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02 décembre 2007

Motion

 

 

 

 

Emprunté au latin motio, dérivé du verbe movere et entendu au sens de "mouvement", le nom motion est introduit dans la langue française avec ce sens-là (première moitié du XIIIe siècle : "mouvement"). Au XVe siècle, une motion de terre désigne un séisme. A partir de là, motion prend le sens "d’impulsion" et "d’insurrection, révolte". Ainsi, dans la seconde moitié du XIVe siècle : "ceux de la ville ne se devront jamais armer ne faire motions ni conspirations contre Monseigneur de Flandres". Au XVe siècle, Froissart écrit : "de cette motion ("sollicitation") furent tous les cardinaux ébahis et courroucés". Le sens moderne est un emprunt à l’anglais motion, au sens de "suggestion, proposition", puis de "proposition formelle faite dans une assemblée délibérative".

Dans le Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762), le sens de motion est celui du latin : "mouvement, action de mouvoir". Les exemples sont "la motion des corps", "la première motion de la matière". Les académiciens précisent que ce mot "ne se dit que dans le dogmatique" (1694) et "dans le didactique" (1762), bien que Montesquieu l’ait employé : "on ne sait si les bêtes sont gouvernées par les lois générales du mouvement ou par une motion particulière" ; Voltaire aussi : "quand même il serait nécessaire que la matière fût en motion, comme il est nécessaire qu’elle soit figurée".

Le premier lexicographe à relever le sens moderne est Jean-François Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788). Outre le sens "didactique" ("action de mouvoir"), motion a aussi le sens de "proposition faite avec zèle dans une assemblée pour y faire décider quelque chose". Féraud précise que cette "acception vient des Anglais, qui en font un grand usage dans leur Parlement" et que "l’Académie ne le met pas dans ce sens". Il prédit aussi : "il s’établit parmi nous ; et c’est un néologisme dont on peut bien augurer", ce en quoi il a vu juste.

Les académiciens relèvent ce sens à partir de 1798 (cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française) : "on dit depuis quelques années une motion pour exprimer une proposition faite par quelqu’un dans une assemblée" (exemples : "on a fait une motion pour… ; une motion de… ; il y eut des motions très diverses, et même il y en eut de contradictoires ; une motion violente, appuyer la motion, délibérer sur la motion, amender la motion, retirer sa motion, rejeter la motion"). "Ce mot, ajoutent les académiciens, a été adopté de l’anglais". Dans cette même édition, dite "révolutionnaire", les académiciens, peut-être échaudés par l’usage abusif qu’ont fait des motions les sectateurs, distinguent deux sortes de motion, l’une positive et démocratique, l’autre négative et totalitaire ou tyrannique. La première est une "proposition faite par quelqu’un dans une assemblée" ; elle est soumise à une délibération ; elle est conforme aux règles de la démocratie. La seconde est une "proposition faite dans une assemblée pour y faire décider quelque chose" ; la délibération est évitée ou court-circuitée ; la motion débouche sur une décision. Les adjectifs qui caractérisent motion entendu dans ce second sens sont tous défavorables ou négatifs : "motion indécente, incendiaire, inconstitutionnelle", comme si les académiciens avaient perçu les dérives tyranniques des assemblées manipulées par quelques cyniques, prêts à tout pour imposer leurs vues.

Ce sens révolutionnaire disparaît dans la sixième édition (1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française : "motion se dit aussi d’une proposition faite dans une assemblée délibérante, par un de ses membres". Les exemples sont les mêmes que ceux qui illustrent dans l’édition de 1798 le premier sens politique de motion, auquel les académiciens ajoutent cet emploi : "motion d’ordre, motion qui a pour objet particulier l’ordre de la discussion". De même, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) et les académiciens (huitième édition, 1932-35) écartent le sens décisionnaire et déplaisant de motion pour ne retenir que le sens délibératif : "figuré (en fait, c’est un néologisme sémantique), proposition faite dans une assemblée délibérante par un de ses membres" et "motion d’ordre, motion qui a pour objet l’ordre de la discussion".

Le sens premier ("mouvement") est relevé comme vieilli ou vieux dans les dictionnaires de la fin du XXe siècle, Trésor de la langue française (1971-94) et Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication), lesquels s’étendent longuement sur le sens moderne et politique de ce nom : "proposition faite dans une assemblée délibérante par un ou plusieurs de ses membres". Il est illustré des exemples : "motion incendiaire, subversive, d’ajournement, de blâme ; faire, déposer, rédiger une motion ; motion de censure, d’investiture, d’ordre, préjudicielle", auxquels les académiciens ajoutent "motion de renvoi en commission" et "motion de synthèse" ou "texte conciliant diverses positions, dans un congrès d’un parti politique, d’un syndicat".

Le sens défavorable et, à dire vrai, détestable dont l’analyse était esquissée dans l’édition révolutionnaire (1798) du Dictionnaire de l’Académie française apparaît dans le nom motionnaire ("membre d’une assemblée délibérante qui dépose une ou plusieurs motions"), moins dans la définition qui en est donné dans le Trésor de la langue française que dans les exemples qui l’illustrent : "nous avons essayé plus d’une fois d’exciter l’animadversion de l’Assemblée contre les libellistes et les motionnaires incendiaires" (1789) ; "on parle partout, dans les clubs et au coin des rues ; il y a le motionnaire, état récent que cette ardeur de parler a institué" ; "un motionnaire est un coureur d’assemblées populaires, ayant dans la mémoire 300 ou 400 mots redondants, des phrases à effet, deux ou trois mouvements à tiroir" (1869).

La moindre agitation dans l’université ou dans la rue fait fleurir mille motions à la seconde. Chacun y va de sa motion ; chacun juge que sa motion rend caduques toutes les motions antérieures ; on motionne à tous vents ; c’est à qui motionnera le plus. Plus c’est bête, plus ça plaît.

 

 

 

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