupement irrégulier de choses (concrètes ou abstraites) identiques ou semblables" : "J’aime les soirs sereins et beaux, j’aime les soirs, (…) / Soit que la brume au loin s’allonge en bancs de feu ; / Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu / A des archipels de nuages" (Les Feuilles d’automne, 1831) ; ou encore : "Le doute, hélas ! Sur cette mer / Apparaît l’archipel ténébreux des doctrines" (Religions et religion, 1880). Chez d’autres écrivains, les bouquins ou Paris forment des archipels. Le Trésor de la Langue française a commencé à être rédigé à la fin des années 1960 et au début des années 1970. L’emploi figuré d’archipel chez Soljenitsyne n’est pas relevé. Les camps de concentration, de travail forcé et de la mort – connus sous le nom administratif de Goulag - qui parsèment l’immense URSS sont comparés aux îles qui forment un archipel. Dans le cas de l’URSS, c’est le pays lui-même qui était un vaste camp de concentration; la continuité n’était jamais brisée à la différence des ensembles d’îles. Le Goulag était partout.

 

 

Commentaires

toujours un bonheur de vous lire, cher érudit.

Écrit par : hoplite | 06 octobre 2007

à quelle date Hugo a-t-il utilisé Archipel ?

peut-être a t-il été influencé par sa vie à Jersey
puis 14 ans à Guernesey

par cet isolement insulaire , et ses vues des fenêtres de HAUTEVILLE HOUSE ??

Écrit par : amédée | 06 octobre 2007

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