Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29 octobre 2007

Dialogue d'Arouet le Jeune et de son éditeur

Les éditions Muychkine ont publié d'Arouet le Jeune De la nouvelle langue française. L'ouvrage est disponible auprès des éditions Muychkine. Consulter le blog de cet éditeur : http://www.muychkine.hautetfort.com

 

   

Editeur : Qui êtes vous ? Quel est votre métier ? Sur quoi portent vos ouvrages précédents ?

Arouet le Jeune. Le goût des humanités m’est venu à l’âge de 14 ans, quand je suis entré en classe de seconde. J’y ai sacrifié le sport et les sciences. Depuis, la passion de l’étude ne m’a jamais quitté – que ce soit les belles-lettres, les langues, l’histoire et ce que je n’ose plus nommer la philosophie : disons le monde des concepts et des idées.

Je suis professeur. Depuis 1975, j’enseigne la langue et la littérature française ou la linguistique française dans diverses universités : en Afrique, en Europe, en France.

De moi, ont été publiés un roman, un ouvrage universitaire et près de deux cents articles dans des revues savantes, dont certaines de renommée internationale, en France ou à l’étranger (Italie, Espagne, Allemagne, Proche Orient, Maroc, Etats Unis) ou dans des publications "intellectuelles" destinées au public cultivé (Le Débat, Commentaire, par exemple) sur des sujets dont je suis spécialiste : théorie des écritures, langue, francophonie, poétique des formes…

 

Editeur :Comment est né le blog de la NLF ? Quelle est la logique qui anime vos contributions sur divers sites Internet ?

Arouet le Jeune. Ce blog a commencé en décembre 2005. J’estimais que les mots qui désignent des réalités de l’islam (martyr, Allah, prophète, islamisme, terrorisme, islamiste, intégrisme, activisme, assassin, fondamentalisme, mouvance, etc.) étaient ou bien impropres, ou bien objectivement faux, ou bien résultant de traductions au mieux bienveillantes, au pis hagiographiques.

Il se trouve que j’éprouve beaucoup d’estime pour Raphaël Dargent (responsable de la revue Libres et du site "Jeune France") et pour Paul-Marie Coûteaux (Cahiers de l’Indépendance), ainsi que pour les projets intellectuels et culturels convergents dont ils sont porteurs : renouer avec la pensée de ceux qui, entre juin et décembre 1940, ont dit "non" à l’armistice, à la collaboration, à une France soumise, à une Europe placée sous la coupe du Reich allemand. C’étaient de remarquables intellectuels : De Gaulle bien sûr, mais aussi et, entre autres penseurs, François Jacob, Raymond Aron, Henri de Lubac, le père Fessard. C’est leur pensée oubliée, méconnue, cachée, méprisée et celle de ceux qui se réclament d’eux ou de leur exemple que j’essaie de faire connaître dans ces sites ou ces revues. Ainsi, il est incompréhensible, sauf à l’expliquer par l’action délétère de l’idéologie, que l’un des plus grands penseurs français du XXe siècle – à savoir Henri de Lubac – soit totalement ignoré des professeurs et de leurs élèves et étudiants. C’est le sort que connaissent Péguy, Claudel et Muray. Le même sort a failli arriver à Aron. A la place de ces penseurs, pendant un demi siècle, les malheureux étudiants ont ingurgité des volumes entiers de Sartre, ce Bourget des années 1950-80, dont l’œuvre, si elle était lue à haute voix aujourd’hui sur une scène, provoquerait un grand éclat de rire. Aujourd’hui, ils ingurgitent du Bourdieu à haute dose.

Ce qui m’a décidé à écrire dans des revues (Libres, Cahiers de l’Indépendance, etc.) ou dans des sites (entre autres : Jeune France), c’est l’accession de Jospin au pouvoir en 1997. Sa loi (14 juillet 1989) a voulu, planifié, organisé la destruction de l’école et le démantèlement des institutions consacrées au savoir, au point que, non seulement dans le vocabulaire ("communauté", "équipe", "esprit d’équipe", etc.), mais dans les faits (l’instruction publique a été mise à mort sous nos yeux), nous sommes plusieurs à penser que Jospin (Jospétain) a fait triompher de façon posthume le pétainisme - sans parler de ses vingt années de militantisme dans le trotskisme imbécile ou que son père ait été déjà pétainiste – par pacifisme obtus certes. Qu’un individu de cet acabit ait pu devenir chef d’un gouvernement français dit plus long que tout discours l’abaissement de la France. Aucun être moral ne pouvait y être insensible : c’est le sens des positions que je prends dans ces revues et sites.

