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01 décembre 2007

Métissage

 

 

 

 

Le nom métissage est moderne. Dérivé du nom et adjectif métis, désignant dès le XIVe siècle un animal "engendré de deux espèces" et entendu au XIXe siècle au sens de "qui est engendré par deux êtres d’espèce différente, en parlant des animaux" (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77), il est attesté en 1837 dans le Dictionnaire de l'industrie manufacturière, commerciale et agricole (tome 6) de Baudrimont, qui l’emploie à propos des haras et au sens de "croisement des races".

Littré enregistre ce nom. Voici comment il le définit : "action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur". Il précise aussi que ce mot "est réservé généralement pour les croisements pratiqués dans l’espèce ovine" et que, "pour les autres cas, on emploie de préférence le mot croisement". Dans le Supplément publié en 1877, Littré ajoute quatre extraits du Bulletin de la Société d’Agriculture de France, dans lequel un dénommé Gayot use de ce nom : "en un sens particulier, croisement par métis ; ce qui procure la création de races" ; "j’arrive au métissage, c’est-à-dire au croisement arrêté à la première ou à la deuxième génération en vue de créer une race intermédiaire" ; "à mesure que le métissage continue, la nouvelle race s’améliore". Le métissage ne s’applique qu’aux animaux, comme le confirment les académiciens dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35) : "croisement de races", illustrant ce seul sens de l’exemple suivant : "le métissage se pratique avec succès sur l’espèce ovine".

C’est dans la seconde moitié du XXe siècle que ce nom, tout en continuant à s’appliquer aux animaux ou aux plantes (terme de botanique et de zoologie : "croisement d’animaux, de plantes appartenant à des races ou à des variétés différentes, généralement dans le but d’améliorer celles-ci", Trésor de la langue française, 1971-94), s’étend aux êtres humains, et cela, bien que ce terme soit objectivement sinon raciste, du moins racial (cf. Littré : "action de croiser une race avec une autre pour améliorer celle qui a moins de valeur") et bien que l’histoire tragique du XXe siècle ait montré dans quels abîmes de barbarie pouvait sombrer l’humanité quand elle s’abandonnait au racisme. Dans le Trésor de la langue française, il est défini ainsi : "croisement entre individus appartenant à des races différentes" et illustré par cet extrait sinistre : "l’esclavage, la guerre, l’Islam ont donné lieu à des métissages dont Nachtigal note les degrés entre Arabes et gens du Bornou" (Vidal de la Blache, Principes de géographie humaine, 1921).

Dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française, les deux emplois sont distingués nettement : "dans l’espèce humaine, croisement, mélange de races différentes" (exemples : "le métissage d’une population" et "par extension, métissage culturel") ; et en biologie : "croisement entre deux races d’animaux ou deux variétés de végétaux de même espèce, par lequel on crée une race ou une variété nouvelle".

 

Dans ces conditions, il est effarant que ce terme issu de la biologie ou de la zoologie ait été transporté aux relations entre les hommes et même à l’organisation sociale et que, objectivement racial à l’origine – et même raciste -, il ait pu devenir l’oriflamme du progressisme antiraciste et même la panacée censée limiter, réduire, combattre ou annihiler le racisme. Lutter contre le racisme par le racisme, c’est ouvrir une seconde fois la boîte de Pandore. On sait ce qui en sort : la Bête immonde.

 

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