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22 février 2008

Ludique

Ludique, ludisme

 

 

Voilà deux mots familiers aux modernes et qui, de ce fait, paraissent aller de soi, comme s’ils étaient dans la langue depuis la nuit des temps. Il n’en est rien. Ces mots sont aussi modernes par leur sens et par la date à laquelle ils sont attestés pour la première fois : ludique en 1910 et ludisme en 1940. Ce sont des mots de philosophe. Ludique est employé en 1910 dans une étude portant sur "le vocabulaire technique et critique de la philosophie" publiée dans le Bulletin de la Société française de philosophie ; ludisme en 1940 sous la plume de Sartre dans L’imaginaire (sous-titre : "psychologie phénoménologique de la perception" - rien que ça !). Ils sont de philosophes, savants et artificiels. Ce sont, en quelque manière, des mots de logothète - c’est-à-dire de législateurs de langue. Si le peuple ou le système de la langue les avait fabriqués, ils auraient été joueur ou joueux ou jouique ou jeueux ou jeuique. Seuls des instruits ont pu fabriquer des mots suivant un processus pareil. Il faut connaître le latin et savoir qu’en latin jeu se dit ludus. Ces conditions ne sont pas suffisantes. Il faut aussi ajouter à cette base latine (lud) le suffixe français – ique, signifiant "relatif à" ou "propre à" ; et, pour fabriquer ce mot chimère ou hybride, il faut de cette audace qui vous fait jeter tout scrupule par-dessus les moulins.

La philosophie se transformant au XXe siècle en science sociale et fort inhumaine, c’est-à-dire en science par excellence, celle qui subsume toutes les sciences ou qui place toutes les sciences sous sa coupe, ludique d’abord, ludisme ensuite, sont sortis du vocabulaire étroit de la philosophie pour coloniser la société. Cela s’est fait d’autant plus facilement que le jeu, dans une société de loisirs et où les loisirs sont consommés avec la même gloutonnerie que le foie gras de canard, est devenu un des horizons indépassables de la France actuelle : on apprend en jouant et par le jeu, on travaille en jouant ou on joue en travaillant, on se libère de ses névroses (supposées ou réelles, peu importe) en jouant ou par le jeu, les jeux de hasard sont devenus une des activités économiques les plus rentables qui soient, etc. : en bref le principe de plaisir ou principe ludique ayant évacué le principe de réalité, cette mutation a ouvert à ludique et à ludisme un immense champ d’emplois, qui est en partie encore inexploité.

Alors que les académiciens dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire ne définissent qu’un seul sens, qu’ils expédient en une courte phrase : "qui a rapport au jeu" ("activités ludiques"), les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en distinguent deux : le sens technique, propre aux sciences humaines et sociales, sur lequel ils s’étendent assez longuement, et le même sens que celui que définissent les académiciens, mais qu’ils présentent comme une extension du sens philosophique : "relatif au jeu, qui en a les caractéristiques". La définition de ludique dans le Trésor de la langue française est un condensé, tant par sa forme hâbleuse (mots sérieux, définition d’encyclopédie : c’est une notion qui est exposée) que par son contenu, de cette logorrhée moderne tout entière façonnée par la grande religion sociale, dont le clergé est formé, entre autres corporations, de linguistes savants et d’éminents lexicographes : "qui concerne le jeu en tant que secteur d’activité dont la motivation n’est pas l’action efficace sur la réalité mais la libre expression des tendances instinctives, sans aucun contrôle d’efficacité pragmatique". Tous ces mots sont des signaux d’adhésion aux croyances modernes : qui concerne (pour "relatif à"), en tant que, secteur d’activité, action efficace sur la réalité (que serait une action "inefficace" ? Rien), libre expression (mots fétiches du pédagogisme triomphant), tendances instinctives, sans contrôle, efficacité pragmatique. Les exemples qui illustrent ce "sens" sont de la même eau : "la conscience artistique semble réaliser un équilibre tourmenté et qualitativement unique entre les tendances introversives, ludiques, spectaculaires et le goût de la réalisation" (Mounier, 1946) ; "le symbolisme ludique peut (...) arriver à remplir la fonction de ce que serait pour un adulte le langage intérieur, mais (...) l’enfant a besoin d’un symbolisme plus direct qui lui permette de revivre cet événement" (Piaget, 1966).

