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19 décembre 2007

Perversion

 

 

 

 

Emprunté au latin perversio, dérivé de pervertere ("mettre sens dessus dessous, renverser de fond en comble") et qui a pris dans la langue des chrétiens le sens de "dépravation" et de "désordre", le nom perversion est attesté en 1444 au sens de "changement de bien en mal" et de "corruption". Les académiciens ne l’enregistrent dans leur Dictionnaire qu’à compter de la quatrième édition (1762), dans laquelle, conformément au latin chrétien, le mot a un sens religieux : "changement de bien en mal en matière de religion et de morale" ("le luxe conduit à la perversion des mœurs", 1762, 1798 : l’exemple de l’édition de 1832-35 est "la soif des richesses cause la perversion des mœurs "). Ce que suppose le mot, c’est qu’il a existé ou qu’il existe un état de la morale ou de la religion qui peut être jugé sinon parfait, du moins conforme au bien et que cet état, fragile, se dégrade : c’est la perversion.

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) laïcise, pourrait-on dire, le mot. Il ne fait plus référence à la religion, bien qu’il suppose l’existence d’un bien antérieur : la perversion est un "changement de bien en mal" (exemple : "la perversion des mœurs"). Le mot est aussi employé en médecine pour désigner un "trouble" ou un "dérangement" (exemple : "il y a perversion de l’appétit dans le pica, de la vue dans la diplopie").

 

Terme de morale et de religion, le mot bascule dans la science, la médecine, le social. Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) est notée l’extension de perversion à d’autres réalités que les mœurs : le goût littéraire peut être perverti. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), en distinguant deux sens ("action de faire changer en mal" et "action de détourner quelque chose de sa vraie nature, de la normalité"), insistent sur l’extension du second sens à d’innombrables réalités : la physiologie, le goût, les institutions, l’intelligence, le jugement, les sens, les sensations, la sensibilité, comme cela est attesté chez les écrivains ("la perversion de la charité et de la bonne volonté", Sainte-Beuve ; "la perversion d’une certaine finesse d’interprétation", Proust ; "la perversion des principes démocratiques", Vedel ; "la perversion de la notion même de salaire", Perroux).

Ce terme de morale et de religion se médicalise aussi : le changement de bien en mal devient une pathologie, dont se mêlent médecins, psychiatres, psychologues, psys et socs. C’est la "déviation des instincts conduisant à des comportements immoraux et antisociaux" ; elle est mentale et psychologique ; elle affecte des fonctions affectives, intellectuelles, morales et même le sexe. La perversion sexuelle est un "comportement qui s’écarte de la normalité". Elle "peut porter sur le choix du partenaire sexuel (homosexualité, pédérastie, gérontophilie, zoophilie) (...), sur les conditions extérieures pour arriver à l'orgasme (voyeurisme, exhibitionnisme, sadisme, masochisme)" (1975).

Dans l’ancienne France, la perversion découverte était l’occasion de se repentir ; aujourd’hui, elle fait la fortune des psys et creuse le déficit des comptes sociaux de la nation. Ce changement (de bien en mal ?) est nommé modernité.

 

Commentaires

Eh bien.... c'est tres détaillé tout ca.....

Écrit par : Francine | 19 décembre 2007

- ABSOLU ( AB SOLU) libéré des chaines

- ABSOUDRE

-ABSOLUMENT

- ABSOLUTISME encore 1 isme


** monétarisation

- """" monétiser""" SES rtt

Écrit par : amédée | 19 décembre 2007

Cher Amédée, vous avez raison de citer tous ces mots qui font la logorrhée contemporaine. Il faudrait tous les étudier. Longue tâche.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 19 décembre 2007

Les commentaires sont fermés.