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14 janvier 2008

Investissement

 

 

 

 

Dérivé du verbe investir, le nom investissement est enregistré dans la première édition du Dictionnaire de Trévoux en 1704 au seul sens "d’action d’investir une place forte" et dans le Dictionnaire de l’Académie française, à compter de 1718 (deuxième édition), au seul sens "d’action d’investir une place, une ville pour l’assiéger" ("l’investissement de la place a été fait promptement, à propos, etc.", 1762, 1798, 1832-35, 1932-35). Les encyclopédistes (1751-65) le définissent ainsi : "investissement, dans l’art militaire, c’est l’action d’entourer une place de troupes pour se préparer à en faire le siége dans les formes". Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) reprend ces définitions : "action d’investir une place, une ville, une maison, c’est-à-dire de les entourer et d’en couper toutes les communications".

 

Les sens modernes (financier et psychique) sont très récents. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), trois homonymes investissement sont distingués et sont définis dans trois articles successifs. Le sens militaire est défini ainsi : "manœuvre stratégique qui consiste à investir l’ennemi ou une position militaire ; résultat de cette action". Les synonymes en sont blocus, siège, encerclement et les antonymes débloquement, levée du blocus. Ce sens militaire a suscité, par métaphore (en fait, c’est le renouvellement de la métaphore, usée à force d’avoir trop servi, de la femme comme place forte à prendre d’assaut), un sens figuré, glosé ainsi dans le Trésor : "manœuvre d’approche et d’enveloppement pour dominer quelqu’un, capter sa confiance ou le séduire", comme dans cet extrait de Duhamel : "il avait, pendant des mois, pendant des années, poursuivi la plus savante et la plus insinuante des cours. Le succès brusque, inopiné, presque déroutant pour lui, de ce long investissement l’avait jeté, les premiers mois, dans de violents transports d’orgueil" (1938).

Le sens financier est attesté pour la première fois en 1924. Dans le Trésor de la langue française, c’est le deuxième homonyme, ainsi défini : "action d’investir des capitaux dans un secteur économique" et "par métonymie, au pluriel, les capitaux investis" (exemples : "investissements étrangers, de longue durée, nationaux, privés, publics, productifs").

Le troisième homonyme est apparu en psychanalyse en 1949 ; de là, il s’est étendu à tout ce qui est psy et soc – c’est-à-dire à presque tout. C’est la traduction mot à mot de l’allemand Besetzung, signifiant "action d’occuper militairement un lieu, une ville, un pays" (action dont les Allemands ont été coutumiers pendant deux siècles) et qui a été employé au figuré par Freud en 1895. Il est défini ainsi dans le Trésor de la langue française : "fixation d’une énergie affective sur un objet qui se trouve ainsi chargé d’une signification particulière pour le sujet". L’investissement peut être conscient ou inconscient ; quoi qu’il soit, il est toujours, comme l’indique son origine martiale, plein d’énergie, comme dans cet extrait délicieux, qu’on ne peut lire qu’ironiquement : "ce processus d’investissement de l’idéal du moi par la libido narcissique" (1950).

 

Dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire, les académiciens montrent plus de bon sens que les savants lexicographes du Trésor de la langue française, quand ils tiennent investissement pour un mot polysémique (il a trois sens) plutôt que comme trois homonymes. Ce sont le sens militaire ("action d’investir une place, une ville ; le résultat de cette action"), le sens financier ("placement de fonds en vue d’obtenir des revenus ; affectation de ressources financières à l’acquisition de biens nécessaires à la création ou au développement des moyens de production d’une entreprise ; par métonymie, les fonds ainsi investis ; les moyens de production ainsi créés") ; le sens psychiatrique ("fixation d’intérêt affectif et d’énergie psychique sur un objet, une représentation, etc."). En ne répartissant pas ces trois sens dans trois entrées homonymiques, c’est-à-dire en conservant à investissement sa cohérence sémantique, les académiciens font apparaître deux lois qui régissent le monde moderne : 1) l’économie ou la finance est la guerre continuée par d’autres moyens ; 2) le psychisme moderne est un champ de bataille où se livrent en permanence les guerres de tous contre tous et de soi contre tous les autres.

 

 

 

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