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28 janvier 2008

Désinvolte

 

 

L’adjectif italien disinvolto (attesté en 1618), dont est emprunté désinvolte, est, si l’on en croit les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), emprunté de l’espagnol desenvuelto (attesté en 1495) qui est la forme de participe passé du verbe desenvolver "développer" et, selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), un adjectif formé par dérivation (à l’adjectif involto, "enveloppé" ou "embarrassé", serait ajouté le préfixe négatif dis), qui signifie "qui n’est pas enveloppé, qui est dégagé". La bonne étymologie est la première ; en revanche, la seconde en dit plus long sur le sens "favorable" de désinvolte.

C’est en 1677 chez Mme de Sévigné ("les Espagnols appellent cela desembuelto ; ce mot me plaît") et en 1740 chez Saint-Simon (in Mémoires), au sens de "d’allure libre et dégagée", que ce mot est attesté en français ; il est enregistré deux siècles plus tard dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré et dans le même sens positif que celui qu’y donnent Mme de Sévigné et Saint-Simon : "qui est à l’aise, sans embarras ni gêne, dégagé, alerte". Le sens est illustré d’extraits de Saint-Simon ("en la place de Rosen, le roi mit Artagnan, homme désinvolte, et qui n’entendait pas moins bien les souterrains de la cour") et de Voltaire ("après toutes les scènes de carnage dont il venait d’être témoin, Birton était aussi gai et aussi désinvolte que s’il était revenu de la comédie" ; "ne suis-je pas un grand politique ? et cette politique n’est-elle pas très désinvolte ?"). Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), c’est le même seul sens positif qui est exposé : "qui est dégagé dans ses mouvements et aussi dans sa manière d’être"  (exemple : "il est désinvolte malgré son âge").

Le sens défavorable est moderne et s’il n’élimine pas le sens premier et positif ("qui est étonnamment dégagé dans ses mouvements", Trésor de la langue française : "Yann, vigilant et alerte, (...) l’allure désinvolte comme qui n’a pas de soucis", Loti, Pêcheurs d’Islande, 1886), il tend à l’effacer peu à peu. Les auteurs du Trésor de la langue française glosent ainsi ce sens moderne : "en parlant d’une personne, de ses attitudes, de ses manières, etc., péjoratif, qui montre une liberté excessive, voire inconvenante". Les deux sens sont enfin exposés par les académiciens dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire : "qui est dégagé, souple dans ses mouvements, son allure" et "qui manifeste une liberté excessive ; impertinent, sans-gêne".

L’extrait cité dans le Trésor de la langue française (Mme de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958 : "exubérant, désinvolte, insolent, au collège il lui arrivait souvent de chahuter") et le contexte scolaire dans lequel désinvolte est employé (Mme de Beauvoir était professeur) laissent penser que cet adjectif a pris un sens négatif à l’école. Les écoliers et collégiens étant censés ne jamais bouger et garder la tête basse ou l’échine courbe, les "enseignants" en ont abusé pour fustiger les élèves qui leur paraissent trop libres, non seulement dans leur allure ou façon de se tenir, mais dans leur travail – crime suprême aux yeux de la caste pédagogique.

 

 

 

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