 

Editeur : Vous partez du constat qu'il existe une nouvelle langue française qui escamote le réel. Mais la langue peut-elle jamais atteindre le réel ? Ne peut-elle le toucher que comme étant déjà une interprétation ? Est-ce que, par exemple, une langue qui correspond à une politique dont le but est la modification du réel, doit forcément tomber dans le piège de cette infantilisation généralisée qui nous fait détourner les yeux du monde et prendre les moulins à vent pour des ogres et les outres de vins percées pour une armée blessée ?

Arouet le Jeune : Tout dépend du sens qui est donné à "atteindre le réel". La langue ne sera jamais le réel et jamais une langue, quelle qu’elle soit, n’épuisera le réel. En revanche, si les hommes disposent de la faculté de parole, c’est pour parler du réel, pour référer aux choses du monde, pour désigner les objets qui les entourent ou ceux, idéels ou intellectuels, qui sont dans leur esprit. Il n’est pas demandé à la langue de saisir le réel, mais il n’est pas exigé d’elle non plus qu’elle n’en parle jamais ou qu’elle n’en traite que de façon mensongère ou déformée. Autrement dit, ce que j’attends de la langue, ce n’est pas qu’elle contienne le réel (ce qui est impossible), mais qu’elle n’en élude rien et que les hommes, en parlant, puissent référer au monde sans redouter quelque sanction que ce soit et en disant les choses, telles qu’elles sont, sans interdit ni tabou – en bref, qu’elle soit ajustée au réel, et non pas désajustée. La métaphore de l’ajustage (au sens technique de ce terme) me paraît désigner de façon à peu près adéquate la conception que je me fais de la langue.

L’infantilisation généralisée, hélas, est un fait. L’expérience du monde – celle des vingt-six dernières années - prouve que, en France même, la langue et les ressources qu’elle offre ont servi à abuser des millions de gens. Le slogan "changer la vie" n’est rien d’autre qu’une énorme blague. Même Flaubert n’aurait pas osé le mettre dans la bouche de ce prince de la Bêtise qu’était Homais. La seule vie qui ait été changée, sur le plan matériel s’entend, a été celle des militants qui avaient le plus d’entregent : à eux, les crédits, les subventions, l’argent public, les promotions, les nominations scandaleuses, les passe droits. Ils ont changé leur vie ; ils ont transformé en enfer celle des pauvres. De 1960 à 1980, le pouvoir d’achat du salaire ouvrier moyen a augmenté de 60%. De 1981 à 2002, il a stagné. De même, on nous a seriné "la gauche résistante" pendant trente ans ou plus. Pourquoi ? Pour porter au pouvoir suprême un individu, qui a été collabo, pétainiste et, disons les choses sans fioriture, complice de criminels contre l’humanité. Pendant des décennies, on nous a présenté la révocation de l’édit de Nantes (1685) comme la plus grande catastrophe que la France ait connue : plus de deux cent mille protestants ont dû se réfugier à l’étranger. De 1981 à 2002, près de deux millions de Français se sont établis aussi à l’étranger, pour fuir les lois imbéciles qui régissent désormais notre pays et qui équivalent à la révocation d’un pacte national. Pourquoi ceux qui s’indignent de la révocation de 1685 sont-ils ceux-là mêmes qui ont fait partir de France près de deux millions de nos concitoyens, vite remplacés par des illettrés ou des ayants droit venus de tous les pays du monde ? Soit les mots "stalinisme", "stalinien", "régime stalinien", etc. répétés à tous les vents du monde, par les trotskistes ou par les bien pensants : à quoi servent-ils ? A faire porter le chapeau de la catastrophe du XXe s. à un simulacre et à cacher que les responsables du désastre soviétique et de presque la moitié de l’humanité sont Lénine, Trotski, Marx, etc. Je crois que la langue, les discours, les mots qui avaient cours dans les années 1970-80-90 (et qui ont toujours cours) sont encore plus délirants dans le mensonge ou le déni du réel qu’on ne peut le croire.

 

Editeur : Philippe Muray, dans le XIXème siècle à travers les âges, révélait le lien historique entre la pensée socialiste et l'occultisme. Il y aurait ce point commun d'une croyance dans le caractère performatif du langage, qu'il suffirait de prononcer un mot pour faire survenir la réalité qui lui correspond. Comment vous situez-vous par rapport à ce constat, pensez-vous que le diagnostic de Muray est encore pertinent pour le monde d'aujourd'hui ?

