Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15 décembre 2007

Orientaliste

 

 

 

 

 

L’adjectif et nom orientaliste, dérivé d’oriental, est attesté en 1799 pour désigner un "spécialiste des langues et des civilisations orientales". Il est enregistré en 1832-35 dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française.

Les définitions d’orientaliste ne soulèvent aucune difficulté : "celui qui est versé dans la connaissance des langues orientales" (Dictionnaire de l’Académie française, 1832-35, exemple : "c’est un de nos plus savants orientalistes") ; "celui qui est versé dans la connaissance des langues orientales" (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, exemple : "un habile orientaliste") ; "celui qui se livre à l’étude des choses de l’Orient" (Dictionnaire de l’Académie française, 1932-35 : le domaine d’étude, borné aux langues, s’élargit aux "choses") ; "spécialiste des langues et des civilisations orientales" (Trésor de la langue française, 1971-94 : les "choses" sont désignées avec précision, ce sont les "civilisations" et l’emploi du nom spécialiste, masculin ou féminin, dans la définition ne limite plus l’activité d’orientaliste aux seuls hommes, "celui qui") ; et enfin "spécialiste des langues, des littératures, des civilisations de l’Orient" (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication : les "choses" dont sont spécialistes les orientalistes s’élargissent un peu plus pour englober les "littératures").

En revanche, il est un emploi ambigu, non pas pour son sens, mais pour ce qu’il désigne : c’est celui qui est attesté en 1877 et que Littré relève la même année dans le Supplément de son Dictionnaire de la langue française, à savoir "peintre qui emprunte surtout ses sujets et ses couleurs à l’Orient", et les académiciens dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire, mais uniquement comme adjectif : "adjectivement, peintre orientaliste, celui qui se spécialise dans la représentation des choses de l’Orient". Qui sont ces orientalistes ? Dans la Revue des Deux-Mondes cité par Littré, c’est "Fromentin" (qui) "a conquis sa place chez les orientalistes à côté de Decamps et de Marilhat". Alexandre Decamps (1803-1860) a voyagé au Levant (en Asie mineure, au Proche Orient) en 1828 ; de ce séjour, il a rapporté des tableaux effectivement orientalistes (Souvenir de la Turquie, Paysage en Anatolie, les ânes d’Orient) ; Prosper Marilhat (1811-47) a lui aussi effectué un voyage en Orient (Syrie, Egypte), où il a dessiné et peint d’innombrables scènes, paysages, ruines. L’un et l’autre sont des orientalistes, même s’ils ont peint aussi des paysages de France. Il n’en va pas de même de Fromentin (1820-76) qui voyagea à deux reprises en Algérie, pays qui était alors la France et se trouvait, non pas en Orient, mais en Occident, Maghreb, en arabe, signifiant "lieu où le soleil se couche".

Littré, qui cite l'extrait dans lequel Fromentin est désigné à tort comme un "orientaliste" (il est un peintre algérien ou algérianiste ou maghrébin, et non orientaliste) a pourtant prévenu ses lecteurs, à l’article orient de son Dictionnaire, contre l’emploi abusif de ce mot et de l’adjectif oriental qui en est dérivé : "orient et oriental s’étendent souvent, par abus, fort au delà de leurs limites ; on entend plus d’une fois appeler de ce nom les pays d’Afrique, leurs habitants et les choses qui s’y rapportent. Il est bon de prévenir contre cette faute", que Littré n’a pourtant pas évitée.

D’après les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), la désignation d’orientaliste s’applique aussi aux écrivains et même à ceux qui, parmi les peintres ou les écrivains, traitent de sujets exotiques : "personne spécialisée dans la représentation de sujets d’inspiration orientale ou exotique" ("écrivain, peintre orientaliste"). Les académiciens, dans la neuvième édition, en cours de publication, de leur Dictionnaire, citent comme exemple de peintre orientaliste Delacroix : "artiste qui traite des sujets d’inspiration orientale ; adjectivement, un peintre orientaliste et par métonymie, les tableaux orientalistes de Fromentin, de Delacroix". Certes, ils ne font qu’enregistrer l’usage, bien que, sur ce point, l’usage soit abusif, Delacroix n’ayant pas fait le voyage d’Orient, mais du Maroc seulement, c’est-à-dire de l’Occident arabe ou berbère, et n’ayant peint que des tableaux marocains, à l’exception des Massacres de Scio, où il n’est jamais allé, et des tableaux d’histoire sainte.

Cet abus, bénin pour ce qui est d’orientaliste, n’est pas anodin : il est la pointe émergée de l’iceberg d’erreurs volontaires ou de déformations intentionnelles qui ont toutes pour but de valoriser indûment l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et toute l'Afrique du Nord en y appliquant la dénomination fausse d’Orient, laquelle est valorisante, chargée d’histoire et pleine de sens forts.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.