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03 novembre 2007

Vandalisme

 

 

Vandale et vandalisme

 

 

 

Au XIIIe siècle, le nom vandale (avec une minuscule) est attesté sous la forme wandele au sens de "pillard" et de "voleur". Voltaire l’emploie au sens de "barbare". Les académiciens et Littré l’appliquent à ceux qui "détruisent les monuments des arts, qui voudraient ramener les temps de barbarie  (Dictionnaire de l’Académie française, sixième édition, 1832-35 : il est écrit avec un V majuscule) ; "figuré, celui qui hait en barbare les sciences et la civilisation et qui détruit les monuments des arts (on met un V majuscule)" (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ; "celui qui détruit un monument, qui abîme une œuvre d’art, par allusion à un ancien peuple de la Germanie qui dévasta plusieurs provinces de l’empire romain" (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-35 : le mot est écrit avec un v minuscule : "c’est un vandale, un vrai vandale"). Selon les historiens, ce peuple germanique établi entre l’Oder et la Vistule et sur les rives de la mer Baltique a envahi, au début du Ve siècle, en les dévastant, la Gaule, l’Espagne et l’Afrique du Nord.

Au XXe siècle, le sens s'affaiblit, à partir du moment où ce mot sert à désigner d’autres personnes que celles qui détruisent les œuvres d’art ou les monuments du passé. Les auteurs du Trésor de la langue française (1972-94) prennent acte de cette extension. Il suffit de détruire "des choses belles et utiles" pour être un vandale ; ou seulement de "défigurer" ou "d’endommager" "un site, un paysage, une œuvre d’art, etc." Ainsi, Bazin nomme vandale un individu qui a mauvais goût : "ce vandale avait transformé le toit en terrasse, changé la grille, barbouillé la façade en rose vineux" (1952). La destruction d’œuvres d’art étant un crime sévèrement puni, il y a de moins en moins de vandales au sens propre de ce terme : le nom, devenu vacant en quelque sorte, s’applique alors à tous ceux qui détruisent ou simplement endommagent des choses, belles ou non.

 

 

Le même affaiblissement de sens touche vandalisme.  Employé au seul sens de "comportement, état d’esprit d’un vandale" et "acte de vandale" (Trésor de la langue française, 1972-94), ce nom, dérivé de vandale, date de 1794, en pleine tourmente révolutionnaire, alors que les églises, les monastères, les cathédrales, les palais, les châteaux, etc. étaient pillés ou détruits ou brûlés ou transformés en grange, en caserne, en prison ou en poudrière, des livres et manuscrits anciens dérobés ou déchirés, des tableaux volés ou saccagés, etc. et que toutes les traces de l'histoire de France risquaient de disparaître. C’est un révolutionnaire éclairé qui a formé ce nom : l’abbé Grégoire, celui-là même qui avait l’intention "d’anéantir les patois de France", sans même avoir conscience que, s’il avait réalisé cet objectif, il aurait fait œuvre de vandale. Dans ses Mémoires (édition posthume de 1837), l’abbé Grégoire, qui était devenu évêque, affirme qu’il "a créé le mot vandalisme pour tuer la chose". Bien entendu, le nom, formé en 1794, n’a pas empêché les actes de vandalisme, même après 1815.

Il est enregistré dès la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1798). Il s’est écoulé quatre ans seulement entre le moment où l’abbé Grégoire a formé ce nom et le moment où les académiciens l’ont accepté : c’est une manière de record pour un mot nouveau. Sans doute les destructions de la Révolution ont été si massives et si stupides qu’elles ont suscité l’indignation des académiciens. En 1798, le vandalisme n’est pas, comme le définissent les auteurs du Trésor de la langue française, un "comportement" ou un "acte", mais un "système" : "système, régime destructif des sciences et des arts, par allusion aux Vandales". Ce que les académiciens ont compris, c’est que la destruction "des sciences et des arts" (et pas seulement des œuvres ou des monuments) n’est pas un phénomène isolé ou anodin, mais un "système", quelque chose de pensé et de voulu, que cette destruction s’inscrit dans une série d’autres destructions et procède d’une volonté politique de faire table rase de tout ce qui a été légué aux Français par leurs ancêtres.

