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04 décembre 2007

Filer un mauvais coton

 

 

 

 

 

L’expression est relevée et définie à compter de la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), non pas sous la forme moderne filer un mauvais coton, mais jeter un mauvais coton, et avec un sens qui est différent du sens moderne : "on dit qu’une étoffe jette son coton, du coton, pour dire qu’elle jette une espèce de bourre, de duvet, qui ressemble à du coton" et, par analogie, on dit "proverbialement d’un homme dont la réputation ou les affaires sont ruinées qu’il jette un vilain coton ; et ironiquement, il jette-là un beau coton". Selon les Académiciens (même explication en 1798, dans la cinquième édition de leur Dictionnaire), l’expression figée jeter un vilain coton, qui se dit d’une personne dont les affaires ne sont pas florissantes, vient d’une métaphore ou de l’extension métaphorique d’un verbe s’appliquant à une étoffe qui se gâte et qui, en se gâtant, révèle qu’elle est de mauvaise qualité.

Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) reprend cette explication : on dit qu’une "étoffe jette son coton ou du coton quand elle jette une espèce de bourre ou de duvet" et "en style proverbial, on dit d’un homme dont la réputation et les affaires sont ruinées qu’il jette un vilain coton, et ironiquement, un beau coton".

 

Dans la sixième édition (1832-35) de leur Dictionnaire, les Académiciens affirment que jeter un vilain coton se dit aussi des personnes gravement malades et pour qui, semble-t-il, la médecine ne peut plus rien. Alors, l’adjectif mauvais remplace vilain : "cette étoffe jette son coton, du coton se dit d’une étoffe qui se couvre d’une espèce de bourre, de duvet, semblable à du coton. Figuré et familier, cet homme jette un vilain coton, il perd son crédit, sa réputation. On dit ironiquement, dans le même sens, il jette là un beau coton. On dit aussi d’un homme atteint d’une maladie qui le fait dépérir : il jette un mauvais coton".

Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) relève l’expression aussi avec, pour la première fois, le verbe filer, toujours à la suite de l’étoffe qui jette un vilain coton : "cet homme jette un vilain coton, il file un mauvais coton ; sa santé, son crédit, sa réputation est fortement compromise". Dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), le verbe de l’expression n’est plus jeter, mais filer, verbe désignant une activité textile et qui semble mieux approprié dans ce contexte que jeter : "cette étoffe jette son coton, du coton se dit d’une étoffe qui se couvre d’une espèce de bourre, de duvet, semblable à du coton ; figuré et familier, filer un mauvais coton se dit de quelqu’un dont la santé décline au point de donner les plus graves inquiétudes, et aussi de quelqu’un qui est sur une pente dangereuse où il risque de perdre sa fortune son crédit, sa réputation, sa probité . Mais cette substitution de filer à jeter atteste surtout que l’origine métaphorique de l’expression est perdue et que, peu à peu, en s’éloignant de son sens propre, elle est en train de se figer.

La preuve est fournie par le Trésor de la Langue française, dans lequel le rapport entre l’étoffe qui jette son coton et l’expression figurée jeter ou filer un vilain coton, rapport qui explique le sens figuré, s’est dissipé. L’expression filer un mauvais coton est classée dans le sens II B : "fil de couture obtenu à partir du coton". Ainsi, "la locution figuré et familière filer un mauvais coton signifie avoir ou donner des inquiétudes". Pour en interpréter le sens ignoré ou oublié, les auteurs du Trésor de la Langue française ont rapporté filer un mauvais coton à fil de coton : ainsi classée, la locution est incompréhensible ; même le sens ("avoir des inquiétudes") est très cavalièrement exposé, puisque filer un mauvais coton ne signifie pas "s’inquiéter", quoi qu’en disent ces savants en lexicographie. Dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire, les académiciens se contentent de classer dans une partie à part les expressions contenant coton : "4. Expressions figurés et familières : élever un enfant dans du coton, l’élever trop mollement, en le protégeant trop des difficultés ; avoir du coton dans les oreilles, être sourd ou s’obstiner à ne pas entendre ; avoir les jambes en coton, avoir de la peine à marcher, à rester debout, se sentir très faible ; naviguer dans le coton, dans un brouillard épais ; filer un mauvais coton, se trouver dans un état de santé inquiétant ou, par analogie, dans une situation difficile , sans chercher à en rendre compte".

 

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