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31 octobre 2007

Acter

 

 

 

 

 

Ce verbe, dérivé du nom acte, est attesté une seule fois en ancien français, au XIIIe siècle, au sens de "dater convenablement les actes". Dans le Larousse du XIXe siècle est cité un extrait de L’Encyclopédie (1751-65), dans lequel acter aurait, comme le latin médiéval actare, le sens de "faire un acte" : "c’eût été condamner les hommes qui se trouvent éloignés de leur patrie à ne pas acter, que de les soumettre à des formalités dont ils n’auraient rencontré ni les éléments ni les agents nécessaires sur la terre étrangère ". Arouet n’a pas retrouvé cet extrait dans L’Encyclopédie.

Ce verbe n’est pas enregistré dans les éditions publiées (de 1694 à 1935) du Dictionnaire de l’Académie française. Littré, en revanche, le relève en 1877 dans le Supplément de son Dictionnaire de la Langue française, mais dans un sens nouveau, non pas "faire un acte", mais "prendre acte, en parlant de procédure, de protocole", sens qu’il illustre d’extraits du Journal officiel : "M. le baron Jomini propose de ne consigner dans les protocoles que les points sur lesquels la conférence sera d’accord et de ne pas acter les divergences" (Conférence de Bruxelles, 1874, Protocole n° 1 : en fait, acter signifie "noter") et "M. le général de Voigts-Rhetz demande qu’il soit acté au protocole que le bombardement étant un des moyens les plus efficaces…" (1874 : acter a pour sens "ajouté en note"). Dans le Trésor de la Langue française (1972-94), c'est un "terme de droit, en parlant de procédure ou de protocole, noter quelque chose dans un protocole, en prendre acte". Quant au sens attesté au XIIIe siècle, "faire un acte juridique, diplomatique", il est mentionné comme vieilli, Bescherelle le relevant dans son Dictionnaire général (1845).

Un grammairien écrivant dans les années 1930 dans le Temps, l’ancêtre du Monde, et célèbre en son temps pour cela, Lancelot, écrit en 1938 à propos d’acter : "les néologismes en série que je signalais l’autre jour sont plus pernicieux que des bévues comme vox soli au lieu de vae soli. On m’avait indiqué acter pour prendre acte et j’en avais fait justice", l’illustrant de cet emploi : "au début de l'après-midi, M. de Monzie a fait aux journalistes accrédités au ministère de travaux publics la communication suivante : (...) Toutes les questions de détail étant mises au point, un compromis définitif, au sujet du conflit du port de Marseille, sera acté ce soir, sous la signature du ministre" (dans cet extrait, acter a pour sens "rédiger)".

Dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire, les académiciens reprennent les définitions du Trésor de la Langue française : "terme de droit, en emploi absolu, vieilli, faire un acte juridique, diplomatique, et noter, consigner, exprimer dans un acte juridique, un protocole, etc. ; acter une clause, une décision".

L’emploi de ce verbe par des ministres ou des hommes politiques au sens de "prendre acte de" (et non pas de "noter, consigner, exprimer dans un acte juridique") n’étonne pas ceux qui constatent que les élus du peuple parlent aux citoyens, comme à leurs proches ou à leurs collègues de l’Assemblée nationale ou comme à des oreilles à remplir de bruits. Cet emploi abusif tient aux illusions des hommes politiques qui croient qu’il suffit de "prendre acte" pour "agir" ou qu'il suffit d’ajouter de longues phrases en appendice d’un texte de loi ou de multiplier les textes de loi pour que les choses adviennent ou que les mots deviennent des réalités. Dans ces emplois, acter, dérivé d’acte, est de la magie. On psalmodie ce sésame ouvre-toi dans l’espoir que s’ouvriront toutes grandes les portes de la grotte aux trésors.

 

 

Commentaires

- la grotte au trésor
des CORNUCOPIENS ???

Écrit par : Amédée | 31 octobre 2007

-Laicisme ( laic & laique déjà traités )

- irréligion

Écrit par : Amédée | 01 novembre 2007

Les commentaires sont fermés.