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25 février 2008

Sacrifice

 

 

 

Emprunté du latin sacrificium, au sens "d’offrande à la divinité" et, chez les auteurs chrétiens, de "messe" (le sacrifice eucharistique), le nom sacrifice est attesté au XIIe siècle dans les deux sens du mot latin : "offrande à la divinité" et "mort du Christ pour la rédemption du genre humain", la messe étant désignée par les deux termes de saint sacrifice en 1670 par Bossuet.

La migration du mot hors de la religion et de la théologie catholique commence en 1651, chez Pascal, où sacrifice prend le sens "d’abandon volontaire", de "renoncement", comme une extension à la vie de chacun du sacrifice du Christ ("Lettre sur la mort de son père") : "que ces sacrifices particuliers (nos affections) honorent et préviennent le sacrifice universel où la nature entière doit être consommée par la puissance de Jésus-Christ".

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (première édition, 1694), ces deux sens sont exposés : "action par laquelle on offre quelque chose à Dieu, avec certaines cérémonies, pour lui rendre un hommage souverain" (exemples : "sacrifice solennel, propitiatoire, expiatoire ; les sacrifices de l’ancienne loi ; dans la nouvelle Loi, Jésus-Christ s’est offert en sacrifice à son Père sur la Croix ; les sacrifices de l’ancienne Loi ont été abolis par celui de la nouvelle ; Jésus-Christ est offert tous les jours en sacrifice sur nos Autels ; le sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix est un sacrifice sanglant ; le sacrifice de Jésus-Christ à la Messe est un sacrifice non sanglant ; il se dit aussi des sacrifices qu’offraient les païens"), et, au sens figuré de Pascal, "on dit faire un sacrifice à quelqu’un pour dire renoncer pour l’amour de lui à quelque chose de considérable, d’agréable, etc.". D’une édition à l’autre, les exemples qui illustrent le sens figuré, que Pascal a introduit dans la langue, se font en moins en moins individuels et de plus en plus sociaux, au sens où ce à quoi l’on renonce, c’est de plus en plus souvent des avantages économiques, financiers ou sociaux : "je vous fais un sacrifice de tous les intérêts que j’avais dans cette affaire ; si j’oublie l’injure qu’il m’a faite, si je ne cherche point à m’en venger, c’est un sacrifice que je vous fais" (1762, 1798) ; "c’est un sacrifice que l’honneur vous demande, vous commande, vous impose, exige de vous ; il n’y a pas de vertu sans sacrifice ; un sacrifice d’argent ; il a fait de grands sacrifices pour l’éducation de ses enfants" (sixième édition, 1832-35).

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) réduit le sens figuré de Pascal à une "privation ou une perte à laquelle on se résigne". Il l’illustre de deux exemples "sociaux", qui ne présentent plus d’analogie avec le sacrifice du Christ : "un sacrifice d’argent, il a fait de grands sacrifices pour l’éducation de son fils". Comme Littré est scientiste, anti-clérical et positiviste, il ne comprend pas la nature du sacrifice religieux, distinguant le sacrifice passif (le sacrifice fait par Abraham) du sacrifice actif (le sacrifice d’Isaac par Abraham, d’Iphigénie par Agamemnon), alors que, d’un point de vue religieux, la véritable distinction est entre le sacrifice involontaire ou forcé, contraint, imposé (la victime ne s’offre pas au sacrifice ; c’est le pouvoir, le Roi, le Père qui l’offre en sacrifice ; Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables ; Abraham est près de sacrifier son fils pour complaire à Yahvé) du sacrifice volontaire (le Christ s’offre en sacrifice de son plein gré pour sauver les hommes). En revanche, cette distinction est clairement exposée dans le Trésor de la langue française (1971-94). Comme terme de religion, c’est "l’action sacrée par laquelle une personne, une communauté offre à la divinité, selon un certain rite, et pour se la concilier, une victime mise à mort (réellement ou symboliquement) ou des objets qu’elle abandonne ou brûle sur un autel" ; dans la religion chrétienne, c’est le "sacrifice parfait du Christ s’offrant à Dieu son père, sur la croix, en oblation unique pour le salut de l’homme et renouvelé dans l’Eucharistie" (exemple : "la théologie nous enseigne que la messe, telle qu’elle se célèbre, est le renouvellement du sacrifice du calvaire", Huysmans, 1891).

Dans la langue moderne, sacrifice est dépouillé peu à peu de tout sens religieux ou sacré ; il se laïcise en quelque sorte. Ce n’est plus qu’une simple privation. Ce "renoncement" ou cette "privation" que l’on s’impose volontairement ou que l’on est forcé de subir est celui de "quatre robes" (Stendhal, Lamiel), des "cigares du café de Paris" (Le Comte de Monte-Cristo, 1846), "de son bonheur, de son cœur, de son orgueil, de sa fortune, de sa situation, de son temps, de sa vie, de soi". Le sacrifice peut être financier ou d’argent ou même d’hommes ("perte en soldats au cours d’une bataille") ou même d’un animal ("mise à mort d’un animal pour la consommation ou en cas d’accident ou de maladie"). Le sacrifice peut même être offert "à l’opinion" ou aux "architectes modernes" : c’est dire s’il coûte peu et qu’il a perdu toute signification.

 

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