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31 décembre 2007

Guignol

 

 

 

 

C’est un mot emprunté au dialecte de la ville de Lyon et qui signifie, au sens littéral de ce terme, "celui qui guigne, qui cligne de l’œil". Laurent Mourguet, le canut au chômage et bateleur, a donné, en 1808 semble-t-il, ce nom à la marionnette qu’il venait de fabriquer, parce qu’elle guignait, id est jetait des regards furtifs de tous côtés. Le nom est attesté en français en 1847 comme nom propre désignant une "marionnette sans fils, animée par les doigts de l’opérateur" ; en 1856, par antonomase (un nom propre employé comme nom commun), il désigne un "personnage involontairement comique ou ridicule, cabotin" ; enfin en 1866, c’est un "théâtre de marionnettes où l’on joue des pièces où Guignol est le héros" et ce sont "ces pièces elles-mêmes".

 

Le premier lexicographe qui l’ait enregistré est Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), qui en fait un nom commun : "sorte de polichinelle ; le théâtre de guignol" (le nom guignol est écrit sans majuscule à l'initiale). Les académiciens y donnent dans la huitième édition (1935) de leur Dictionnaire un sens tout différent : "petit théâtre de marionnettes" (exemples : "le Guignol des Champs-Élysées, tenir un guignol dans un jardin public"). Ils ajoutent que, "en termes de théâtre, le guignol est une logette posée sur la coulisse ou sur la scène et où le directeur et les acteurs peuvent se tenir". Il semble que les auteurs de dictionnaires ne conviennent pas du sens de guignol, lequel oscille de "sorte de polichinelle" à "petit théâtre de marionnettes". Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour lire une définition complète. C’est dans le Trésor de la langue française (1971-94) : "par allusion à Guignol, héros d’un théâtre de marionnettes, marionnette à gaine, manœuvrée par un opérateur invisible, qui joue un rôle dans des scènettes comiques à l’usage des enfants" ; "locution figurée et populaire, faire le guignol : agir déraisonnablement, faire des pitreries, des frasques" ; "par analogie, personne qui, par ses gestes ou son comportement est falote ou ridicule" ; "en argot, gendarme" ; "par métonymie et par allusion au théâtre de Guignol, théâtre de marionnettes" ; "en argot, tribunal" ; "terme de théâtre, logette posée sur la coulisse ou sur la scène et où le directeur et les acteurs peuvent se tenir" ; "spectacle qui se joue sur la scène d’un théâtre de marionnettes" et "genre qui est propre à ce spectacle" ; "par analogie, ce qui manque de sérieux". Littré relevait un seul sens en 1872 ; un siècle plus tard, il y en a dix dans le Trésor de la langue française. De plus, de guignol, ont été dérivés le nom guignolerie ("œuvre qui s’apparente à une scène de guignol"), l’adjectif guignolesque ("digne d’une farce de guignol") et le verbe guignoliser ("faire le guignol"). Ce à quoi les académiciens ajoutent dans la neuvième édition (en cours) de leur Dictionnaire le nom grand-guignol au sens de "spectacle multipliant les effets d’épouvante" et la locution c’est du grand-guignol, laquelle "se dit figurément de ce qui est d’une outrance ridicule". L’article de ce dernier dictionnaire est moins détaillé que celui du Trésor de la langue française. Il n’y est pas relevé les sens argotiques, mais trois sens : "marionnette à gaine", "théâtre de marionnettes où l’on joue le répertoire de Guignol et, par métonymie, le spectacle lui-même" ; "anciennement, sorte de guérite mobile placée à la rampe de la scène d’un théâtre, d’où le directeur et l’auteur pouvaient diriger les répétitions à l’abri des courants d’air".

Guignol, le personnage et la marionnette, appartient au patrimoine de la ville de Lyon. Son créateur, canut que la Révolution a condamné au chômage, en a fait un ouvrier vif et impertinent, capable de mettre les rieurs de son côté quand il se querelle avec les nantis, les propriétaires et les autorités. Ce qui caractérise l’évolution du personnage créé à Lyon, c’est son affadissement. En s’établissant à Paris, il s’est spécialisé dans le théâtre pour enfants, aménagé dans les jardins publics, comme le notent les académiciens en 1932-35 : "petit théâtre de marionnettes" (exemples, "le Guignol des Champs-Élysées, tenir un guignol dans un jardin public").

En quittant les jardins publics pour les studios de télévision, Guignol a connu un nouvel avatar. Deux cents ans plus tard, il est retourné contre ce canut au chômage qui l’a inventé et contre les ouvriers qui riaient de son impertinence. De travailleur menacé par le chômage qu’il était à Lyon, il est devenu un milliardaire du show-biz. Il se gaussait des puissants ; désormais, c’est un nanti en tout qui se gausse des pauvres, des ploucs, des beaufs, des travailleurs. Il est devenu la posture parisienne obligée du bobo sûr de lui et dominateur, fier de sa race et de sa culture, arrogant et plein de morgue, qui crache sur les pauvres, sur l’Etat et sur les élus de la République.

 

 

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