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20 février 2008

Intérim

 

 

 

En latin, interim est un adverbe. Il se traduit par "pendant ce temps-là, dans l’intervalle, cependant, pendant un moment" (Dictionnaire latin français, Félix Gaffiot, 1934). Au début du XVe siècle, il est attesté comme un nom commun dans le sens "d’intervalle de temps pendant lequel une fonction est vacante" et en 1690, Furetière, dans son Dictionnaire universel, enregistre le groupe prépositionnel par intérim.

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (première, quatrième, cinquième, sixième éditions, 1694, 1762, 1798, 1832-35), il est défini ainsi : "mot purement latin ("mot emprunté du latin", 1762), qu’on emploie quelquefois pour dire l’entre-temps" (ou "intervalle de temps entre deux actions", Dictionnaire de l’Académie française, 1694 et 1762). Les mêmes exemples se répètent d’une édition à l’autre ("après la mort du vice-roi de ..., un tel gouverna pendant l’intérim, par intérim, dans l’intérim"), dont celui de l’Intérim accordé par Charles Quint pour tenter d’arrêter les guerres de religion en Allemagne : "l’empereur Charles-Quint pour pacifier les troubles de la religion en Allemagne accorda un intérim". La phrase a un sens plutôt obscur pour qui ignore l’événement. Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) prend soin de l’exposer : "intérim n’est substantif (ce qui est inexact) que quand on parle d’un règlement fait par Charles Quint sur les matières controversées entre les protestants et les catholiques, en attendant les décisions du Concile ; on l’emploie ordinairement d’une manière adverbiale". Féraud cite l’exemple "il arriva dans l’intérim que, etc." qui montre que l’intérim n’est pas un adverbe, mais un nom.

Dans la sixième édition (1832-35) de leur Dictionnaire, les académiciens s’efforcent enfin d’expliquer en quoi a consisté cet Intérim : "le mot se dit aussi, dans l’histoire ecclésiastique, d’un formulaire que Charles-Quint avait fait dresser, en trente-six articles, sur les matières de foi, pour pacifier les troubles de la religion en Allemagne, et dont l’autorité ne devait durer que jusqu’à la décision d’un concile général sur les mêmes matières". Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) apporte des éclaircissements à ce "formulaire" de Charles Quint : "intérim, suivant l’Académie, s’écrit avec un i minuscule quand on le nomme avec qualification (en réalité, quand intérim est un nom commun) ; avec un i majuscule quand on le nomme sans qualification (c’est-à-dire quand il désigne le formulaire de Charles Quint). L’Intérim permettait le mariage des prêtres et la communion sous les deux espèces".

Contrairement à ce qu’affirme Féraud en 1788, intérim est fréquemment employé comme nom. L’attestent les exemples qui illustrent la définition "entre-temps" du Dictionnaire de l’Académie française (sixième édition, 1832-35) : "six mois s’écoulèrent avant que le vice-roi fût remplacé ; un tel gouverna dans l’intérim, par intérim ; administrer par intérim ; il a le portefeuille de la guerre par intérim", le sens historique (intérim désignant le formulaire de Charles Quint) n’étant qu’un emploi particulier du sens général "d’entre-temps".

Le mot désignait un intervalle de temps : il désigne aussi une action accomplie pendant cet intervalle : "action de gouverner, d’administrer par intérim", comme dans l’exemple "le préfet est absent ; tel conseiller fait l’intérim, est chargé de l’intérim", sens que Littré expose ainsi : "action de gouverner, d’administrer, de remplir une fonction pendant l’entre-temps, c’est-à-dire dans le temps où le gouverneur, l’administrateur, le fonctionnaire est absent".

C’est à partir de cet emploi administratif que se développe dans la langue moderne le sens social d’intérim. Ce n’est plus seulement un intervalle de temps, c’est aussi une "fonction, une charge exercée par intérim" ("assurer l’intérim de quelqu’un") et, en économie, c’est "un travail dont la durée est limitée et fixée par contrat". Les choses étant ce qu’elles sont dans notre pays, la multiplication des contrats d’intérim a provoqué l’apparition de sociétés de service qui sont chargées de fournir aux entreprises la main d’œuvre dont elles ont besoin temporairement : ce sont les agences d’intérim ou "organismes mettant en rapport les entreprises ayant besoin de personnels temporaires et les demandeurs d’emploi" : aujourd’hui, la définition de ces "agences" serait sans doute différente, tant la situation dans l’intérim de trente ans a empiré. Le synonyme en est entreprise de travail temporaire : "en 1980, près de quatre mille agences d’intérim ont fourni un travail temporaire à plus d’un million de personnes. La crise n’explique pas tout : les entreprises y trouvent plus d’un avantage", écrit un journaliste du journal très bien pensant Le Monde en février 1981.

Dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire, les académiciens ne citent ni l’exemple des agences d’intérim, ni celui des contrats d’intérim pour illustrer le sens d’intérim. L’intérim ou le travail intérimaire est sans doute un des phénomènes les plus visibles et les plus inquiétants de la France actuelle ; pourtant, il n’a pas d’exemple verbal dans un grand dictionnaire de la langue française, lequel se contente de définir le sens "intervalle de temps pendant lequel une fonction, laissée vacante par son titulaire, est assurée par une autre personne" et "fonction exercée pendant ce temps".

 

Commentaires

- COPIE COLLé

La France en route vers une crise de régime d'ici l'automne 2008
La situation politique intérieure française se dégrade très rapidement, tant sur le front politique qu'en matière économique ou financière. Pour LEAP/E2020, cette situation va déboucher sur une crise politique très grave, une crise de régime, remettant en cause le fonctionnement même du système politico-institutionnel français et générant d'importants troubles sociaux… (page 17)

Écrit par : amédée | 22 février 2008

Peut-on parler d'une direction intérimaire?

Il a signé è titre de Directeur général par intérim ou de Directeur général intérimaire?

Écrit par : Normand Choiniere | 19 mars 2008

Personnellement, je n'emploierai pas "direction intérimaire"; je dirai simplement "directeur par intérim".

Écrit par : Arouet Le Jeune | 20 mars 2008

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