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25 novembre 2007

Déchet

 

 

 

 

Formé sur les anciennes formes du verbe déchoir, le nom déchet est attesté à la fin du XIIIe siècle ("les orfèvres disent tant pesant reçu ; voyez en ci autant ; quitte suis ; payez la peine et le déchet"), puis au début du XIVe siècle, au sens de "quantité qui est perdue dans l’emploi d’un produit"  (XVe siècle : "fut la dite vaisselle mise en feu et fondue, puis fut refaite et rendue, et pour façon et déchet en eut Lacroisille la somme de ...").

Avant le XIXe siècle, déchet ne désigne que des choses. Nicot (Trésor de la langue française, 1606) relève cet emploi : "le déchet d’or ou d’argent ou autre chose, qui se fait en les refondant, ou usant et maniant". Les académiciens en définissent ainsi le sens : "diminution d’une chose ou en elle-même, ou en sa valeur". Les exemples qui l’illustrent sont "il y a du déchet dans la fonte des monnaies ; il faut avoir soin de remplir le vin de temps en temps à cause du déchet ; il y a toujours quelque déchet à garder le vin et le blé" (1694, 1762, 1798). Dans la sixième édition (1832-35), la définition est amplifiée : "diminution, perte qu’une chose éprouve dans sa substance, dans sa valeur ou dans quelqu’une de ses qualités" et quelques exemples nouveaux sont cités : "le déchet des matériaux que l’on taille pour les employer à une construction est ordinairement d’un sixième ; le déchet que la cuisson fait éprouver au pain".

 

Le premier à relever le sens figuré de déchet est Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : "diminution, discrédit", et cela, bien que les écrivains français l’emploient depuis le XVIe siècle, Amyot : "la divination vient en mépris et déchet de réputation" ; Montaigne : "il est malaisé de ramener les choses divines à notre balance qu’elles n’y souffrent du déchet" ; "l’infinie beauté, puissance et bonté de Dieu, comment peut-elle souffrir quelque correspondance et similitude à chose si abjecte que nous sommes, sans un extrême intérêt et déchet de la divine grandeur ?" ; Bossuet : " sans la retraite, vous ne trouverez jamais que du déchet en votre âme, du désordre dans votre conscience, et du trouble dans votre cœur" ; Bourdaloue : "heureux le fidèle qui met toute son étude et toute son application à se pourvoir pour le salut ; qui ne peut souffrir sur cela le moindre déchet". Les académiciens relèvent ce sens figuré dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire : "figuré, il y a déjà bien du déchet dans sa réputation, dans son talent, dans sa beauté".

 

Le sens issu par métonymie du sens propre est défini pour la première fois dans cette huitième édition : "le pluriel déchets se dit de ce qui tombe d’une matière qu’on travaille, qu’on apprête" ("des déchets de laine, de coton, de fonte, de viande"). Mais ce n’est pas encore le sens moderne de "détritus". Au début du XXe siècle, la France n’est pas encore une "société de consommation" et la mise à la raison de la nature par la technique, l’arraisonnement du monde, l’exploitation illimitée des ressources naturelles – tous producteurs de déchets - sont encore modestes ou limités. Les déchets ne suscitent pas de discours sociétaux. Tout change dans la seconde moitié du XXe siècle. Déchets, "souvent au pluriel", est "ce qui tombe d’une matière que l’on travaille" et c’est aussi, quand "le déchet est inutilisable", un synonyme de détritus, et par extension, il a pour sens "immondices"; terme de physiologie, il désigne les "substances éliminées par l’organisme lors de la nutrition". Ces sens sont exposés par les académiciens dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire : "au pluriel, ce qui tombe d’une matière qu’on travaille, qu’on apprête" ("déchets de laine, de coton, de fonte, de viande") ; "par extension, résidus ; rebuts" ("l’usine déverse ses déchets dans la rivière, déchets radioactif") ; "en physiologie, produits de déchets, produits de désassimilation" ("le rein élimine la plupart des produits de déchets du métabolisme").

 

 

Le véritable séisme qui affecte le sens de déchet se produit au début du XIXe siècle, en 1808 exactement, sous un régime politique issu de la Révolution. Ce mot désigne alors une personne dégénérée. Cet emploi est la conséquence logique des événements au cours desquels la vie des hommes n’a pas eu plus de valeur que celle d’un pou ; ou, dit en d’autres termes, la langue est un miroir de la société où elle est parlée ; elle est comme la lanterne que Stendhal promène le long des chemins. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards ont été des déchets à partir du moment où le pouvoir a coupé en deux morceaux inégaux des milliers de malheureux et a envoyé à la boucherie du champ de bataille des millions d’innocents. Ce sens est enregistré un siècle et demi plus tard dans le Trésor de la langue française (1971-94) : "en parlant d’une personne, épave humaine". Mme de Beauvoir, fidèle de la nouvelle religion sociale et solidaire, nomme des personnes déchets. Tout compte fait, c’est dans la force de ses choses à elle : "c’est beau, une Américaine saoûle, dit Xavière d’un ton pénétré. Ce sont les seules personnes qui peuvent s’enivrer à mort sans devenir aussitôt des déchets" (1943). Les auteurs de ce Trésor croient même nécessaire de préciser que déchet, vieux déchet sont des "termes de mépris" et qu’ils ont "pour synonymes débris ou vieux débris" ; les académiciens, de même, croient bon de rappeler, ce qui est évident pour tout sujet parlant, que déchet, quand ce mot désigne des personnes, est "familier et péjoratif", comme dans cet exemple : "ce n’est plus qu’une épave, un déchet d’humanité".

 

Commentaires

- Négoce

- négociant

- négocier

- négociateur

-négociation

évolution du commerce vers la politique

Écrit par : amédée | 25 novembre 2007

-CONFRONTATION

versus

-AFFRONTEMENT


--- ASSURANTIEL

Écrit par : amédée | 26 novembre 2007

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