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24 octobre 2007

Insertion

 

 

 

 

 

Emprunté au bas latin insertio, au sens de "action d’insérer un mot ou un paragraphe dans un écrit" et de "greffe (d'un arbre), action de greffer", le nom insertion est attesté à la fin du XIVe siècle au sens de "greffe", puis au XVIe siècle dans le sens anatomique (origine et insertion des muscles), enfin, toujours au XVIe siècle, dans le sens "action d’insérer un article, une clause, etc.". Le sens moderne "intégration dans un groupe" - l'insertion sociale dont les bien pensants rebattent les oreilles des citoyens - est récent ; il date de 1932.

Dans L’Encyclopédie (1751-65), le sens exposé est celui de l’anatomie : "terme fort usité parmi les anatomistes pour désigner la manière dont une partie est engagée dans une autre (l’insertion d’un muscle)", et de l’agriculture : "on se sert aussi de ce mot pour exprimer ce que nous appelons autrement enter". En médecine, l’insertion de la petite vérole consiste à l’inoculer : "c’est la plus belle découverte qui ait été faite en médecine pour la conservation de la vie des hommes ; et c’est aux expériences des Anglais qu’on doit cette méthode admirable du triomphe de l’art sur la nature".

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition, 1762), ces divers sens sont relevés : "action par laquelle on insère ; ce mot est particulièrement usité par les anatomistes et les botanistes" ("l’insertion des muscles, des nerfs, des ligaments, l’insertion des fibres ligneuses") ; "on dit aussi en grammaire l’insertion d’une lettre dans un mot"  ("l’insertion d’un mot dans un discours, d’une note marginale dans le texte") ; "l’insertion de la petite vérole, voyez inoculation". D’une édition à l’autre (1798, 1832-35, 1932-35), la définition reste identique ; seuls les exemples se multiplient et s’étendent à la presse et au droit de la presse, l’un et l’autre se développant au XIXe siècle : "l’insertion d’une annonce, d’un article dans un journal ; on demanda l’insertion au procès-verbal ; l’insertion d’une ordonnance au Bulletin des lois ; l’insertion d’un article dans un traité" (1832-35, 1932-35). Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) ne se démarque pas des Académiciens : "action par laquelle on insère ; résultat de cette action" ("l’insertion d’un feuillet dans un livre ; l’insertion, sous l’épiderme, du liquide de la vaccine") et "terme d’histoire naturelle, attache d’une partie sur une autre"  ("insertion d’un ligament, d’un muscle, d’un tendon, sur un os ; insertion des étamines, de la corolle").

 

Littré expédie insertion en deux phrases ; un siècle plus tard, il faut aux auteurs du Trésor de la Langue française (1972-94) deux pages grand format et quatre colonnes denses pour en épuiser les emplois. En s’étendant de nouvelles réalités, sociales évidemment, ce terme, scientifique à l’origine, puisqu’il était employé par les biologistes, anatomistes et botanistes, devenu une des oriflammes de la modernité, trahit l’influence croissante de la religion sociale, occultiste et solidaire, dans la nouvelle langue française, comme l’atteste cette définition : "action de s’insérer dans un cadre ou dans un ensemble, d’y trouver sa place en tant que partie intégrante". Le synonyme est intégration. Les exemples sont : "là où l’insertion du groupe dans la société est parfaite, il nous suffit, à la rigueur, de remplir nos obligations vis-à-vis du groupe pour être quittes envers la société" (Bergson, 1932) et "la grande déception messianique et ses séquelles tenaces contribuent (...) à incliner la bourgeoisie juive (...) à s’ouvrir aux idées du siècle des lumières, en recherchant, avec l’émancipation politique, l’insertion harmonieuse des Juifs dans la société chrétienne" (1957). En 1957, la société française et les sociétés d’Europe pouvaient encore être qualifiées de chrétiennes : aujourd’hui, ce qualificatif serait souligné d’un grand éclat de rire. Les syntagmes les plus courants sont : "insertion de l’homme dans le monde ; insertion sociale ou dans la société ; insertion dans un entourage ; mode, moyen(s), zones d’insertion ; insertion dans le réel, dans la vie (universelle, cosmique) ; insertion (de l’homme) dans l’univers ou dans la vie universelle, dans la réalité, dans l’histoire". L’insertion touche aussi les choses. Dans une réalité pensée comme un tout organisé ou un système, l’insertion est la règle qui explique la croissance régulière de ce tout : "insertion du possible dans le réel, du structurel dans le concret, de l’éternel dans le temporel, d’un bâtiment nouveau dans l’ensemble de la ville", comme si l’insertion était devenue l’horizon indépassable de la société façonnée suivant les principes de la religion sociale et solidaire.

Les auteurs du Trésor de la Langue française sont linguistes, donc de modernes et fervents partisans de la NLF ou nouvelle langue française modelée par la religion sociale ; dans tous les articles transpire cette foi. Heureusement, les Académiciens n’en sont pas dupes. Ils restent sur leur quant à soi et évitent de prendre leurs illusions pour la réalité. L’article insertion de la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire est dépourvu de la chaleur enthousiaste qui anime le Trésor ; il est relativement bref, et surtout le sens social est expédié en un exemple : "figuré, prendre des mesures destinées à permettre l’insertion d’une minorité" (permettre, dans cet extrait, relève hélas d’un français approximatif : les Académiciens écriraient-ils comme des pieds ?), lequel illustre le sens général "action d’insérer ou fait de s’insérer". La nouvelle langue française ne suscite jamais de réserves chez les Modernes : saluons ici les Académiciens que l’emploi social d’un terme scientifique laisse froids et qui ne comptent pas parmi les grenouilles de bénitier et les fidèles piliers de sacristie de la religion sociale et solidaire.

 

 

Commentaires

1 Obédience

2 Addiction , " addict "

3 Futurisme ( mouvement futuriste )

4 futurologie , """" futurologue """

5 conformisme , conformisme " social "

6 âme ( peu utilisé ! )

7 psychothérapeute ! psychothérapie

Écrit par : amédée | 25 octobre 2007

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