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06 février 2008

Blocus

 

 

Emprunté du néerlandais blochuus, qui correspond à l’allemand Blockhaus, le mot blocus est attesté dans le français de Wallonie en 1350 au sens de "maison de madriers", puis en 1376 au sens de "fortin élevé par les assiégeants" ; en 1663, il prend son sens moderne : "investissement (cf. la note consacrée à ce mot) par lequel tout accès à une ville, à un port, à un camp assiégé est ôté".

C’est dans ce sens qu’il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française, dès la première édition : "campement d’une armée sur les avenues (les endroits par lesquels on y arrive) d’une place pour empêcher qu’il n’y puisse entrer aucun secours d’hommes ni de vivres" ; "faire le blocus d’une place, ce n’est pas un siège ; convertir le siège en blocus" (1694, 1762) ; "disposition d’une armée ou d’un corps de troupes sur les avenues d’une place, pour empêcher qu’il n’y puisse entrer aucun secours d’hommes ni de vivres" (1798) ; "terme de guerre ; investissement par lequel on bloque une ville, un port, un camp, pour qu’il n’y puisse entrer aucun secours d’hommes ni de vivres" (1832-35).

L’article de L’Encyclopédie (1751-65) décrit la stratégie d’art militaire qu’est le blocus. C’est la "manière d’assiéger une place qu’on veut prendre par famine, en bouchant tous les passages, et se saisissant de toutes les avenues, de façon qu’aucun renfort, ni provisions, ni autre chose, ne puissent passer (…) Le blocus n’est point un siège régulier ; car on n’y fait pas d’attaque, et on n’ouvre pas de tranchée : c’est la cavalerie qui forme le blocus (…) L’objet du blocus est d’obliger ceux qui sont enfermés dans une ville de consommer toutes leurs provisions de bouche, pour les contraindre de se rendre, faute de subsistance. On voit par là qu’un blocus doit être fort long, lorsqu’une place est bien munie : aussi ne prend-on guère le parti de réduire une place par ce moyen qu’on ne soit informé que ses magasins sont dégarnis, ou bien lorsque la nature et la situation de la place ne permettent pas d’en approcher pour faire les attaques à l’ordinaire".

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier à illustrer le sens de blocus par un exemple tiré des guerres que Napoléon a déclarées à l’Europe : "état de blocus, défense d’entrer sur un territoire ; Napoléon déclara les îles Britanniques en état de blocus", exemple que les académiciens citent, dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire, sous le nom de blocus continental ou "système d’exclusion générale par lequel Napoléon voulait interdire à l’Angleterre tout accès sur le continent européen : il fut décrété par l’Empereur le 21 novembre 1806" (1859).

 

La seule extension de blocus hors du domaine de la guerre est attestée dans un contexte psychologique, à dire vrai incompréhensible, chez Jankélévitch : "si la double inconscience immobilise les partenaires dans le blocus d’une fausse relation, et si la conscience unilatérale déverrouille ce blocus, la double conscience, elle, doit être considérée comme jeu dialectique infini" (1957). De toute évidence, c’est blocage qu’aurait dû écrire Jankélévitch.

 

A la différence de nombreux termes désignant des actes agressifs (lutte, combat, guerre, affrontement, stratégie, etc.), blocus n’a pas quitté le domaine de la guerre pour désigner des réalités sociales. Il est vrai qu’il a été devancé dans ce transfert par blocage, terme de maçonnerie, dont le sens premier "action de former un bloc" a été recouvert par celui de "blocus". Les voies ferrées, les routes, les universités, etc. dont l’accès est interdit ne subissent pas un blocage, mais un blocus. Si ce dernier terme était employé, cela accréditerait la thèse de la guerre sociale, c’est-à-dire de la guerre de quelques-uns contre tous, réalité que les autruches de France ne veulent pas voir. Le blocus a beau être économique (dans quelque cas), il n’en reste pas moins un acte de guerre, comme l’attestent les académiciens (neuvième édition, en cours de publication) : "ensemble de mesures visant à interdire toutes les relations commerciales entre un pays et le reste du monde : le blocus économique est un moyen de pression ou de rétorsion à l’égard d’un État dont on juge qu’il a enfreint les conventions internationales". Le monde actuel étant, depuis trois ou quatre décennies, celui du commerce généralisé, dit aussi mondialisation, le blocus économique est si rare que les journalistes, du moins les thuriféraires de Castro (il s’agit de faire pleurer les chaumières sur les malheurs supposés de Cuba), nomment blocus ce qui n’est qu’un embargo : les Américains ont décidé de ne plus avoir de relations commerciales avec Castro, ce qui n’empêche pas tous les autres pays de commercer autant qu’ils le veulent avec Cuba.

 

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