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29 janvier 2008

Antiquaire

 

 

En latin, un antiquarius est un "copiste". Le nom désigne aussi chez Tacite un "partisan de l’antiquité". Antiquaire, qui en est emprunté, est attesté une seule fois au XIIe siècle dans le sens latin de "copiste, glossateur" ; à partir de la fin du XVIe siècle, il est d’un usage assez courant pour désigner celui qui "s’applique à l’étude des œuvres de l’Antiquité", comme dans cet exemple : "c’est l’opinion des meilleurs antiquaires que le Querolus de Plaute et plusieurs autres comédies sont péries par l’injure du temps".

Dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées de 1694 (première édition) à 1878 (septième édition), il est relevé avec un autre sens. C’est un "savant dans la connaissance des antiques (ou des vestiges) et qui en est curieux" (1694 : "il est devenu antiquaire, c’est un grand antiquaire") ; "celui qui est savant dans la connaissance des monuments antiques, comme statues, médailles, etc."  (1762, 1798, 1832-35 : "tous les antiquaires conviennent que cette médaille est fausse"). Dans la sixième édition (1832-35), les académiciens notent un changement important de désignation : "on substitue ordinairement aujourd’hui le nom d’archéologue à celui d’antiquaire". Le nom archéologue présente deux avantages sur antiquaire : formé de deux éléments grecs, il fait plus savant qu’antiquaire, qui n’est que latin, et il est récent, étant attesté pour la première fois en 1812.

En quelques siècles, le nom a désigné des personnes ayant des activités différentes, comme le constatent les auteurs de L’Encyclopédie (1751-65). Ils complètent la définition ("personne qui s’occupe de la recherche et de l’étude des monuments de l’antiquité, comme les anciennes médailles, les livres, les statues, les sculptures, les inscriptions, en un mot ce qui peut lui donner des lumières à ce sujet") par cette remarque : "autrefois il y avait différentes autres espèces d’antiquaires : les libraires ou les copistes, c’est-à-dire eux qui transcrivaient en caractères beaux et lisibles ce qui avait auparavant été seulement écrit en notes, s’appelaient antiquaires. Ils furent aussi dénommés calligraphes". Même les guides étaient nommés antiquaires : "dans les principales villes de la Grèce et de l’Italie, il y avait d’autres personnes distinguées que l’on appelait antiquaires, et dont la fonction était de montrer les antiquités de la ville aux étrangers, de leur expliquer les inscriptions anciennes, et de les assister de tout leur pouvoir dans ce genre d’érudition".

Quant à Jean-François Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), il réserve le nom antiquaire aux "savants curieux en médailles, bustes, statues, inscriptions, manuscrits, antiques" et il critique l’usage que Ménage, ce savant du XVIIe siècle, fait du nom antiquaire, y donnant le sens que le mot avait au XVIe siècle : "celui qui s’applique à l’étude des œuvres de l’antiquité". Ainsi, "Ménage applique ce mot à gens attachés aux anciennes méthodes dans les belles-lettres", comme dans cet exemple : "le cardinal du Perron, Bertaut, Desportes et Malherbe ont été les premiers qui ont ordinairement observé de ne point mettre en vers des mots, finissant par une voyelle masculine, devant des mots qui commencent par une voyelle (ce qu’on appelle des hiatus), ce qui fait une des grandes beautés de notre poésie. Je sais que cette règle n’est pas approuvée par quelques antiquaires". La sentence de Féraud est tranchée : "le mot est impropre" et il ajoute : "certainement les vrais antiquaires de ce temps-là se mettaient fort peu en peine des innovations bonnes ou mauvaises qu’on faisait en poésie" (et pour cause : ils n’étudiaient que les monuments, les statues ou les médailles). Féraud épingle un autre emploi d’antiquaire, qu’il a lu dans une histoire de l’Angleterre au sens de "savants appliqués aux recherches des lois, usages et coutumes antiques" et qui transpose selon lui le mot anglais antiquary, comme dans cet exemple : "quelques antiquaires ont pensé que ces compensations (en argent) n’avoient lieu que pour le meurtre volontaire". La conclusion de Féraud est nette : "c’est évidemment un anglicisme, une traduction trop littérale du mot anglais antiquary, employé par M. Hume".

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) réussit à unir le sens de "philologue" et celui "d’archéologue" ou la définition d’antiquaire en usage au XVIe siècle (et l’emploi qu’en fait Ménage) et la définition classique ("celui qui est savant dans la connaissance des monuments antiques, comme statues, médailles, etc."). L'antiquaire étudie aussi les textes anciens : c’est "celui qui s’applique à l’étude de l’antiquité, en expliquant les anciennes médailles, les inscriptions, l’usage et la forme des vases et des instruments antiques, en restituant les vieux manuscrits, et cherchant d’autres lumières qui puissent jeter du jour sur l’histoire et les usages des anciens temps". L’antiquaire est donc philologue, épigraphiste et archéologue. Dans la langue du Moyen Age, en paléographie, c’était aussi "un copiste qui écrivait en lettres capitales antiques".

 

C’est à la fin du XIXe siècle, en 1890, qu’antiquaire est attesté dans le sens moderne de "marchand d’objets anciens", sous l’influence de l’allemand Antiquar, "marchand d’antiquités, bouquiniste". C’est ce seul sens qui est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française (huitième édition, 1932-35) : "celui, celle qui recherche pour les vendre des objets anciens". L’exemple qui l’illustre est éloquent : "le nombre des magasins d’antiquaires croît chaque jour". C’est donc au début du XXe siècle que les bourgeois français se sont pris de passion pour les objets anciens – sans doute pour donner à leur lignée une ancienneté dont elle était dépourvue. Les académiciens ajoutent : "antiquaire désignait autrefois celui qui s’adonnait à l’étude des objets antiques : on dit ordinairement aujourd’hui archéologue".

Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) mentionnent comme vieilli le sens qu’a eu antiquaire pendant au moins trois siècles : "savant qui se livre à l’étude des monuments, des objets d’art ainsi que des inscriptions et des manuscrits antiques" (à la fois archéologue, épigraphiste et philologue), tandis que les académiciens (neuvième édition, en cours de publication) le jugent très vieilli au sens de "personne qui étudie les objets, les œuvres d’art et les civilisations antiques" ("la Société des antiquaires de France"), précisant : "on dit aujourd’hui archéologue".

En un siècle et demi, les humanités ont évolué. Elles étaient affaire de curiosité, de culture, d'honnêteté; elles deviennent de la science ou elles croient être des sciences. De fait, les noms qui désignent les savants se font grecs, comme les entomologistes, les physiciens, les chmistes, les  mathématiciens, etc. Ils ne sont plus antiquaires, mais archéologues, épigraphistes, philologues.

 

Commentaires

normal!

les femmes de " ménage" devenues
techniciennes de Surface ( ou surfaceS ? )

les véreux devenus "politiciens " ( techniciens de la Polis ??? ) , avec "études " à Science Po & ENA ! rien que çà

les antiquaires se devaient d' être archéologues

Écrit par : amédée | 31 janvier 2008

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