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24 février 2008

Matraque

 

Matraque, matraquer, matraquage

 

 

Parmi les incomparables bienfaits que la très supérieure (à toutes les autres) civilisation arabe aurait apportés à la langue française, il y a matraque – joyau que les bien parlants en doxa se gardent bien d’exposer, redoutant sans doute que le foudre de l’Inquisition ne frappe la matraque qui eût écorné le mythe. Matraque est récent : il attesté en 1863 au sens de "gros bâton, gourdin". Il est emprunté de l’arabe parlé en Afrique du Nord, où la matraque (que Hugo, en 1866, dans Les Travailleurs de la mer, roman dont le titre sonne comme un discours trotskiste, écrit matrak, sans doute pour faire exotique) est un bâton dont se servent les bédouins pour conduire leurs chameaux.

Littré l’enregistre immédiatement dans son Dictionnaire de la langue française (1863-77), mais il s’abuse sur son origine : "mot espagnol usité en Algérie qui signifie bâton, trique" (1867 : "après avoir failli périr sous les matraques des chameliers qui lui servaient de guides"). Il cite aussi un extrait de la Revue des Deux-Mondes (1877 : "un alphabet, une écritoire et une matraque ou férule percée de trous, les punitions dans les écoles des Philippines se réduisent à quelques coups de matraque dans la main ouverte"), duquel il infère à tort que matraque est un mot espagnol qui a pour sens "férule scolaire". Les académiciens (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-35) ne s’embarrassent pas d’étymologie. Ils se contentent d’établir le sens, en limitant l’usage aux seuls éleveurs ou autres chameliers d’Afrique : "matraque se dit proprement du bâton qui sert de canne aux conducteurs d’animaux en Afrique, et plus généralement d’une trique dont on se sert pour frapper".

 

Le nom a migré. D'Algérie, il s’établit en France. Il n'est rien de plus commun que cette émigration. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) font suivre le sens, "gros bâton servant de canne et éventuellement de trique aux conducteurs d’animaux en Afrique", d’un second, plus familier aux Français : "par analogie, arme contondante assez courte, constituée par un bâton de bois ou de caoutchouc durci souvent alourdi à une de ses extrémités par du fer ou du plomb, utilisée pour frapper quelqu’un et dont sont officiellement munis les policiers". Le mythe de la matraque policière envahit les media, si bien qu’il finit par effacer l’origine de la matraque et que, d’attribut arabe, elle devient, chez le communiste Bloch en 1931, un attribut du fascisme : "pendant que l’Europe riait à ces tours de Scapin, à ces histoires d’huile de ricin, elle n’entendait pas les cris des gens qui mouraient sous la matraque fasciste". Il est vrai que les communistes préfèrent nettoyer à la mitrailleuse les pays qu’ils ont subjugués plutôt que d’utiliser l’archaïque gourdin, lequel, dans l’expression coup de matraque, prend le sens figuré de "prix exagéré" ou "d’addition salée" (synonyme : coup de fusil). Les académiciens, dans leur Dictionnaire (neuvième édition, en cours de publication), relèvent les mêmes sens : "gros bâton qui servait en Afrique du Nord aux chameliers pour conduire leurs bêtes" (pourquoi l’imparfait ?) ; "arme contondante constituée par un bâton de bois ou de caoutchouc dur" ; "coup de matraque, prix excessif (on dit aussi coup de fusil, coup de massue)".

 

 

Le verbe matraquer est récent. Suivant la rubrique "étymologie et histoire" de l’article matraquer (in Trésor de la langue française), le sens figuré "assommer le client par une addition excessive", attesté en 1927, serait antérieur de plus de dix ans au sens propre (attesté en 1939) : "frapper avec une matraque". C’est assez étrange. Il se peut que les dates indiquées soient inexactes. En 1945, chez Mauriac, matraquer prend un sens figuré : "traiter durement, assommer" ; en 1952, il est attesté au sens de "condamner au maximum" et en 1967, dans la langue des communicants (non pas les vases communicants, mais la vase communicante ?), au sens de "soumettre (les auditeurs, les consommateurs, une population entière) à un matraquage publicitaire".

