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18 décembre 2007

Victime

 

 

 

En latin, victima est un terme de religion. Il désigne l’animal "destiné au sacrifice" ; et par métonymie, dans le latin en usage chez les chrétiens, le sacrifice lui-même. Des étymologistes latins tirent victima de vincire, "lier" (on liait la victime) ; d’autres de vincere (la victima était sacrifiée au retour de la victoire, tandis que l’hostia l’était en allant à l’ennemi) ; d’autres encore de vigere, "être fort" (la victima était une grosse bête tandis que l’hostia était une petite bête). En français, c’est dans les deux sens de "sacrifice" et de "créature vivante offerte en sacrifice au(x) dieu(x)" ou "à Dieu" que victime est attesté à la fin du XVe siècle ("quand ils voulaient offrir holocaustes et victimes à ce dieu inconnu", 1495). Dans Polyeucte (1642), Corneille l’emploie en parlant de Jésus-Christ (Acte V, 1662).

Pendant deux siècles, ce fut un terme de religion. C’est au XVIIe siècle, qui fut le grand siècle catholique des temps modernes, qu’il a été étendu hors de la religion pour désigner des réalités de la société : "personne tuée ou blessée (par accident, crime, cataclysme, guerre, etc.)" et "personne qui subit la haine, les tourments, les injustices de quelqu’un ou qui souffre de choses ou d’événements néfastes" (la misère par exemple).

Dans les tous les dictionnaires, que ce soit celui de l’Académie française (de la première à la huitième édition, de 1694 à 1932-35), celui de Littré (1863-77) ou celui du CNRS (Le Trésor de la langue française, 1971-94), le premier sens défini est le sens religieux, même dans les dictionnaires modernes : "Religion. Antiquité ; animal ou être humain offert en sacrifice à une divinité… Religion chrétienne ; Jésus-Christ offert en sacrifice sur la croix et présent par l’eucharistie dans le sacrifice de la messe… Par analogie, personne qui s’offre à Dieu dans le martyre, dans une vie religieuse de renoncement, d’expiation" (Trésor de la langue française) ; "créature vivante offerte en sacrifice à la divinité ; la victime offerte pour le salut des hommes, Notre Seigneur Jésus-Christ"  (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-35). Même Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), qui était positiviste et anticlérical, classe en première position les trois acceptions religieuses de victime qu’il distingue parmi huit acceptions : "1. Chez les païens et les peuplades sauvages, créature vivante offerte à la divinité. 2. Chez les Juifs, animaux qu’on immolait en sacrifice. 3. Terme de théologie. La victime offerte pour le salut des hommes, Jésus-Christ". Dans les éditions anciennes du Dictionnaire de l’Académie française, les sens religieux sont exposés avec de nombreux détails : "on appelait victime chez les païens les animaux destinés pour être offerts en sacrifice à leurs Dieux… On appelle Notre Seigneur Jésus-Christ la victime offerte pour le salut des hommes… On appelle figurément victimes les personnes qui sont consacrées à Dieu par des voeux solennels" (1694) ; "on appelait victime dans l’ancienne loi les animaux qu’on immolait et que l’on offrait en sacrifice… On le dit aussi des animaux que les païens offraient en sacrifice à leurs dieux. On appelle Notre Seigneur Jésus-Christ la victime offerte pour le salut des hommes" (1762).

 

Le sens étendu, social dans la plupart des emplois, date du XVIIe siècle. Il est relevé dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie française (1694) : "on appelle aussi figurément victime une personne qui souffre injustement" et "on appelle encore victime une personne dont on sacrifie la vie ou les intérêts à ses passions, etc.", ainsi que dans toutes les éditions suivantes, par exemple : "on dit aussi qu’un homme a été la victime de sa bonne foi, de sa générosité, pour dire que sa bonne foi, sa générosité, ont été la cause de ses disgrâces, de sa perte" (1762, 1798, 1832-35) ou chez Littré (1863-77) : "figuré, celui qui est frappé de quelque coup, comme l’était la victime des anciens…. ; figuré, celui qui est sacrifié aux intérêts, aux passions d’autrui". De la religion à la politique, il n’y a qu’un pas. Celui-ci a été franchi après la Terreur. Littré note que victime s’est dit, quand il était employé absolument, "des personnes qui périrent condamnées par les tribunaux révolutionnaires". Ainsi les cheveux et le costume à la victime désignaient la coiffure et l’habillement "qui rappelaient la toilette des condamnés montant à l’échafaud et qui devint à la mode dans quelques salons, lors de la réaction dont le 9 thermidor fut suivi", tandis que le bal des victimes était réservé à ceux qui avaient une victime dans leur famille.