Cet adjectif sert à désigner aussi de ces constructions intellectuelles qui sont, comme les châteaux en Espagne, bâties sur du sable et qui disparaissent à la première marée. La théorie ludique du mensonge "explique les écarts de l’imagination des enfants par leur tendance à jouer" (1968, date éloquente : ce serait perdre son temps que de s’interroger sur le sens de "les écarts de l’imagination") et l’activité ludique est "l’activité dont la motivation est l’assimilation du réel au moi et qui permet au jeune enfant d’assurer son équilibre affectif et intellectuel", comme dans ces extraits : "chez l’adolescent et l’adulte, l’activité ludique peut persister ou reparaître chaque fois que la maturation de l’esprit est insuffisante (...), chaque fois que l’équilibre psychique s’établit mal" (1960) et "on a pu appliquer au jeu la définition que Kant a donnée de l’art : "une finalité sans fin", une réalisation qui ne tend à rien réaliser que soi (...). Avec cette définition concorde la distinction que Janet a faite entre l’activité réaliste ou pratique et l’activité ludique ou activité de jeu" (Wallon, celui du Plan, L’évolution psychologique de l’enfant, 1941 : date éloquente aussi). Les noms que ludique qualifie fréquemment révèlent aussi clairement que les définitions ci-dessus le lien qu’a cet adjectif avec toute la verroterie religieuse des sciences sociales : ce sont, d’après les auteurs du Trésor de la langue française, assimilation, attitude, caractère, conduite, domaine, élément, esprit, invention, manifestation, pensée, structure, tendance.

 

 

A la différence de ludique, ludisme n’est pas enregistré dans la neuvième édition (en cours de publication) du Dictionnaire de l’Académie française. Est-ce un oubli ? Ou bien les académiciens ont-ils jugé que le mot était trop rarement employé ? On ne sait. En revanche, il est enregistré dans le Trésor de la langue française et assigné comme ludique au domaine de la philosophie et des sciences humaines. La définition est expédiée en une courte phrase : "attitude de jeu (qu’est-ce qu’une attitude de jeu ?) ; activité, comportement de jeu". Elle est illustrée d’un extrait de Sartre qui a fabriqué ludisme et qui, conscient d’employer un néologisme, l’emploie entre guillemets : "rien de tout cela ni ses sursauts, ni ses cris quand on lui touche le membre qu’il croit malade n’est joué, au sens absolu du mot, c’est-à-dire qu’il ne s’agit ni de "ludisme" ni de mythomanie" (L’imaginaire, 1940). Avec un peu de retard, ayant été fabriqué trente ans après ludique, ludisme connaît un grand succès social, pour les mêmes raisons que celles qui expliquent le succès de ludique. Dans Les mots dans le vent (Larousse, 1971), ludisme est défini ainsi : "activité déployée dans le jeu, le jeu lui-même, en général dans un certain langage de psychologues" et illustrée d’un extrait du Dictionnaire de la psychologie (Larousse) : "certains auteurs distinguent le jeu du ludisme ; ils groupent sous ce dernier vocable les activités solitaires, gratuites, telles que la résolution de mots croisés". Le jeu serait social, le ludisme asocial !?!? Laissons aux psychologues leur psychologie de pacotille. Le succès de ludisme, "mot dans le vent" selon les gens de chez Larousse, s’exprime aussi dans les mots qui en sont dérivés : ludothérapie ou "thérapeutique par le jeu" et ludothèque : "organisme prêtant des jouets moyennant une redevance", comme dans cet extrait de La tribune de Genève : "les adultes ont leur bibliothèque, leur discothèque : pourquoi les enfants n’auraient-ils pas leur ludothèque ?". Et pourquoi pas l’inverse, puisque, comme le dit le sapeur Camembert, tout est dans tout et inversement ?

 

 

Commentaires

RIEN A ATTENDRE DU SARKOME !

http://www.quebecoislibre.org/08/080210-3.htm


NUISANCES

AUTORITé ( s)

NEPOTISME FILIISME ???? NEUILLISME ????

KOUCHNEROCKRENTISME ???

Ce monsieur De Neuilly me rappelle de plus en plus
le " principe de PETER "
postulat humoristique et fréquemment vrai .

Toute organisation bureaucratique fait monter ses membres , employés ...

jusqu ' à leur
NIVEAU D INCOMPETENCE

les bases sont d'ailleurs exactes
- l'aptitude à se faire élir ( ce que j 'avais prévu )
- mensonge , corruption, fausseté , troubles divers de
personnalité

- est distincte de l 'aptitude à tenir et diriger .

Écrit par : Amédée | 22 février 2008

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