Ces sens sont exposés dans le Trésor de la langue française (1971-94), dans lequel s’exprime une indignation très soixante-huitarde contre les porteurs de matraque, comme l’attestent les exemples : "matraquer des grévistes, des manifestants" ; "camarades lynchés... camarades marins des prisons maritimes... camarades emprisonnés... camarades indochinois de Poulo Condor... camarades matraqués... Camarades... camarades... C’est pour ses camarades qu’il veut gueuler le veilleur de nuit pour ses camarades de toutes les couleurs de tous les pays " (Prévert, 1946 : les seuls dont le sort tragique ne provoque pas la compassion du très bien pensant Prévert sont les dizaines de millions de victimes des camarades). Dans le commerce, matraquer signifie "imposer des prix considérés comme excessifs" et "baisser fortement les prix lors des soldes" ("de très grandes surfaces (...) n’hésitent pas à vendre des produits de très grande consommation, comme les lessives, à des marges nulles ou voisines de zéro, la vente à perte étant interdite. C’est cela qu’on appelle casser, écraser ou matraquer un prix" (1972). Le verbe s’étend même à la médecine : "soumettre un organisme à des doses massives de médicaments" ("l’organisme, matraqué par les techniques d’immuno-suppression, reconstituait peu à peu ses défenses", 1980) ; mais c’est dans le vocabulaire des media que matraquer connaît ses plus grands succès : "diffuser une émission, un disque, une information ou une annonce de façon répétitive pour imposer de force ce message au public". Les journalistes défendent leur corporation : matraquer n’est pas leur fait, prétendent-ils sans rire ; avec eux, c’est la fin du matraquage, comme cela est écrit dans L’Express en 1969 : "l’avènement sur les ondes des journalistes a constitué une véritable métamorphose. Il ne s’agit plus de matraquer, mais d’expliquer" (rires bruyants, comme dans les comptes-rendus Des débats de l’Assemblée nationale). Dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire, les académiciens ajoutent un nouveau sens figuré : "matraquer un auteur, un ouvrage, les critiquer avec rudesse, les éreinter" aux autres sens figurés : "matraquer un client, lui présenter une addition, une facture d’un montant excessif" et "dans le langage de la communication, de la publicité, matraquer une nouvelle, un message, les répéter avec insistance".

 

 

Le nom matraquage est attesté quelque vingt années après le verbe : en 1947, au sens "d’action de matraquer" dans le journal L’Aurore ; et en 1967, au sens de "publicité intensive". En fait, le nom a les mêmes sens que le verbe dont il dérive : au figuré, c’est "l’action de critiquer quelqu’un très violemment en accumulant les reproches" ("matraquage en règle") ; dans la presse et la publicité, c’est une "campagne intensive et insistante visant à imposer un message, un nom, etc. à l’attention du public ou du consommateur". Le matraquage peut être idéologique, publicitaire, psychologique, des masses, sexuel ou des prix ("action entreprise en vue de faire baisser les prix et de provoquer des ventes importantes"). Les académiciens (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication) définissent deux sens seulement : "action de matraquer" et "figuré et familièrement, matraquage publicitaire, le fait d’user de la publicité de manière répétée et insistante". Il est un emploi qui est relevé dans le Trésor de la langue française à propos du seul dérivé matraqueur : c’est, dans le vocabulaire sportif, le fait de jouer brutalement. Les matraqueurs cherchent à blesser les adversaires ; ils adoptent pour tactique le matraquage volontaire : "par analogie, est-il écrit dans ce dictionnaire, joueur brutal" (exemple : "jusqu’à ce que l’arbitre, un vendu, envoie les matraqueurs se calmer sur la touche", 1953).

 

 

Les avatars de matraque prouvent (mais il n'en est pas besoin, chacun en est persuadé) que la langue et la civilisation arabes sont supérieures à toutes les autres.  

 

Commentaires

1 °

algarade

invectives
( casse toi , pauvre con ! ) ( racaille )
( sui ki di , cé sui ki lé ! cours de récréation )
"" langage présidentiel """

bientôt NTM ???

tenue ( de langage etc..)
retenue
règles de comportement

self-control , éducation ...

2 ° Rogations ( évolution du terme LES ROGATIONS )
dérogation
rogatoire
dérogatoire etc...

merci

Écrit par : amédée | 24 février 2008

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