Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23 février 2008

Maintenance

 

 

Dérivé du verbe maintenir; le nom maintenance est attesté en ancien français, dans la seconde moitié du XIIe siècle, au sens de "protection, soutien" et, au XVe siècle, au sens "d’action de conserver une possession". Rabelais l’emploie dans Pantagruel : "Seigneur Dieu, ôte moi de ce tourment auquel ces traîtres chiens me détiennent pour la maintenance de ta loi" ; puis il semble que maintenance tombe en désuétude.

Nicot (Trésor de la langue française, 1606) l’enregistre, sans le définir, se contenant de l’illustrer de cet exemple : "sans la maintenance et gouvernement de Dieu, toutes choses seraient en un moment réduites à néant", dans lequel maintenance signifie sans doute "protection" ou "puissance". En revanche, les académiciens ne l’enregistrent dans aucune des éditions publiées de leur Dictionnaire entre 1694 et 1932-35. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) se contente, au lieu de le définir, d’en décomposer la formation : "action de maintenir". Deux vers du XIIIe siècle illustrent le sens ancien de "puissance" : "Jà de votre maintenance, Amour, ne me quiers ôter", que l’on peut traduire ainsi : "jamais je ne veux m’ôter de votre puissance, Amour". Dans le Supplément à son dictionnaire (1877), Littré relève un emploi juridique : "action de maintenir une propriété territoriale en bon état" (exemple tiré du Dauphiné : "la maintenance de ces terres n’est pas chère").

 

En fait, c’est pendant la Seconde Guerre mondiale que maintenance a ressuscité, grâce aux Américains qui, quand ils ont débarqué avec leurs chars, leurs camions, leurs armes, etc., ont ramené en France le vieux mot maintenance, au sens "d’activité qui a pour objet de maintenir en état d’opérer une flotte, une armée", comme le définissent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), l’illustrant de cet exemple : "la maintenance de la force de frappe". Le vieux mot entretien a été balayé par cette concurrence venue d'outre-Atlantique. Par métonymie, maintenance désigne aussi "l’ensemble des moyens en personnel et en matériel nécessaires pour cette activité ainsi que des œuvres d’entretien, de réparation et de stockage de ce matériel", comme dans cet exemple tiré de l’histoire récente : "la 2e D.B. dépendait presque totalement, pour son armement comme son habillement, de la maintenance américaine" (1961).

De l’armée américaine, le mot s’étend aux activités civiles d’entretien de matériel : "action de maintenir en état de fonctionner un parc de véhicules, un appareillage complexe, un système informatique". Les acheteurs signent des "contrats de maintenance" ou ils ont recours aux "services de maintenance" de leurs vendeurs. L’activité n’est pas anodine. En 1962, dans l’industrie aéronautique, "les quatre sixièmes des heures productives sont dévolus à la production de série alors qu’un sixième est réservé aux études et prototypes et un sixième aux réparations et à la maintenance".

Dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication), maintenance est enregistré, mais seul le sens moderne est défini : "ensemble des actions qui ont pour but de maintenir en état le matériel d’une force armée" et "par extension, ensemble des opérations d’entretien permettant de maintenir un appareil ou un ensemble d’appareils, un véhicule, un navire en état de fonctionner normalement" ("maintenance technique ; visites de maintenance ; contrat de maintenance, convention par laquelle le vendeur d’un matériel s’engage, sous certaines conditions, à en assurer l’entretien").

La nouvelle langue française est parfois très ancienne. Dans l'exemple de maintenance, il a suffi de l'arrivée d'un prince charmant pour que la belle endormie sorte de sa désuétude.

 

Commentaires

Maintient et maintenance. Qu'en est-il?

Écrit par : Normand Choiniere | 19 mars 2008

Les commentaires sont fermés.