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06 janvier 2008

Bercail

 

 

 

 

Le nom bercail est attesté en 1379 au sens de "bétail" et en 1609 dans le sens de "bergerie". Furetière (Dictionnaire universel, 1690) le qualifie de "vieux", de même que les académiciens dans la première édition de leur Dictionnaire (1694) : "bergerie, le lieu où l’on enferme le troupeau. Il est vieux". Dans les quatrième, cinquième, sixième éditions (1762, 1798, 1832-35), la mention vieux disparaît. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) définit le mot ("étable où on loge les moutons"), sans préciser s’il est ou non hors d’usage. Dans les huitième et neuvième éditions (1932-35, en cours de publication), les académiciens jugent que le mot est sorti de l’usage au sens de "bergerie" : "synonyme ancien de bergerie. Voyez ce mot".

Il ne semble pas que les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) partagent ce point de vue. Pour eux, le sens qualifié de vieux est celui de "troupeau de brebis, de moutons" ; en revanche au sens, non pas de "bergerie", mais "d’enceinte couverte où est enfermé un troupeau de brebis ou de moutons", bercail ne serait pas désuet. "Il s’emploie surtout quand on considère ce lieu comme le point vers lequel il faut conduire les moutons, l’enceinte où ils doivent entrer pour reposer tranquilles ; bergerie s’emploie plutôt quand on les considère dans leur repos même ou pendant tout le temps qu’ils sont à couvert" (Dictionnaire Larousse du XIXe siècle, Nouveau Larousse illustré, in Trésor de la langue française). En somme, la bergerie est un bâtiment, le bercail un enclos.

Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) le définit comme une bergerie, ajoutant : "il ne se dit guère au propre, mais il est beau au figuré" ("ramener un hérétique, une brebis égarée au bercail de l’Église"). Dans tous les dictionnaires, ce sens religieux est exposé : "on dit ramener une brebis égarée dans le bercail, pour dire remettre un hérétique dans la créance de l’Eglise" (Dictionnaire de l’Académie française, 1694) ; "on dit figurément ramener au bercail une brebis égarée pour dire ramener un Hérétique dans le giron de l’Église" (quatrième et cinquième éditions, 1762, 1798) ; "figuré, ramener au bercail une brebis égarée, ramener un hérétique dans le sein de l’Église ; ramener à des sentiments de piété, à une conduite pieuse, une personne qui s’en était écartée" (sixième édition, 1832-35) ; "figuré, ramener au bercail une brebis égarée, ramener un hérétique dans le sein de l’Église ; ramener à des sentiments de piété, à une conduite pieuse une personne qui s’en était écartée" (huitième édition, 1932-35). C’est dans le Trésor de la langue française (1971-94) que le sens religieux de bercail est exposé le plus clairement : "au figuré, religion (par allusion à la parabole du Bon Pasteur), sein de l’Église où les fidèles trouvent sûreté et paix, hors duquel ils sont égarés". Exemples : "demeurer au ou dans le bercail ; déserter le bercail ; rentrer, retour, revenir au bercail ; ramener au bercail une brebis égarée, retirer un hérétique de ses erreurs, un chrétien de ses désordres, les ramener à la pratique de la vraie religion, à une conduite pieuse dont ils s’étaient écartés", comme dans cet extrait de Chateaubriand : "Dieu ne défend pas les routes fleuries, quand elles servent à revenir à lui, et ce n’est pas toujours par les sentiers rudes et sublimes de la montagne, que la brebis égarée retourne au bercail" (Génie du Christianisme, 1803).

Le phénomène, constaté dans l’évolution sémantique d’un grand nombre de mots de la théologie, tels militant, manifestation, révélation, création, organiser, animation, etc. qui ont perdu leur sens religieux ou dont le sens religieux s’est affaibli, et qui ne sont plus employés que dans un sens social ou politique ou culturel ou socioculturel, affecte aussi bercail. Sur le sens religieux, qui ne disparaît pas tout à fait, se greffe un sens social, que les académiciens sont les premiers à noter dans la sixième édition de leur Dictionnaire : "on dit dans un sens analogue revenir, rentrer au bercail", le bercail en question n’étant pas l’Eglise, mais la famille ou le groupe naturel (1832-35, 1932-35). Littré est plus radical que les académiciens : il ne relève même pas le sens religieux ou, plus exactement, il l’inclut dans le seul sens moral et social : "figuré, ramener au bercail une brebis égarée, retirer quelqu’un de ses erreurs ou de ses désordres. Rentrer au bercail, revenir au bien" (Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

Les auteurs du Trésor de la langue française notent que, de la religion, le sens figuré s’étend à la politique, comme dans cet extrait de Chateaubriand ("journaux censurés, feuilles indépendantes, tout est devenu ministériel : la brebis égarée retourne au bercail"), et à la société ("par extension, familier, entourage matériel et moral d’une personne : famille, foyer, maison, pays natal"), comme dans cet extrait de Beauvoir : "je ne sais quelles péripéties ramenaient au bercail une créature meurtrie que son époux accueillait avec bonté " (1958). Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française, bercail n’a plus d’emploi que figuré. De la religion ("ramener au bercail une brebis égarée, ramener à la religion une personne qui s’en était écartée"), il s’étend par analogie à la famille : "le sein de la famille, la maison paternelle, s’échapper du bercail, le retour au bercail".

 

 

 

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