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02 mars 2008

Acolyte

 

 

 

 

Emprunté du latin chrétien acolythus, lui-même emprunté du grec, acolyte est attesté à la fin du XIIe siècle, où il désigne un clerc appartenant à un ordre mineur. C’est ce seul sens qui est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française de la première à la cinquième édition (de 1694 à 1798) : "clerc dont l’office est de porter les cierges, de préparer le feu, l’encensoir, le vin et l’eau; et de servir à l’autel le prêtre, le diacre et le sous-diacre" (exemple : "faire les fonctions d’acolyte à une grande messe"). Ce sens est exposé dans les sixième, septième, huitième, neuvième éditions publiées de 1832 à aujourd’hui ("religion catholique, qui a reçu de l’évêque le ministère de l’acolytat", neuvième édition, en cours de publication), ainsi que dans le Dictionnaire de la langue française de Littré (1863-77) et dans le Trésor de la langue française (1971-94 : "hiérarchie et liturgie catholiques, clerc promu à l’acolytat chargé notamment de servir à l’autel un membre de la hiérarchie placé au-dessus de lui, sous-diacre, diacre, prêtre, etc.").

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, chez le duc de Saint-Simon, le mot est extrait de la religion et de la liturgie et s’acclimate dans la société. Dans la sixième édition (1832-35), les académiciens définissent le sens actuel : "il se dit familièrement, et en plaisantant, d’une personne qui en accompagne une autre" (Littré : même définition). Dans la huitième édition (1932-35), la même définition est exposée : "il se dit familièrement et avec une nuance de mépris d’une personne qui est à la suite d’une autre" (exemples : "c’est son digne acolyte, où qu'il aille, on le voit toujours avec ses deux acolytes"). Au fil du temps, le mot se prend de plus en plus souvent en mauvaise part. C’est (Trésor de la langue française, 1971-94) (familier et parfois péjoratif) le "compagnon et serviteur habituel d’une personne à laquelle il est subordonné" ou "un aide subalterne" et "par extension, péjoratif, le plus souvent au pluriel, complice", comme dans cet extrait d’Eugène Sue : "la nuit même, sur les quatre heures (...) on signale deux voiles à bâbord (…) et bientôt on les reconnaît pour le brick et la goélette montés par cet infâme scélérat et par un de ses acolytes" (1831).

"Le sens religieux, qui représente la moitié des emplois au singulier, ne recouvre plus que le cinquième des emplois au pluriel. L’expression deux acolytes, qui représentait la moitié des exemples au XIXe s., n’en représente plus que le quart au XXe s., où le terme se désacralise alors que l’emploi religieux reste technique", est-il écrit dans une remarque du Trésor de la langue française. La désacralisation, en l’occurrence, s’est faite par le transfert d’acolyte, de la liturgie aux voyous. D’un clerc qui aide à servir la messe aux complices d’un brigand et eux-mêmes malfrats, le basculement est révélateur d’une vague de fond qui bouleverse au XIXe siècle, non pas le catholicisme lui-même, mais l’idée que l’on s’en fait et qui revient, en fin de compte, à criminaliser certains de ses clercs – ce dont la langue garde la trace. Dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur Dictionnaire, les académiciens ne vont pas aussi loin dans l’abaissement du mot acolyte. Ils s’en tiennent au sens, dont ils précisent qu’il est "souvent péjoratif" : "compagnon, complice, subalterne qu’une personne traîne toujours à sa suite" (exemple : "où qu’il aille, on le voit toujours escorté de ses deux acolytes").

 

 

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