 

C’est dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française qu’est relevé, pour la première fois, l’un des emplois modernes, sociaux évidemment, les plus courants de victime : "il se dit encore de celui qui a été tué ou blessé dans un accident, dans un crime, etc." ("il a été victime d’un accident ; cet attentat a fait plusieurs victimes ; les victimes de la guerre"). Dans un ciel vidé de toute transcendance, les termes de religion sont vacants ; ils ne trouvent plus d’emploi, à moins qu’ils ne soient transférés à d’autres domaines : la société, l’économie, les faits divers, les accidents de la route, etc. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), ce grand dictionnaire de la modernité, tous les emplois étendus de victime sont relevés. L’analogie qui nourrit cette extension n’est pas celle du Christ, qui s’est offert lui-même en victime, mais celle de l’animal innocent qui est immolé pour apaiser ou honorer les dieux. Les victimes modernes sont toujours victimes de quelque chose ou de quelqu’un. Elles subissent "les conséquences fâcheuses ou funestes de quelque chose, des événements, des agissements d’autrui"  (une erreur judiciaire, le mal, un abus, les circonstances, le chômage, la calomnie, le despotisme, la fatalité, la méchanceté, une méprise, les privations, le progrès, les sévices, le sort, une attaque, une injustice, une machination, un malaise, une violation des droits de l’homme (évidemment), un vol, etc.) ou "d’elles-mêmes" (victimes d’une hallucination, d’une illusion, d’une imprudence, d’une passion, de sa propre charité, de sa bonne foi, de sa sensibilité, de son dévouement) ou d’une "cause, d’un idéal, d’un intérêt supérieur" (victimes de la science, du travail, du devoir, etc.).

La France moderne produit autant de victimes que de stylos Bic (utiles pour porter plainte). Le rôle de victime, sur la scène moderne, attire histrions et cabots. Victime, c’est une vocation. On a l’air d’une victime ; si on le l’a pas, on le prend ; on joue à la victime ; on se pose en victime… C’est la grande comédie, qui n’est plus ni humaine, ni divine, mais sociale. Les acteurs sociaux, comme on nomme désormais les militants, sont programmés à prendre la posture de victime (la routine leur a fabriqué une nouvelle nature), soit qu’ils tiennent à passer eux-mêmes pour des victimes, afin de rendre gorge aux dominants, aux possédants, aux bourgeois, aux capitalistes, etc., soit qu’ils transforment en victimes délinquants et criminels, surtout s’ils sont étrangers : victimes de la société, de la République, de la France, de la colonisation (même si ces prétendues victimes sont les pires colons qui aient jamais été), de l’esclavage (surtout si elles ont été les pires esclavagistes qui aient jamais été).

Soyez victimes ou vous n’êtes rien, telle est la devise de la France actuelle. Il faut que vous soyez victimes pour que puisse être instruit le procès de la société, du libéralisme, de la France, de la République, des Français, etc.

 

Commentaires

LES 12 " partenaires connus " de madame Carla
BRUNI TEDESCHI

http://decadence-europa.over-blog.com/article-7313692.html

* défaitisme

** fripon ( députés véreux trafiquants d'influence de la française
apparemment de retour en force

*** CONVENTION

*** CONSTITUTION / CONSTITUANTE

**** CENSITAIRE

*** DIRECTOIRE / DIRECTEUR
( les 5 directeurs du Directoire )

*** ENSEIGNEMENT
devenu INSTRUCTION
**** devenue EDUCATION ( deja traité )

SUBSIDIAIRE / SUBSIDIARITé

Écrit par : amédée | 18 décembre 2007

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