Quand la sixième édition (1832-35) est publiée, la révolution est finie. Le vandalisme n’est plus défini comme un système, mais comme "la conduite ou l’opinion de ceux qui sont ennemis des lumières et des arts". Ce n’est plus une destruction, mais seulement une opinion ; le vandalisme n’est plus intégré à un système de gouvernement ou de pensée ; il est le fait d’individus. Littré (Dictionnaire de la langue française) gomme le sens de vandalisme, à savoir système ou régime destructif", en le réduisant à un "procédé destructeur" et en élargissant ses cibles jusqu’à "ce qui commande le respect par son âge, ses souvenirs ou ses beautés". Pourtant, dans les années 1830-60, les actes de vandalisme se sont multipliés en France : des fresques d’églises ont été couvertes de badigeon ; des monastères endommagés ; des monuments historiques qui empêchaient d’élargir les rues ou qui gênaient la circulation détruits ; des monuments historiques ont été parfois refaits à la mode moderne sous couvert de restauration. Littré relativise le vandalisme. Il cite Laborde qui écrit cavalièrement et, bien entendu, mensongèrement : "chaque époque ayant des méfaits de vandalisme à reprocher à sa devancière, et ne se sentant pas elle-même la conscience bien nette, on est tombé d’accord qu’on rejetterait le tout sur les Vandales, qui ne réclameront pas".

Dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les académiciens, sans doute conscients que le vandalisme continue à sévir en France, et partout dans le monde, reviennent en partie sur la définition laxiste de leurs prédécesseurs, un siècle auparavant : c’est toujours une "conduite" ou un "état d’esprit" (et non comme en 1798 un "système"), mais le nom ne désigne pas une simple hostilité aux lumières et aux arts : il désigne les destructions de "monuments" et "d'œuvres d’art". Les exemples cités font sans doute référence au vandalisme révolutionnaire : "on commit à cette époque beaucoup d’actes de vandalisme" et "le vandalisme de ces sectaires s’attaqua surtout aux monuments religieux".

Littré gommait le caractère systématique, destructeur, barbare du vandalisme ; les auteurs du Trésor de la langue française, qui sont modernes et relativistes, marchent sur ses brisées. Le vandalisme est le "comportement" ou "l’état d’esprit d’un vandale" ou "l’acte" que commet le vandale et, comme cela a été montré plus haut, le nom vandale s’applique aussi à celui qui commet des dommages, par mauvais goût, sur de simples choses, jugées utiles ou belles – comme couvrir un mur de graffitis. Les exemples cités effacent le relativisme de la définition et établissent de façon univoque les cibles des vandales : "des actes de vandalisme ont été commis l’autre nuit dans la basilique de Saint-Denis et dans l’église Saint-Denis de l’Estrées" (Le Figaro, 1952) et, dans l’ouvrage d’un historien : "le vandalisme révolutionnaire : châteaux ravagés ou incendiés ; églises dépouillées, démolies ; archives saccagées ; statues abattues ; armoiries martelées" (La Révolution française, 1963). Entre ces destructions systématiques qui procèdent d’une volonté de faire disparaître les vestiges du passé (on extermine les hommes et les choses) et le fait de barbouiller une façade en "rose vineux", il n’y a pas un fossé, mais un abîme, que les auteurs de dictionnaires, au cours des deux derniers siècles, ont tenté, à leur manière, poussive et grossière, de combler.

 

Commentaires

svp besoin d'un traducteur !

http://decadence-europa.over-blog.com/article-7225587.html

Écrit par : Amédée | 03 novembre 2007

Il semble que la phrase ait pour sens, dans le cadre de la concurrence très forte entre l'anglo-américain et l'espagnol, et même aux Etats-Unis : "l'espagnol vernaculaire (utilisé comme langue première) prend le dessus sur l'anglais véhiculaire (l'anglais utilisé comme langue seconde par des populations qui parlent espagnol)"

Écrit par : Arouet Le Jeune | 04 novembre 2007

merci
je l 'avais bien "" traduit "" comme celà !

c'était simplement un exemple de " pédantisme "

pour exprimer ce qui peut être dit plus simplement :
les sympathiques chicanos essaient de supplanter les yankees !

Écrit par : Amédée | 04 novembre 2007

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