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02 janvier 2008

Sicaire

 

 

 

 

Emprunté du latin sicarius "assassin", dérivé de sica "poignard", le nom sicaire est attesté au XIV siècle dans le même sens que l’étymon latin. Il n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de la cinquième édition (1798), au sens "d’assassin" (1798), "d’assassin gagé" (1832-35, 1932-35 et Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77) et de "tueur à gages" (Trésor de la langue française, 1971-94). Les exemples cités par les académiciens sont "il fut tué par des sicaires que son ennemi avait envoyés à sa poursuite" (1832-35) ; par Littré, des extraits d’écrivains, dont Voltaire (in Rome sauvée, III 4 : "Armez tout, affranchis, esclaves et sicaires") ; par les auteurs du Trésor de la langue française : "vieux ou littéraire, soudoyer des sicaires" ; "je suis proscrit, traqué par les sicaires de la réaction ; me refuserez-vous un asile ?"  (Sandeau, le fils de George, 1851).

 

Les auteurs de dictionnaires, pour la plupart d’entre eux, occultent la désignation historique de sicaire ou son rapport à une religion et à une civilisation anciennes, sauf les académiciens, dans la seule cinquième édition (1798) de leur Dictionnaire et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94). Les premiers, en 1798, précisent, après avoir défini un sicaire comme un assassin, que ce mot "se dit surtout de ces Juifs qui durant le siége de Jérusalem, tuaient ceux qui n’étaient pas de leur parti". La référence historique n’est pas très précise. Elle est plus complète dans le Trésor de la langue française : "histoire, dans l’antiquité hébraïque, nationaliste zélote qui pratiquait le terrorisme" ; ce sens est illustré par un extrait de la Vie de Jésus (Renan, 1863) : "les " zélotes" ou "sicaires", assassins pieux, qui s’imposaient pour tâche de tuer quiconque manquait devant eux à la Loi, commençaient à paraître". Ces zélotes formaient un des courants du judaïsme il y a vingt siècles, les trois autres étant les pharisiens, les saducéens et les esséniens ; ils étaient partisans de lutter jusqu’à la mort contre les occupants romains, qui les ont exterminés lors de la prise de la citadelle de Massada.

 

Le nom sicaire s’emploie aussi dans un autre contexte religieux, celui de la secte chiite des ismaéliens ou ismaélites, ces musulmans qui usaient du meurtre en Asie mineure pour imposer leur foi et qui étaient nommés assassins ou "gardiens de la Loi". La désignation de sicaire, propre aux zélotes, est parfois étendue pour désigner ces assassins, comme cela est attesté aussi bien en ancien français que dans la langue moderne. Dans une chronique du XIVe siècle, il est écrit : "(il) fut occis à deux couteaux de deux sicaires que l’on appelle harquassis", c’est-à-dire les assassins. Silvestre de Sacy, qui a imposé l’étymologie fantaisiste d’assassin comme "fumeur de haschich", y fait allusion : "les sicaires ou assassins du chef des Ismaélites" ; autrement dit, les tueurs qui sont au service du Vieux de la Montagne. Un historien des Croisades, René Grousset, assimile aussi les sicaires aux assassins (1939) : "le 28 avril 1192 (...), dans les ruelles étroites du vieux Tyr, il fut rejoint par deux sicaires (...). Ils lui tendirent un placet qu’il accueillit sans méfiance. Tandis qu’il le lisait, l’un d’eux lui plongea un poignard dans le flanc".

 

Ce mot et ses emplois auraient dû faire l’objet, même dans les dictionnaires de langue, d’une rapide et nécessaire mise au point historique, ne serait-ce que pour montrer qu’il plonge ses racines dans le passé religieux de la Méditerranée (les zélotes, les assassins), qui n’est pas tout à fait mort, puisqu’il survit, parfois sous des formes atroces, dans le présent, et pour ne pas le réduire à quelques emplois, au sens "d’assassin gagé", vaguement archaïques (tueur à gages est plus clair) et sans doute emphatiques, de la mauvaise littérature (cf. plus haut M. Sandeau). 

 

 

 

 

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