Arouet le Jeune. La pensée de Muray ne se ramène pas au lien qu’il établit ou fait apparaître entre le socialisme et l’occultisme. Le cœur de sa pensée se rapporte à la nouvelle religion, immanente, sociale et solidaire, scientiste évidemment, qui émerge, selon lui, à la fin du XVIIIe siècle, du terreau des Lumières, des Illuminés, des croyants dans le magnétisme et l’électricité vitale, etc. L’évolution de la langue française aux XIXe et XXe siècles (emprunt à la science, à la théologie, au droit, d’une partie du vocabulaire de cette nouvelle religion) le confirme. Muray a élaboré ses thèses sur Homo festivus, la fin de l’histoire, le présent éternel, l’indifférenciation généralisée, etc. en lisant tous les jours toute la presse, en prenant des notes, en relevant des expressions ou des formules (formules : comme dans la science ou dans les cérémonies magiques), des façons de parler, des phrases toutes faites, des syntagmes figés, etc., c’est-à-dire aussi en isolant la nouvelle langue de Homo festivus. Le roman On ferme (injustement méconnu et peu étudié ou jamais cité) est aussi un centon (en franglais : un patchwork ou un manteau d’Arlequin) des phrases, mots, expressions figées, formules, etc. chéris de la modernité festive.

 

Editeur : Quelle est votre définition de l'idéologie ? Est-ce que l'idéologue (entendu comme celui qui étudie l'idéologie, et non pas son incarnation) peut totalement s'affranchir de l'idéologie ? Est-ce que le terme n'est qu'une façon de rejeter la pensée des autres, ou bien existe-t-il un mécanisme propre à l'idéologie que l'on peut décrire ?

Arouet le Jeune : Bien entendu, je récuse les rengaines que l’on enseigne dans les lycées, les classes préparatoires, les universités depuis quarante ans ou plus et qui forment le "prêt à parler" moderne : deux ou trois générations de jeunes gens ont été formatées à ânonner ce prêt à parler, à savoir la réalité renversée ou déformée, selon Saint Marx ; tout le monde a une idéologie ; ceux qui nient avoir ou défendre une idéologie sont aussi des idéologues sans le savoir ou des gens "de droite", etc. Le nom idéologie est factice : c’est une invention, dans les années 1790, de révolutionnaires sans Révolution ou nostalgiques ou désireux de continuer une révolution impossible. Pour moi, l’idéologie est de la théologie dégradée : c’est la théologie de la nouvelle religion sociale, scientiste, solidaire et occultiste.

Un exemple fera comprendre la conception que je me fais de l’idéologie. Un match de rugby est une réalité sensible pour ceux qui y assistent ; il peut devenir une réalité verbale. Il fait parler. On entend trois types de discours : celui des néophytes pleins de bonne volonté (les commentateurs de TF1 par exemple) ; celui, passionné, à l’emporte pièce, des supporteurs ; celui de quelques connaisseurs ou amateurs éclairés (Lacroix, par exemple, le consultant de TF1). Les deux premiers types de discours semblent si étranges pour un connaisseur, ils sont si éloignés de ce que les connaisseurs ou les amateurs éclairés voient ou ont vu que la réalité du rugby et la réalité tangible, attestée, vérifiable, etc. d’un match de rugby en sont déformées et dénaturées dans un sens totalement délirant. L’idéologie, c’est cela : ce mélange de passion sotte et d’ignorance des faits qui transforme une réalité, quelle qu’elle soit, en épouvantail, en simulacre, en bondieuserie ou en icône pieuse.

Oui, il est possible de prendre ses distances vis-à-vis de toutes les idéologies : il suffit de se reporter aux faits, aux choses, aux réalités. Heidegger ne m’inspire aucune sympathie. Pourtant, il a prononcé en 1938 une conférence lumineuse : "l’époque des conceptions du monde" (recueillie dans Chemins qui ne mènent nulle part, Tel, Gallimard). Selon lui, les Anciens (Grecs et Romains de l’Antiquité) essayaient de saisir ou d’appréhender (ces deux verbes sont à entendre dans leur sens tangible) la réalité, le réel, le monde physique, sans jamais plaquer sur ces réalités des idées a priori, des idées préalables ou toutes faites, des présupposés, etc. Le monde réel est pour eux plus important que l’idée : il est, il n’est pas une idée. Selon Heidegger, ce sont les modernes qui, à compter du XVIe siècle, se sont donné une "conception du monde". Les Anciens ne concevaient pas le monde ; ils en prenaient connaissance par les sens. Presque physiquement. Les Modernes jugent plus important l’idée du monde que le monde réel. C’est cela aussi l’idéologie. Contrairement à ce que serinent les bien pensants, il est aisé de se libérer (et ce verbe doit être entendu dans un sens fort) de ces représentations a priori du monde : il suffit de regarder le réel sans prévention ni préjugé, non pas pour le nier, mais pour le restituer, le moins infidèlement possible, dans les discours. Voilà pourquoi aussi on a besoin pour parler ou écrire de mots ajustés aux réalités.

