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15 octobre 2007

Logistique

 

 

 

 

Emprunté, par l’intermédiaire du bas latin (ars) logistica, du grec logistikê (tekhnê) "(technique du) calcul", ce nom est attesté au XVIe siècle comme nom propre au sens de "Raison" et comme nom commun pour désigner "celui qui pratique le raisonnement" : "anciennement, il y avait trois sortes de médecins [...] les logistiques et rationnels, qui avec l’expérience mettaient la raison" (1593). Au début du XVIIe siècle, il désigne la "partie de l’arithmétique comprenant les quatre opérations". Il est enregistré dans deux éditions seulement du Dictionnaire de l’Académie française : la quatrième (1762) et la cinquième (1798) : "substantif féminin, il n’est d’usage que dans cette phrase (comprendre : ce syntagme), la logistique spécieuse, nom qu’on donnait autrefois à l’algèbre et qui signifie l’art de faire un calcul avec des caractères représentatifs". Il disparaît dans les éditions des XIXe et XXe siècles (1832-35, 1878, 1932-35) pour réapparaître dans la neuvième édition (en cours de publication), la première édition du XXIe siècle.

Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) le relève et y donne trois sens : preuve que le nom s’est étendu à d’autres réalités que la seule algèbre. "Ancien terme de mathématique", c’est le "nom qu’on donnait à la partie de l’algèbre (de l’algèbre ou de l’arithmétique ?) qui regarde l’addition, la soustraction, etc." et, suivi de spécieuse, il est le "nom qu’on donnait autrefois à l’algèbre" : il désigne, quand, adjectif, il qualifie logarithmes, les "logarithmes dans lesquels zéro est le logarithme correspondant au nombre 3600" ("ces logarithmes, écrit Littré, sont commodes pour les calculs astronomiques") ; enfin, nom commun, au singulier ou au pluriel, il a pour synonyme les dogmatiques et il désigne "une secte médicale de l’antiquité qui ne s’en tenait pas à l’expérience pure et y adjoignait la raison, la théorie" (cf. la citation de 1593). Littré a repris de L'Encyclopédie (1751-65) le second sens : "adjectif (géométrie) pris substantivement, c'est le nom qu'on a donné d'abord à la logarithmique, et qui n'est presque plus en usage. On appelle logarithme logistique d'un nombre quelconque donné de secondes, la différence entre le logarithme qu'on trouve dans les tables ordinaires du nombre 3600" = 60" x 60, = 60'= 1°, et celui du nombre de secondes proposé. On a introduit ces logarithmes pour prendre commodément les parties proportionnelles dans les tables astronomiques".  

Au XIXe siècle, le nom logistique s’étend à d’autres réalités. En 1840, il sert à désigner "la partie spéculative de la science des armes" et, en 1904, la "logique moderne", celle des disciples de Leibniz, qui est ainsi distinguée de la logique aristotélicienne. Ces emplois modernes éclipsent peu à peu les emplois anciens. Le sens "partie de l’arithmétique et de l’algèbre qui concerne les quatre opérations (addition, soustraction, multiplication, division)" est mentionné comme vieux dans le Trésor de la Langue française (1972-94), cédant la place aux emplois de ce nom et adjectif dans l’armée ou dans les grandes organisations qui reposent sur une bureaucratie nombreuse : c’est, outre la logique moderne, "l’organisation théorique de la disposition, du transport et du ravitaillement des troupes" et, dans le domaine de la médecine, la logistique hospitalière, "l’art d’exploiter au mieux les ressources offertes par un établissement hospitalier". Les Académiciens, dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire, relèvent ces trois emplois : "partie de l’art militaire dont l’objet est de fournir aux forces armées ce qui leur est nécessaire pour subsister, faire mouvement et combattre" ; "l’ensemble de techniques et de moyens matériels mis en œuvre pour l’organisation d'une entreprise, d’un service, d’une manifestation, d’une expédition, d’un congrès" et le "développement moderne de la logique formelle, recourant à des signes symboliques".

Dans les temps anciens, la logistique était la raison ou la technique du calcul (ratio, dont est issu raison, signifiait en latin aussi "calcul") ; dans les temps modernes, c’est une technique d’organisation du monde. Le mot est passé de la raison à la technique. Heidegger dirait que la logistique est une des techniques inventées par la raison calculante pour arraisonner le monde – le soumettre, par la technique, à la raison et aux objectifs immédiats de l’homme. Dans ce cas précis, l’évolution du sens est un condensé des changements qui bouleversent le monde réel.

 

 

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