La "fin des idéologies" est une invention de sociologues ou de diffuseurs du prêt à parler, c’est-à-dire des plus idéologisés de tous les universitaires, que reprennent comme des perroquets les journalistes, qui sont les vecteurs les plus perfides d’idéologies pétrifiées. Pour échapper à l’idéologie, trois attitudes sont possibles : ou bien, à la manière de Flaubert, l’ironie, la distance, le détachement – en particulier vis-à-vis de la nouvelle religion sociale et de ses théologiens que sont les spécialistes de sciences sociales ; ou bien, à la manière de quelques écrivains contemporains (dont Renaud Camus, Richard Millet), une langue singulière, semelfactive, pure ou épurée, au sens où elle est débarrassée de tout débris idéologique ; ou bien, le réel, la réalité, la restitution verbale la plus fidèle possible de ce qui est au monde.

 

Editeur : A propos de la LTI et de la TOUFTA, ce qui les caractérise est leur subordination directe à un ordre politique organisé qui cherche à répandre sa propagande dans tous les médias qui s'offrent à lui. Dans le cas de la NLF, les choses semblent plus floues: sont-ce de simples âneries qui flottent dans l'air, indépendantes les unes des autres, de telle sorte qu'en parler s'apparenterait plus à composer un nouveau dictionnaires des idées reçues, ou bien cette langue compose-t-elle un véritable corps, correspond-t-elle à une idéologie unique ? Dans ce cas, ne serait-elle pas d'autant plus dangereuse qu'elle ne se comprend pas comme telle, percluse dans la bonne croyance en la fin des idéologies ?

Arouet le Jeune : L’idée de la NLF s’est imposée à moi après avoir lu il y a une dizaine d’années les ouvrages de Victor Klemperer sur la LTI (la langue du troisième Reich) et de Jacques Rossi (Manuel du Goulag). La vie intellectuelle et culturelle en France étouffe et se flétrit, depuis plus d’un demi siècle, sous la férule de l’idéologie, dite "marxiste léniniste" - comme en URSS, dans les pays de l’Est et en Chine. Dans tous ces pays, des milliers de témoins, souvent des dissidents attestent l’existence d’une nouvelle langue, nommée tantôt novlangue, tantôt toufta, tantôt langue de bois, entièrement formatée, usinée, polie, façonnée par l’idéologie. Le phénomène est universel : partout où l’idéologie marxiste léniniste sévit ou a sévi, elle place ou elle a placé sous sa coupe la langue ; elle l’a canalisée ; elle l’a châtrée ; elle l’a amputée ; elle y a interdit de dire quoi que ce soit de vrai ; elle a institué le mensonge en vérité officielle. Mon sentiment est que la France et la langue française n’ont pas échappé, du moins dans certains secteurs ou domaines (les sciences sociales, les media, le journalisme, les militants, les associations lucratives sans but, l’idéologie officielle de l’Etat nouveau, etc.) à ce grand laminage ou usinage.

Déjà, dans la première moitié du XIXe siècle, des philologues ont eu conscience que les événements qui ont bouleversé la France d’alors avaient aussi bouleversé la langue française. En 1836, dans le Dictionnaire de la conversation, Charles Nodier avance l’hypothèse d’une nouvelle langue française : ce serait le troisième état de la langue, après le français en usage au Moyen Age et le français classique des XVIIe et XVIIIe siècles. L’intuition est assez juste, mais les notions citées et les exemples analysés ne sont guère probants : des solécismes, des barbarismes, des emprunts, un abus de vocabulaire scientifique. Nodier se gausse de cette NLF (il n’en est pas dupe – ce qui est un progrès, par rapport à Proudhon, Sand, Hugo, etc.), mais il n’avance aucune hypothèse pour en rendre compte ; de fait, il cite quelques exemples stupides de NLF, mais il ne l’étudie pas. Or, depuis que Nodier l’a isolé, le phénomène s’est amplifié dans des proportions effrayantes.

 

 

Editeur :Vous n'êtes pas tendre envers la linguistique contemporaine et notamment avec l'idée que le langage ne serait que communication. Pouvez-vous précisez votre position sur ce point ?

 

Arouet le Jeune : La linguistique s’est décerné au XXe siècle le statut de science modèle, de science moderne, de science des sciences, suppléant même chez certains idéologues le marxisme. Elle a élaboré des méthodes pour rendre compte d’objets archaïques ou relativement rudimentaires, telles que les langues sans écriture des Indiens d’Amérique, les formes anciennes et non attestées des langues modernes (latin populaire, francique, indo-européen, etc.), les langues des peuples soumis à de grands empires coloniaux (russe, espagnol, français, anglais), et cela, paradoxe étrange, au moment où les écritures occidentales s’enrichissaient d’un nombre inouï de signes (millions de caractères, cartes, écriture de la logique, des mathématiques, de la chimie, de la signalétique, etc.), comme jamais aucune écriture n’en avait connu depuis la fin du néolithique, et qu’elles inventaient d’innombrables processus de signification et de représentation (de réalités conceptuelles ou idéelles et de réalités sensibles), comme jamais l’humanité n’en a bénéficié. Alors que l’écriture, en se généralisant, a fait entrer les peuples européens dans la démocratie, elle a été définie par les anthropologues, dont Lévi-Strauss, comme un instrument d’asservissement ou par les linguistes comme une représentation fausse ou faussée, arbitraire, et même tératologique, de la langue. L’aveuglement est le fondement de la linguistique. Cette science prétendument moderne n’a pas perçu ce qu’il y avait de moderne dans les civilisations européennes, se focalisant sur l’archaïque des langues. Pourtant, elle a servi de modèle à la sémiologie ou aux sciences des signes, c’est-à-dire ce à quoi elle était le plus étranger ou le plus opposé.

La réduction de la langue à la communication (ce sont des outils, des moyens, des instruments) est la conséquence de cette pensée. Si la langue est un simple outil (comme le marteau), on peut s’en servir pour mentir, on peut la déformer, on peut la réduire à rien, on peut en chasser toute pensée, on peut y interdire de dire le réel… Elle perd toute dimension symbolique.

 

Editeur : Quels sont les auteurs qui vous ont influencé, non seulement dans votre travail sur la NLF, mais plus généralement ?

Arouet le Jeune : En général, quand je pense et j’écris, je m’efforce de ne jamais abonder dans le sens des auteurs pour qui j’ai de l’estime ; je me défie des influences ; je préfère aller à contre courant plutôt que d’être porté par le courant dominant, là où tout le monde se pâme. Je ne cache pas que je lis avec plaisir des auteurs : Diderot et les Encyclopédistes ; en général tous les penseurs, de Montaigne à Montesquieu ; et chez les Modernes, Jacques Rossi, Klemperer, Benveniste, Henri de Lubac, Muray, Renaud Camus, Rémi Brague ; et que je ne peux pas lire les penseurs ou les idéologues des XIXe et XXe siècles (Sand, Hugo, Zola, Proudhon, Breton, Foucault, Sartre, etc.) sans avoir envie d’éclater de rire, tenant leur pensée (leur pensée, je précise : ils peuvent écrire avec talent), comme dirait Flaubert, pour une énorme blague.  

 

 

Commentaires

" Acter quelque chose "
apparemment très à la mode

- Me VOYNET ( ministre " écolo" de gooooche pluuuurieeeellee )
- celle qui a participé à supprimer la Vignette Auto qui jouait un rôle de " Taxe Carbone "
- celle qui a annulé le canal Rhin-Rhône fluvial

- celle qui ne s'intéressait pas aux " marées noires"
- celle dont le bilan écolo est NUL ( et même négatif )
n 'a que le mot ACTER ces jours-ci à la bouche :
elle Acte ceci
elle Acte celà

- ce matin j 'entend un député UMPS de la Manche 50 pronucléaire qui
ACTE

- l 'autre soir La ministre UMPS ( celle qui insultait Sarkozy ) Fadela Amara

" Acte aussi "

Écrit par : Amédée | 29 octobre 2007

engeigner ?

Écrit par : Amédée | 29 octobre 2007

Le jeu de mots "enseigner / engeigner" est très éclairant. Merci.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 30 octobre 2007

Merci à vous (et à Aurélien Daimé) pour votre livre, que je suis occupé, depuis deux jours, à lire avec délectation. Une délectation un peu morose, bien sûr, puisqu'elle revient à contempler le désastre que vous auscultez magnifiquement et tristement sous nos yeux.

Écrit par : Didier Goux | 30 octobre 2007

Les commentaires sont fermés.